jeudi 28 février 2013

Les Histoires de Cœur du Roi René

Comme prévu, voici la suite du précédent billet "Le ♥ d'Amour épris du bon Roi René"


Tapisserie des cœurs dans la chambre de Vénus (détail)

Le Livre du Cuer d'Amours Espris
enlumineur inconnu - vers 1480
Bibliothèque Nationale, Paris (voir la page)


Le Livre du Cuer d'Amours Espris (en français moderne Le Cœur épris d'Amour) est le second livre écrit par René d'Anjou après le décès d'Isabelle de Lorraine, sa première épouse, le premier étant Le Mortifiement de Vaine Plaisance. Deux manuscrits qui se rejoignent par leur conclusion pessimiste concernant les affaires de cœur.

L'âme dirigée à l'aveuglette par les sens (détail)

illustration de Jean Colombe pour Le Mortifiement de Vaine Plaisance
Fondation Martin Bodmer, Genève (lire la notice)
Feuilleter l'intégralité du manuscrit numérisé


Avant de poursuivre, un petit retour en arrière sur l'union de René d'Anjou et d'Isabelle de Lorraine aidera à mieux cerner le contexte dans lequel se déroulèrent les "histoires de Cœur" du bon Roi René.

Au Moyen-Âge, le mariage étant avant tout l'union de deux patrimoines, les enfants n'avaient pas leur mot à dire. Dans tous les cas, il s'agissait d'un mariage de raison arrangé par les parents, de manière à avantager les deux familles en agrandissant leur territoire ou en augmentant leur influence. Pour les enfants des familles princières, le mariage était une véritable affaire de stratégie politique.

Mariage de Girard de Roussillon avec Berthe de Tour en 843
Artiste inconnu, vers 1450
manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale autrichienne, Vienne (notice)


À l'époque du mariage de René d'Anjou, le Royaume de France était loin de ressembler géographiquement à l'hexagone de la France d'aujourd'hui (voir l'évolution du territoire français grâce à cette animation).

En 1420, lorsque Yolande d'Aragon marie son fils René, qui n'a pas encore atteint sa douzième année, avec Isabelle de Lorraine alors âgée de 10 ans, c'est avant tout pour adjoindre le duché de Lorraine à celui d'Anjou. 



Difficile à notre époque d'imaginer ce que fut la vie conjugale au lendemain de leurs noces pour des enfants tels que René et Isabelle, considérés en ce Moyen-Âge finissant comme des adolescents. Jean II de Lorraine, leur premier enfant, est venu au monde en 1426 alors qu'Isabelle était dans sa seizième année.

Après cette première naissance, Isabelle mit un nouvel enfant au monde chaque année jusqu'en 1431 (en 1428 ce furent des jumeaux). Puis, au retour de l'absence de René, retenu prisonnier à Dijon par le Duc de Bourgogne, vinrent s'ajouter deux filles : l'une en 1436, l'autre en 1437.

Ensuite, de vingt-sept ans jusqu'à sa mort à l'âge de quarante trois ans, Isabelle précédemment si féconde devint tout à coup stérile...

Enfantement - Les Grandes Heures de Rohan
Maître de Rohan, Angers, vers 1430
livre d'heures ayant appartenu à la mère de René d'Anjou

Ms. Latin 9471, BNF (fiche)

Pour tenter d'expliquer pourquoi Isabelle de Lorraine ne fut plus enceinte après 1437, plusieurs hypothèses sont envisageables. Soit Isabelle a été obligée de s'abstenir de relation avec son époux pour raison de santé, soit René l'a purement et simplement délaissée pour une autre (d'autres ?) femme(s). Cependant, la seconde supposition ne cadre guerre avec l'amour que René a toujours affirmé avoir pour Isabelle.

