lundi 25 avril 2011

Lapins peints

Lièvre, ou lapin, de Pâques 
quelle est sa couleur ?...

Je l'imagine  blanche ou crème


En raison de leur facilité à se reproduire en grand nombre, lièvres et  lapins sont confondus dans un même symbolisme de sexualité débridée et de fécondité. Le lièvre, ou le lapin, pondant des oeufs multicolores pour la plus grand joie des enfants qui les découvriront dans leur jardin le jour de Pâques, correspond bien aux anciennes célébrations du Printemps.
The White Rabbit
John Roddam Spencer-Stanhope - (1829-1908)
collection privée
Faut-il voir dans le lapin blanc que la jeune fille tente d'apprivoiser le symbole de sa sexualité naissante ? Les baigneurs de l'arrière plan incitent à le penser.


Suzanne et les vieillards
Leandro Bassano - fin 16e-début 17e siècle
Alte Pinakothek, Munich
Suzanne et les vieillards
Bartolommeo  Guidobono - dernier quart du 17e siècle
Musée du Louvre - notice du musée
À environ un siècle d'intervalle, les peintres des deux tableaux ci-dessus ont  illustré l'épisode biblique de la chaste Suzanne surprise par deux vieillards lubriques lors de sa toilette, et tous les deux ont fait figurer au premier plan une paire de lapins blancs...

En peinture, le symbolisme du lapin est ambivalent, un seul évoquerait la pureté, comme dans "La Vierge au Lapin" ci-dessous, alors que plusieurs constituent au contraire un symbole érotique.

La Vierge à l'Enfant avec sainte Catherine et un berger
ou
La Vierge au lapin
Tiziano Vecellio, dit Titien - 1525-30
Musée du Louvre - notice du musée
"L'œuvre à la loupe" réalisée par le musée du Louvre, que vous pouvez voir et écouter en cliquant ici, décrit La Vierge au lapin avec minutie et attire notre attention sur le mouton noir caressé par le berger, mais rien n'y est dit sur le symbolisme du lapin caressé par la Vierge...


Femme tenant un lapin blanc
Anonyme, dans le style d'Hokusaï
Musée Guimet, Paris

Daikoku tenant un lièvre
Bogukai - 1867
collection privée
Daikokuten, ou Daikoku, est parmi les nombreuses divinités shintoïstes du Japon, le kami de la richesse, du commerce et des échanges. Un équivalent du dieu Mercure, en quelque sorte...


Lièvres à la pleine lune d’Automne
Suzuki Harunobu
(1725-1770)
Museum of Fine Arts, Boston (U.S.A.) notice
Une légende qui court du Vietnam au Japon, en passant par la Chine et la Corée, raconte qu'un lièvre, ou un lapin, vit dans la lune. Les japonnais voient dans les dessins de la surface de la lune la silhouette de ce lapin occupé à préparer des "dango mochi" (boules de riz collant) et il est fêté à O Tsuki-mi, lors de la première pleine lune d'automne.

Suzuki Harunobu fait partie des plus célèbres peintres d'estampes japonaises du mouvement Ukiyo-e. Le MBA de Boston possède une grande quantité de ses œuvres, à admirer en cliquant ici.


Au clair de la lune, un petit lapin...
Nature morte au lapin blanc
David de Coninck - 1699
Palais Fesch, Ajaccio - notice du musée
qui mange des prunes comme un petit coquin !


Venus, Mars et l'Amour (détail) tableau entier ici
Piero di Cosimo - 1490
Gemäldegalerie, Staatliche Museen,  Berlin
Découvrez et visitez le musée de Berlin avec Google Art Project
Entre Vénus et Mars,
le lièvre est ici un chaud lapin.
Après l'action, Mars pique un petit roupillon histoire de se ragaillardir un brin, Cupidon admire les papillons qui voltigent autour de sa tête et Vénus aime les bouquins (les rougeurs au bas de son ventre ne laissent aucun doute sur la vigueur de son amant !).