Isabelle de Lorraine
(d'après une miniature du Livre d'heures de René d'Anjou)


Si la première hypothèse est la bonne, à savoir qu'une nouvelle grossesse aurait mis la vie d'Isabelle en danger, la seconde a pu en découler par voie de conséquence naturelle. En 1437, le roi n'avait que vingt-huit ans. On peut donc comprendre que, malgré les sentiments qu'il avait pour sa femme, il n'ait pas fait vœu de chasteté pour le restant de ses jours.

Quoi qu'il en soit, il est de notoriété publique que René d'Anjou a eu des enfants adultérins.

Le roi David en prière après son adultère avec Bethsabée
Maître de Marie de Bourgogne - 1477


En 1438, une certaine demoiselle provençale (femme de la noblesse dont le nom n'a jamais été divulgué) donna naissance à Blanche d'Anjou. Plus tard, c'est peut-être à Apt (chez le gentilhomme d'Albertas qui reçut le comte de Provence avec faste, lors de son séjour dans cette ville provençale en 1452) que René d'Anjou rencontra la jeune femme qui allait devenir la mère de ses trois autres enfants, nés hors mariage et néanmoins reconnus par lui.

 Dans "Le roi René, sa vie, son administration", Albert Lecoy de la Marche relate (p. 262-263) la fin d'Isabelle de Lorraine. Plus loin dans le livre, l'auteur évoque l'infidélité de René, écrivant "il avait le cœur trop sensible aux attraits des femmes." (lire ici le bas de la p. 432). Dans les pages suivantes (433-434) il est question des enfants légitimes et des enfants adultérins de René d'Anjou.

 ♥ ♥♥ ♥

Dans le prologue du Livre du Cuer d'Amours Espris (adressé à son neveu Jean II duc de Bourbon), René indique qu'il va évoquer  « par paraboles » ses propres tourments amoureux.

Le roman du Cuer d'Amours Espris est (comme cela a été vu dans le billet précédent) le récit d'un rêve, dans lequel René s'identifie au dormeur.

(pour plus de facilité, à partir d'ici les noms sont transcrits en français moderne)




À peine le roi René est-il entré dans le sommeil, qu'Amour s'approche du lit et lui retire le cœur de la poitrine pour le livrer à Désir.

1


À la suite de cette opération magique, après avoir été armé par Désir, René devient le chevalier Cœur.

Désir explique alors à Cœur qu'il doit se faire un devoir d'aller délivrer Douce-Merci, la dame de ses pensées, retenue prisonnière par Danger dans le manoir de Rébellion.


Sans perdre un instant, Cœur, accompagné de Désir, se met aussitôt en route, impatient d'atteindre le but de sa quête.

Après avoir longuement cheminé sans rencontrer personne, voilà que les deux compagnons de voyage parviennent à l'orée d'une grande forêt où, sur un pré verdoyant et à l'ombre d'un très beau pin, il découvrent un pavillon tendu de riches tissus merveilleusement décorés. C'est là que demeure dame Espérance.


2


Dans la  miniature ci-dessus (illustrant le manuscrit du Livre du Cœur d'Amour épris conservé à Vienne), Barthélemy d'Eyck a représenté Cœur en armure, monté sur un cheval caparaçonné d'un tissu couvert de cœur ailés et arborant lui-même sur son heaume un cœur aux ailes fièrement dressées. Désir se tient à côté de lui, tout de blanc vêtu.

Penché sur son cheval, Cœur est occupé à déchiffrer le message gravé sur la colonne de marbre placée à l'entrée de la tente de dame Espérance. Saisissant la bride de sa monture pour retenir son attention, Espérance explique à Cœur qu'il lui faudra traverser maintes épreuves et vaincre Danger avant d'obtenir la libération de Douce-Merci. Cependant, elle lui assure que le souvenir des conseils qu'elle vient de lui donner l'aidera à mener son entreprise à bien et qu'il lui suffira de penser à elle pour surmonter ses moments de découragement.

Après les mises en garde de dame Espérance, Cœur se tourne vers Désir et lui demande de le guider. Tous deux se remettent alors en chemin, chevauchant de concert pendant plusieurs jours durant lesquels ils traversent monts et vallées. Un beau soir, à l'approche d'une sinistre forêt, alors qu'ils sont las et affamés les deux cavaliers parviennent devant un ermitage providentiel.


3

En réponse aux appels lancés par Désir pour signaler leur présence, alors que les deux compagnons s'attendent à voir un sage ermite venir les accueillir, telle une furie, une horrible naine aux allures de sorcière surgit de l'ermitage, leur assurant que l'ermite ne veut voir personne et leur demandant vivement de passer leur chemin.

Interrompant le récit, l'auteur nous apprend que cette naine se nomme Jalousie et qu'elle a traîtreusement ligoté et bâillonné Bel Accueil, l'accorte jouvenceau qui s'est établi en ce lieu pour renseigner et guider les soupirants en quête de leur dame, afin que ceux-ci ne s'égarent point en traversant la forêt de Longue Attente.

En réponse aux questions de Désir, la fourbe  Jalousie indique aux deux cavaliers un chemin par lequel ils ne manqueront pas de trouver le manoir de Bon Repos au sein de la forêt. Suivant ce conseil et alors que la nuit tombe, Cœur et Désir tournent bride pour s'engager dans la forêt de Longue Attente. Comme de bien entendu, les informations données par Jalousie sont fausses et les deux compagnons errent longuement dans l'obscurité avant de trouver un endroit propice pour passer la nuit.


4


Dans la petite clairière où il ont enfin pu s'arrêter, grâce au murmure de l'eau, Désir découvre à tatons une fontaine à laquelle est attachée par une chaîne une coupelle destinée au voyageur assoiffé. Leur soif étant grande Désir et Cœur s'emparent de la coupelle et boivent chacun leur tour.

Cœur ayant malencontreusement renversé de l'eau sur le perron de la fontaine en reposant trop brutalement la coupelle, sa maladresse déclenche aussitôt un orage gigantesque qui trempe jusqu'aux os les deux malheureux réfugiés sous un tremble.

Allongés au pied du tremble, bien que mouillés et transis, les deux compagnons sont tellement fourbus qu'ils vont malgré tout réussir à dormir jusqu'au petit matin.


5


Le soleil est déjà haut sur l'horizon, mais Désir dort encore, lorsque Cœur s'éveille et de lève. Ayant fait le tour de la fontaine, dont tous les deux ont bu l'eau dans l'obscurité de la nuit écoulée, il est en train de lire l'inscription gravée dans le marbre.

C'est une mise en garde contre la maladresse qui déclenche à coup sûr un orage lorsqu'il arrive que l'eau de la coupelle soit renversée sur le perron de cette fontaine, qui a pour nom Fontaine de Fortune. Ce qui fait sourire Cœur, ainsi que Désir qui s'est éveillé et a lu à son tour cet avis.

Poussés par la faim, les deux cavaliers se remettent en selle et s'éloignent à vive allure dans l'espoir de trouver rapidement de quoi se sustenter. Au bout d'un moment, ils parviennent au bord d'une sombre vallée, au fond de laquelle coule un cours d'eau aussi impétueux qu'un torrent. Sur la rive se trouvant de leur côté, ils aperçoivent parmi d'épineux taillis une pauvre masure. Pensant y trouver quelque nourriture, les deux compagnons se précipitent dans sa direction.


6


Parvenu au niveau de la triste chaumière, en lisant le panneau accroché au pignon Désir apprend que ce logis se trouve dans le Val de Très-Profond Penser et qu'il s'agit là de la demeure de la vieille Mélancolie qui n'a jamais fait de bien à quiconque. Tenaillé par la faim, Cœur néglige le panneau et s'empresse d'entrer pour demander du pain à la vieille qui se trouve là, plongée dans ses pensées.