Le Triomphe de Vénus
Francesco del Cossa - vers 1470
Fresque du Palazzo Schifanoia, Ferrare (Italie)
Le triomphe de Vénus, avec pas moins de six "bouquins"
voila  de quoi écrire un roman fleuve !

À l'exact opposé du triomphe de Vénus, St Jérôme semble méditer et ne pas se laisser distraire par les amours du bouquin blanc pour la hase brune !

Saint Jérôme lisant
Giovanni Bellini - 1505
NGA, Washington (U.S.A.) notice du musée


En train de nourrir son animal favori, avec ce qui me paraît être des feuilles de pissenlits, c'est un bien charmant jeune garçon qui termine ci-dessous ma série de lapins peints.
Boy with a rabbit
Sir Henry Raeburn - 1814
collection privée
©VesperTilia, echos-de-mon-grenier 2011

31 commentaires :

  1. Tu nous mets de beaux tableaux.

    Le lapin est peut-être le signe que tu dis, pourtant les Bonobos ont aussi une sexualité débordante.....


    Belle journée. Bises.

    RépondreSupprimer
  2. Argh, il ne faut JAMAIS insulter les Saint-Jérôme (vu que c'est mon second prénom, celui du premier traducteur de la Bible en Grec, si je ne me trompe pas), lol !

    Joyeuses Pâques à toi !

    RépondreSupprimer
  3. Chacun de tes billets est un bonheur à lire. Un moment d'évasion et pour moi qui ne prends plus assez le temps de me ressourcer dans le monde des peintres, une mine de découvertes, redécouvertes et curiosités.
    Merci au passage pour les nombreux liens qui enrichissent tes articles.
    Très bon lundi de Pâques. De mon côté, je chercherai désormais du coin de l'oeil quelque bouquin en cavale, entre libellules et orchidées.

    Parenthèse ruralité: les lièvres contrairement aux lapins, ne font pas de terriers mais des nids. D'où les oeufs?

    D'un autre côté, dans ces représentations picturales, il semble s'agir de lapins et non de lièvres: le terrier du lapin lui confère-t-il la capacité de nous transmettre des messages venus d'outre-tombe? Cela évoque-t-il davantage la renaissance?

    RépondreSupprimer
  4. j'aime tous ces lapins.. qui pour une fois, ne sont pas en chocolat!

    RépondreSupprimer
  5. Quelle bonne idée !
    J'aime les lapins, tellement doux et le dernier tableau que tu nous propose aujourd'hui me ravit tout particulièrement !
    J'aime aussi les lapins de Beatrix Potter en littérature jeunesse !!!!
    Bonne semaine !

    RépondreSupprimer
  6. Je découvre tes derniers billets au retour d'un week-end pascal plutôt chargé. Merci encore pour ton érudition et tes recherches. Les lapins sont donc plus fréquents que l'on pourrait croire en peinture. Ceux du Palais dont parle Michel ne sont pas tout à fait oubliés, ils sont la preuve que même dans une chambre pontificale on n'hésitait pas à parler de "bouquins".

    RépondreSupprimer
  7. Sortant de mon terrier,
    quel bonheur ! Le printemps met en joie tous ces lapins blancs et nous ragaillardit.
    Merci de cette gambade parmi fresques et toiles, histoires et peinture. Si tranquillement contés que c'est un plaisir de plus.