Sans dire un mot, et toujours perdue dans ses sombres pensées, Mélancolie se lève et sert le chevalier. En le voyant si noir et le sentant si lourd, Cœur demande à la vieille de quoi son pain est fait. Elle lui répond que c'est du grain de Dure Peine pétri à l'eau du fleuve de Larmes, celui-là même au bord duquel se trouve sa chaumière.

Après avoir mangé le pain de Mélancolie, dur à mâcher et difficile à avaler, Cœur et Désir demandent à la vieille comment ils vont pouvoir traverser le torrent. Elle s'offre alors à les guider jusqu'au pont se trouvant à quelque distance de sa demeure.


7


















En arrivant au fleuve, Cœur s'aperçoit immédiatement qu'il y a un souci. Sur l'autre rive, se dresse un chevalier revêtu d'une armure noire monté sur un noir destrier, la lance au poing, visiblement résolu à lui barrer le chemin. Le pont étant très étroit, Cœur voit bien qu'il ne lui sera pas possible de passer sans livrer bataille.

Ici, l'auteur nous apprend que Souci est bien le nom de ce chevalier noir, dont l'écu arbore trois fleurs de souci. Posté là jour et nuit, Souci garde ce pont, baptisé Passage Périlleux en raison de son étroitesse et de sa vétusté, afin d'en interdire le passage aux amoureux en quête de leur belle.

Rassemblant tout son courage, Cœur éperonne son cheval et s'élance sur le pont. De son côté, Souci en fait autant. La joute est inévitable. Cœur heurte l'écu de Souci, mais celui-ci le désarçonne et le fait tomber à l'eau.


8



















Interrompant une nouvelle fois le récit, l'auteur explique alors que dame Espérance, inquiète du sort des deux compagnons, s'est élancée sur leurs traces quelques temps après qu'elle les eut conseillés et qu'ils se soient quittés.

C'est ainsi qu'Espérance arrive à temps pour empêcher Cœur de se noyer. Elle l'aide à sortir du fleuve de Larmes, chose que Désir demeure impuissant à réaliser...



À SUIVRE !

La suite dans un prochain billet
en attendant je vous souhaite une bonne fin de semaine


© VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2013
tout le texte et certaines illustrations

jeudi 14 février 2013

Le ♥ d'Amour épris du bon Roi René


Le Livre du Cuer d'Amours Espris (Livre du Cœur épris d'Amour) est un manuscrit enluminé datant du quinzième siècle.

Rédigé en moyen français, il a été écrit en 1457 par René d'Anjou, comte de Provence, duc d'Anjou et de Lorraine, roi de Sicile et d'Aragon.

Détail de la première des miniatures du manuscrit
conservé à la Bibliothèque Nationale Autrichienne


Quelques mots sur l'auteur


Né au château d'Angers en janvier 1409, René était le second fils de Louis II duc d'Anjou et de Yolande d'Aragon. Prématurément veuve, tout le restant de sa vie Yolande d'Aragon a manœuvré pour augmenter à la fois son influence politique et les possessions de ses enfants. En 1420, alors que René n'a pas encore douze ans, elle le  marie à Isabelle de Lorraine, héritière du duché du même nom et d'un an plus jeune que René.

Statue d'Isabelle de Lorraine par David d'Angers
(informations et crédit photo)


En 1422, Yolande d'Aragon, devenu protectrice et éminence grise du futur Charles VII après que sa mère Isabeau de Bavière ait tout fait pour l'écarter du pouvoir,  marie au jeune dauphin l'aînée de ses deux filles, Marie d'Anjou, et met tout en œuvre pour faciliter l'accession de son gendre au trône de France, notamment en soutenant financièrement l'armée de Jeanne d'Arc.