    RépondreSupprimer
  8. ...Et puis bien sûr, le lapin d'Alice, à la suite duquel elle est entraînée dans une chute qui n'en finit pas vers le centre de son imaginaire? Son inconscient? Ses rêves? Sa sexualité?
    Le sens caché des images! Finalement on pourrait s'en servir comme grille de lecture dans un grand nombre d'analyses d'oeuvres d'art. Ou, comment représenter ce qu'il est interdit de représenter? Dans notre langage un petit mot de trois lettres le démontre bien clairement : le latin cuniculus (lapin) a donné le conil qui désignait également le sexe féminin, avant que l'on ne se passe de la deuxième syllabe et que l'on en fasse un insulte àchère aux conducteurs pris dans un embouteillage! (Ce détournement de sens manque vraiment de galanterie!)
    Puis par association d'idées je pense à Courbet et à son tableau "l'Origine du Monde"qui a fait, et qui fait encore, scandale. Pas un hasard qu'il soit resté longtemps en la possession d'un psychanalyste renommé (Lacan)! Courbet aimait bien faire scandale et j'imagine que pour lui c'était un acte politique que de se passer du petit lapin dans sa représentation!
    Moi, j'aime beaucoup l'estampe de Suzuki Harunobu avec les deux lièvres qui rêvent à la lune. Une merveille de poésie! Merci encore pour votre travail de recherche et pour la manière délicate dont vous "soulevez les lièvres"! Amicalement.

    RépondreSupprimer
  9. Des lapins qui viennent de tous les horizons, quel belle série. Tiens, un lien qui étoffera cette collection:
    http://www.cuniculture.info/Docs/Phototheque/Peintur01a.htm

    RépondreSupprimer
  10. Coucou Tilia !

    Merci pour ce moment extraordinaire passé sur ton blog. Je me suis régalée avec le lien vers le Louvre de la Vierge au Lapin. Fantastique billet ! Le lapinou est un symbole sacré, et non seulement chrétien, (l'info vient de Françoise sur mon blog) le lièvre était l'emblème de la Déesse Astre, mythologie qui a dévié à la Chrétienté, et au Lapinou de Pâques distributeur d'oeufs en chocolat... tout se rejoint, (moins poétique le coup du lapin un peu trop fécond lol ou le symbole du journal Playboy, je préfère nettement les lapinous que tu nous presente).

    J'espère que tu as passé une belle fete de Pâques.

    Encore Merci pour ce richissime billet.
    Bisous
    Nath.

    RépondreSupprimer
  11. PS : J'adore le Bellini et le Francisco del Cossa mais le lapinou de Conink wouaouh !

    RépondreSupprimer
  12. Dans les tapisseries dites " Milles fleurs ", fleurs et lapins meublaient les vides laissé par le peintre entre les personnages. un rôle purement utilitaire , semble-t-il...

    RépondreSupprimer
  13. @ PATRIARCH

    Les bonobos sont méconnus, je suis bien d'accord ;-)

    Bises et meilleur temps chez toi.

    RépondreSupprimer
  14. @ VINCENT

    Je n'ai pas insulté St Jérôme, qu'est-ce que tu racontes ? tu as encore mangé trop de chocolats :D

    Merci pour tes voeux.

    RépondreSupprimer
  15. @ AVIGNON

    Merci. Tu as bien raison de les montrer ces deux là. Ils sont tout à fait dans le sujet.
    Mais on se demande bien ce qu'ils font dans les appartements du pape !!...

    RépondreSupprimer
  16. @ CATHY B

    Merci ! ton commentaire est une belle récompense pour moi. Je suis particulièrement heureuse que tu apprécies mon souci d'inclure dans mes billets tous les liens qui peuvent les agrémenter ou leurs apporter un complément d'information. Côté agrément, je pense spécialement aux estampes japonaises du MBA de Boston.

    Très juste ta remarque sur le lièvre de Pâques qui pond des oeufs, plutôt que le lapin.

    J'imagine que le lapin a supplanté le lièvre quand la vogue des lapins en chocolat s'est répandue. Vu que les lièvres ont de bien plus grandes oreilles que les lapins, elles casseraient plus facilement et ce serait surtout plus embêtant à emballer ;-)

    Les lapins messagers d'outre-tombe ? une idée à creuser...

    RépondreSupprimer
  17. @ ENITRAM

    Découvert à l'occasion de ce billet le garçon au lapin de Sir Henry Raeburn m'a séduite d'emblée.

    Beatrix Potter, un must !

    Merci pour ta fidélité.

    RépondreSupprimer
  18. @ FARDOISE

    Merci pour le compliment, c'est toujours bien agréable à recevoir en retour d'un travail de recherches auquel on a consacré un certain temps !