Portrait du roi René en prière - Heures de René d'Anjou (notice)
Maître de Rohan, vers 1435
inséré dans le livre d’heures hérité de son père Louis II d’Anjou

Par la suite, en tant que beau-frère du roi et pair du royaume, René d'Anjou exerça une influence considérable à la cour du roi Charles VII, dont il fut à son tour un éminent conseiller.

En dehors de sa carrière militaire et politique, René d'Anjou, homme de grande culture, musicien et peintre à ses heures, fut un mécène des Arts et des Lettres.

Jacopo Marcello, sénateur vénitien,
remettant le De Geographia de Strabon à René d'Anjou

Giovanni Bellini - 1459
détrempe sur parchemin
Médiathèque municipale Pierre-Amalric, Albi (notice)


De même que le prince et poète Charles de Valois, duc d'Orléans, René était petit-fils du roi de France Jean le Bon. Outre cet arrière-grand-père commun, les deux cousins partageaient le même amour de la poésie. Il n'est donc pas étonnant de trouver des similitudes dans leurs œuvres respectives.

Charles d'Orléans en habit de Chevalier de la Toison d'Or
Statuts et armorial de la Toison d'Or - 1468
(informations)


En tant qu'écrivain, René a rédigé quelques ouvrages didactiques, tel le Traictié de la forme et devis d'un tournoy.

Armes de René d'Anjou, roi de Naples - Heures Egerton
attribué à Bathélemy d'Eyck
British Library, Londres (notice et enluminures)


Bien qu'elle contienne de beaux rondeaux, fabliaux et cantiques, l'œuvre poétique que René d'Anjou a laissé à la postérité est largement dominée par ses deux manuscrits enluminés, le Mortifiement de Vaine Plaisance et Le Livre du Cuer d'Amours espris.


René d'Anjou écrivant son livre Mortifiement de Vaine Plaisance
Frontispice de l'exemplaire d'Isabelle de Portugal


C'est en 1455, deux ans après le décès d'Isabelle de Lorraine sa première épouse (morte prématurément à l’âge de 43 ans) que René d'Anjou, veuf inconsolable malgré son remariage dès l’année suivante avec Jeanne de Laval, rédige le Mortifiement de Vaine Plaisance, un ouvrage moral tout imprégné de spiritualité chrétienne.


René d'Anjou et sa seconde épouse Jeanne de Laval
aquarelles attribuées à Louis Boudan dessinateur et graveur - XVIIe siècle
BNF (informations détaillées)


Deux ans après le Mortifiement de Vaine Plaisance
René d'Anjou écrit Le Livre du Cuer d'Amours espris

Les manuscrits et leurs miniatures


Il existe sept manuscrits du Livre du Cuer d'Amours Espris, trois seulement contiennent des miniatures. Du point de vue illustration, le plus complet est l'exemplaire conservé à la BNF (Ms fr. 24399). Sa description précise qu'il s'agit d'un "Manuscrit très soigneusement écrit et orné de 70 miniatures, qui ont été, sans raison plausible, attribuées au roi René". Si le texte est bien celui du poème composé par le roi René en 1457, en revanche les miniatures et enluminures ont été réalisées par un auteur jusqu'à présent demeuré inconnu.

Par contre, les seize miniatures du manuscrit conservé par la Bibliothèque Nationale Autrichienne à Vienne ont été attribuées à Barthélemy d'Eyck, un artiste de la cour de René d'Anjou, voire son enlumineur attitré. Barthélemy d'Eyck, dénommé Barthélemy le Clerc dans les anciens textes, aurait porté le titre (valorisant et envié à l'époque) de "valet de chambre" du Duc. Ses miniatures sont incontestablement les plus resplendissantes. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt présenté par celles de l'enlumineur anonyme du manuscrit 24399 conservé à Paris.

Un second manuscrit contenant des enluminures est conservé à la Bibliothèque Nationale de France (Ms fr. 1509). Ce dernier est consultable en ligne sur le site Gallica, malheureusement il s'agit de mauvaises photocopies en noir et blanc et la vingtaine d'enluminures n'est guère reconnaissable.