    Bouquin pour désigner le mâle reproducteur chez le lièvre et le lapin fait partie de ces choses que je découvre au fur et à mesure de mes recherches et que je suis heureuse de faire partager.
    Mon père, qui était chasseur dans sa jeunesse, parlait de "capucin" à propos du lièvre qui venait agrémenter la table du dimanche dans une période que je n'ai pas connue, quand mes parents vivaient encore en Lorraine.

    RépondreSupprimer
  19. @ JEANDLER

    Au cinéma aussi le lapin fait de jolies gambades !

    Tapisseries "Milles fleurs", oui, j'y ai pensé dans la mosaïque au début de mon billet. Avec "La dame à la Licorne" on a l'embarras du choix, le seul problème est de trouver de bonnes reproductions !

    RépondreSupprimer
  20. @ HAZLÓ

    La sexualité comme grille de lecture des oeuvres d'art ? il y a du boulot ! mais c'est indéniable.

    Sans parler de Freud, qui en a fait son fond de commerce, Jung explique bien que l'élan vital vient de là. De cette force qui réside dans l'inconscient et se sublime pour atteindre le Soi, ultime étape du processus d'individuation.

    La poésie des estampes japonaises me ravit également et je suis heureuse de partager ce plaisir avec vous.
    Amitiés

    RépondreSupprimer
  21. @DETAILS

    Le lièvre aussi se balade pas mal à travers le monde. Un de ces jours je ferai un billet sur le lièvre dans les contes africains.

    Merci pour le lien, c'est une belle compilation.

    RépondreSupprimer
  22. @ NATHANAËLLE

    Très heureuse de te retrouver, j'espère que tu t'es bien baladée. Hier j'ai fait des photos d'un cygne à sa toilette, c'est assez rigolo.

    Ah ! toi aussi tu as remarqué mes liens. Je suis bien contente que tu aies pris plaisir à suivre le commentaire vidéo sur le site du Louvre. Personnellement j'ai été déçue de ne pas y trouver la moindre allusion au symbolisme du lapin dans ce tableau. Comme si le sujet était tabou ! Et si le mouton noir est mentionné, on se garde bien d'en donner la moindre signification...

    Concernant la déesse Astre (Eostre, Ostara ou Eastre, qui a donné "Easter" pour le nom de Pâques outre Manche) c'est le lièvre, plutôt que le lapin, qui lui est associé.

    Pour toi qui aime les lapinous, une vidéo choupinou ;-)

    Bisous et à bientôt

    RépondreSupprimer
  23. Toujours un régal , pour moi , de venir chez toi , j'y apprends beucoup de choses ! Merci

    RépondreSupprimer
  24. Bonjour,
    Je lis votre blog depuis peu et apprécie tout particulièrement l'ouverture sur l'art japonais. Merci beaucoup.

    RépondreSupprimer
  25. @ PAT

    C'est là le bonheur des échanges entre blogs. J'ai découvert récemment plein de choses sur l'architecture et la sculpture à Bruxelles dans tes Pensées au fil de l'eau.

    RépondreSupprimer
  26. @ MARIE-JOSÉE

    Oui, je me souviens que vous aimez particulièrement les hirondelles dans la glycine de Koson.

    Pour ma part, c'est tout un pan de la culture japonaise que j'apprécie. Non seulement les estampes, mais aussi les coutumes et l'architecture traditionnelle, la poésie et la musique, dont ces "Cherry Blossoms" que je vous offre à écouter.
    Cordialement

    RépondreSupprimer
  27. J'ai bien aimé cette étude sur le lapin et son symbolisme. Bravo!

    RépondreSupprimer
  28. @ CLAUDIALUCIA

    Merci ! De mon côté, j'ai beaucoup apprécié tes trois épisodes sur le culte du taureau dans la Crète antique.

    RépondreSupprimer
  29. Beautiful bunnies, a truly marvelous collection! :)

    RépondreSupprimer