Le roman du Cuer d'Amours Espris


Comme René le précise lui-même au début du Livre du Cuer d'Amours espris, son poème est directement inspiré des hauts faits et prouesses des preux et hardis chevaliers Lancelot, Gauvain, Galaad et autres pairs de La Table Ronde au temps du roi Arthur et de la Conquête du Saint-Graal.

Comme jadis des haulx faiz et prouesses, des grans conquestes et vaillances en guerre, et des merveilleux cas et tresaventureux perilz qui furent a fin menez, faiz et acompliz par les chevaliers preuz et hardiz Lancelot, Gauvain, Galhat, Tristan et   aussi Palamides et autres chevaliers pers de la Table Ronde ou temps du roy Arthur et pour le Sang Greal conquerir, ainsi que les antiques histoires le racontent (...)



Dans le manuscrit 24399 de la Bibliothèque nationale, Le Cuer d'Amours espris se termine par une sorte d'épilogue en forme de correspondance à un prince, que René appelle « mon très cher et très aimé neveu et cousin » sans le désigner plus clairement.

Fin du poème et début de l'épilogue
Manuscrit 2499 de la BNF


Or, le manuscrit de Vienne, outre l'épilogue en question, comporte d'entrée de jeu un prologue du même style, dans lequel René s'adresse au « Très haut et puissant prince, mon très cher et très aimé neveu Jean, duc de Bourbon ».

C'est donc à Jean II, duc de Bourbon, devenu le neveu par alliance du roi René à la suite de son mariage avec Jeanne de France, fille de sa sœur Marie d'Anjou et de Charles VII, que René dédicace Le Livre du Cuer d'Amours espris.

Dans ce prologue, René indique le véritable sens de son Livre, en expliquant à son neveu qu'il entend y retracer « par paraboles » l'image de ses propres tourments amoureux. Le poème se compose de vers et de prose en proportions à peu près égales. Le récit du narrateur est en prose et alterne à la manière d'un récitatif avec le chant des héros du Livre, dont les paroles sont rédigées en vers.

Dans la forme, Le Livre du Cuer d'Amours espris est une synthèse des romans de chevalerie arthuriens en prose, et des allégories en vers telle que celle du Roman de la Rose (à ne pas confondre avec Le Roman de la Rose du cycle arthurien).

Frontispice du Roman de la Rose
Le songe de l'Amant


Pour le fond, René d'Anjou a ostensiblement puisé son inspiration à la source de la première partie du Roman de la Rose. Cependant, ses personnages sont plus individualisés que ceux de Guillaume de Loris.


La quête du et les autres personnages du roman


Le roman du roi René est le récit d'un songe, dans lequel René s'identifie au dormeur. À peine est-il entré dans le sommeil, qu'Amours accompagné de Désir s'approche de son lit pour lui retirer son cœur de la poitrine et le remettre à Désir . À la suite de cette opération magique, René devient le chevalier Cuer.

René rêvant qu'Amours donne son cœur à Désir
(manuscrit de Vienne)



La quête du Cœur d'Amour Épris débute lorsque Cuer, promu chevalier et accompagné de son fidèle écuyer Désir, part vaillamment vers des contrées inconnues dans le but de délivrer Doulce-Mercy, la dame de ses pensées, emprisonnée par Dangier dans le manoir de Rébellion.

René endormi, Désir lui apparait en songe
(manuscrit 24399 de la Bibliothèque Nationale Française)


En chemin, les aventures ne manqueront pas et, au fil des rencontres d'autres personnages, bienveillants ou malfaisants, viendront se mêler au récit...

À SUIVRE !

La suite dans le prochain billet

En attendant je souhaite à tous les amoureux
qui passeront dans le grenier ce jeudi 14 Février
une belle et heureuse St Valentin




 ©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2013

samedi 2 février 2013

Crêpes à l'huile, sur toiles

Si vous aimez les crêpes, vous allez vous régaler
je vous en ai préparé une bonne pile !


Le thé
N. Romanov (artiste russe contemporaine)

Les plus anciennes sont hollandaises


Les Crêpes
Pieter Aertsen - 1560
Musée Boijmans van Beuningen, Rotterdam (notice)

à partir de 1584 débute le Siècle d'or de la peinture hollandaise

Le Crêpier
Adriaen Brouwer - vers 1625
Musée des Beaux-Arts, Philadelphie (notice)


La cuisson des crêpes
David Teniers le Jeune - vers 1635
collection privée (notice)


Femme tenant une crêpe
Jan van Bijlert - vers 1640
collection privée


Enfant avec une crêpe
Christiaen van Couwenbergh - 1640
collection privée


La cuisson des crêpes
Quiringh van Brekelenkam - vers 1645-50
Musée Frans Hals, Haarlem (notice)


Vieille marchande de crêpes
Gabriel Metsu - vers 1656
Gemäldegalerie, Berlin


Le déjeuner du chien (cliquer ici pour une meilleure résolution)
Gabriel Metsu (1629-1667)
collection privée


La marchande de crêpes
Jan Steen (1625-1679)
collection privée


La cuisson des crêpes
Cercle de Nicolaes Maes (1634-1693)
Museum of Fine Arts, Boston (notice)


Le soir des crêpes
Adriaen Rombouts - 1667
National Museums Northern Ireland, Belfast (notice)


Femme cuisant des crêpes avec un jeune garçon
Pieter Cornelisz van Slingelandt (1640-1691)
collection privée, (notice)


Garçon avec un masque découpée dans une crêpe
Godfried Schalcken - vers 1670-80
Kunsthalle, Hambourg (notice)


La cuisson des crêpes en plein air
Barent Gael - vers 1680-85
Musée Boijmans van Beuningen, Rotterdam (notice)


Femme cuisant des crêpes
Willem van Mieris (1662-1747)
Victoria and Albert Museum, Londres (notice)


Après celles du siècle d'or, voici à présent un assortiment de crêpes hollandaises, françaises et belges


Intérieur d'une cuisine avec une famille cuisant des crêpes
attribué à Jan Josef Horemans l'Ancien (1682-1759)
collection privée


Femme cuisant des crêpes
Adriaan de Lelie - vers 1790-1810
Rijksmuseum, Amsterdam (notice)


La Chandeleur
Alphonse Cornet - 1843
collection privée


Les crêpes
Eugène Giraud - 1843
collection privée


Le jour des crêpes
Basile de Loose - 1845
Haynes Fine Art, Bindery Galleries, Broadway (notice)


La cuisson des crêpes
Sipke Kool (1836-1902)
Simonis & Buunk Collection (notice)


Crêpes
Jan Stobbaerts (1838-1914)
Musée des Beaux-Arts deTournai, Belgique


La Chandeleur
André-Henri Dargelas (1828-1906)
collection privée (notice)


La Fête de Jeanne (Les crêpes)
Jozef Israëls - 1872
collection privée


La cuisson des crêpes
Josef Israels - 1875
Cleveland Museum (notice)


Les crêpes
Alfred de Richemont (1857-1911)
Musée des Beaux-Arts, Lille (lire la notice)

pour finir, une belle pile de crêpes russes

Sans titre
Tata (Tatyana) Yurievna Tarasova
artiste russe contemporaine

et pour faire passer le tout,
rien de mieux que quelques bolées de cidre


La bolée de cidre
Maurice Denis - 1894
Musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye


Intérieur breton
Pierre de Belay - 1928
Musée des Beaux-Arts, Rennes


Le cidre nouveau
Thomas Waterman Wood - 1868
Brooklyn Museum, New-York (notice)

à la bonne vôtre !
et bonne dégustation de vos crêpes maison



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2013