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jeudi 8 décembre 2011

Childe Harold en Italie

Child Harold's Pilgrimage, poème de Lord Byron comportant quatre chants, fait partie des œuvres majeures du Romantisme qui ont eut une grande influence sur les Arts.
En poésie, "Le dernier chant du pélérinage d'Harold"  a été composé par Lamartine en hommage à Byron en 1825, l'année suivant sa  disparition.
En peinture, "Child Harold's Pilgrimage" est un tableau de Turner dont le titre et la dédicace sont issus du quatrième chant de Childe Harold, celui que Byron a rédigé en Italie. L'œuvre entière de Byron à profondément influencé Turner, ce sera l'objet d'un billet à venir.
En musique, Berlioz a donné le titre "Harold en Italie" à sa symphonie avec alto principal, composée en 1834 à la demande de Paganini.

Childe Harold's Pilgrimage (détail)

Childe Harold's Pilgrimage (en français Le Pèlerinage de Childe Harold) est un poème de Lord Byron (1788-1824), dont les deux premiers chants furent écrits entre 1809 et 1811, lors de son voyage en Méditerranée. Un périple que Byron entreprit pour tenter de corriger ses mauvais penchants, qui jusqu'alors l'avaient entraîné dans des excès de toutes sortes, mettant son honneur, sa fortune et même sa santé, en danger. À propos du voyage de Byron, certains auteurs parlent de son "Voyage en Orient" et d'autres de son "Grand Tour". Grand Tour me paraît plus adapté au voyage de Byron qui, en fait d'Orient, n'a guère dépassé Constantinople. De plus, l'équivalent de l'expression "Grand Tour" étant "Tour du Chevalier", voila qui colle parfaitement avec le Childe du titre du poème. Voyons pourquoi...

George Gordon Byron, 6th Baron Byron
Richard Westall - 1813
National Portrait Gallery, London (lire la notice)
...
Childe Harold's Pilgrimage (texte en français) est un long poème narratif qui relate les péripéties et impressions de voyage d'un personnage prénommé Harold qui, désabusé par une vie de plaisirs et d'oisiveté, cherche une nouvelle vie en pays étrangers. Au Moyen-Âge, le mot Childe désignait le fils d'une noble famille destiné à devenir chevalier. De ce fait, en même temps qu'un cheminement physique de Childe Harold, le titre du poème évoque un accomplissement intérieur, qui correspond à la recherche d'une rédemption par le voyage.

De même le mot pèlerinage (pilgrimage) employé de préférence à "voyage", sous-entend une intention spirituelle. Les aventures de Childe Harold sont largement inspirées par celles des voyages de son auteur (Byron lui-même l'ayant reconnu). Indice supplémentaire si c'était besoin, Childe Harold est à rapprocher de "Child of Harrow", la Harrow School étant l'école où Byron fit une partie de sa scolarité.
Cependant, le Chevalier Harold n'est pas Byron. Même si Byron aspirait secrètement à le devenir. « La plus grande tragédie de l'homme est qu'il est capable de concevoir une perfection qu'il ne peut atteindre » a-t-il écrit dans sa préface au troisième chant du poème.

Childe Harold's Pilgrimage
Joseph Mallord William Turner - 1832
Tate Britain, Londres (lire la notice)
Pour "zoomer" sur ce tableau, cliquez ici, puis sur la vignette correspondante, afin de voir la vidéo
Childe Harold est le personnage en habit de moine, debout près d'une femme


Le Grand Tour de Lord Byron a duré deux ans. Parti de Falmouth le 18 juin 1809, Byron fut de retour dans son pays natal en juillet 1811. Durant ce voyage, il a  traversé divers pays bordant la Méditerranée et séjourné plus ou moins longtemps dans certains d'entre eux, tels la Grèce et l'Albanie, alors sous domination ottomane.

Ces deux pays ont particulièrement marqué Lord Byron. Tandis que le sort des Grecs, écrasés par les Turcs, l'émut au point de faire naître en lui un philhellénisme qui finit par lui coûter la vie, le peuple albanais, mélange de maraudeurs chrétiens et musulmans, fit une vive impression sur son imagination. Dans les notes de Childe Harold il dépeint la beauté des femmes et leur gracieuse démarche, ainsi que le courage et l'hospitalité des hommes. Ces rudes montagnards albanais lui rappelaient ceux qu'il avait connus dans son enfance en Écosse.


Armatole
aquarelle de Carl Haag
Clan Maclachlan
R. R. McIan - 1845
"The Clans of the
Scottish Highlands"
Pour Lord Byron, la nature vindicative et l'organisation clanique des albanais résistants aux Turcs évoquaient les Highlanders de son enfance. Le kilt des écossais, analogue à la fustanelle des Klephtes, pouvait sans doute produire cette impression.


Lord Byron en costume albanais
Thomas Phillips - 1813-14
Government Art collection, Londres (lire la notice)
C'est lors de son séjour en Grèce que Byron a commencé à composer Childe Harold. Il en a écrit maintes  strophes sur le Parnasse. Dans ses mémoires (qui ont été recueillies et publiées par Thomas Moore) il précise en avoir achevé les chants I et II à Izmir le 28 mars 1810. Leur publication, deux ans plus tard par la maison John Murray, connut un succès immédiat. En cinq jours le premier tirage fut épuisé. Ainsi, avec Childe Harold, Lord Byron entra dans la célébrité.


Un soldat sur le champ de bataille
Horace Vernet - 1818
Norton Simon Museum, Pasadena, Californie (lire la notice)
Le troisième chant de Childe Harold a été composé en 1816 par Lord Byron, à la suite de son passage en Belgique durant lequel il se rendit sur le champ de bataille de Waterloo, un an tout juste après l'ultime combat qui fit tomber douze mille hommes gisant pour toujours sur cette morne plaine.

Le texte complet de ce troisième chant fut rédigé à la villa Diodati, lors du séjour de Byron et de ses amis en Suisse, au bord du lac Léman. Là où  Byron écrivit également le brouillon d'une histoire fantastique, que John Polidori utilisera plus tard pour sa nouvelle intitulée Le Vampyre. Un thème que Byron avait déjà abordé dans son poème Le Giaour publié en 1813. Dans sa nouvelle, Polidori se sert de l'image de Lord Byron en tant que héros romantique pour façonner son personnage principal.

Quant au quatrième et dernier chant de Childe Harold, c'est en Italie, plus précisément lors de son séjour à Venise, que Byron l'écrivit. Le 20 juillet 1817 il envoie à John Murray, son éditeur et ami, une missive l'informant qu'il vient de mettre le point final à son poème. Sa lettre à peine envoyée, il entame son Don Juan. Une œuvre qui n'a plus rien de romantique et qui demeure inachevée en raison de la mort prématurée du poète.

L’Arrivée de Byron à Missolonghi
Theodoros Vryzakis - 1861
Alexandros Soutzos Museum, Athènes (lire la notice)

Comme j'en ai déjà parlé un peu plus haut, Lord Byron fut victime de sa sympathie pour la cause des Grecs, alors en guerre contre l'oppression ottomane qu'ils subissaient depuis quatre cents ans. Lors de son premier séjour dans ce pays, il avait attrapé une forte fièvre (peut-être déjà la malaria...) et n'avait dû sa survie qu'au dévouement de deux fidèles amis Albanais qui, après avoir menacé son médecin s'il ne parvenait pas à le guérir rapidement, lui avait prodigué tous les soins nécessaires pour le remettre sur pieds.

Trois mois après son arrivée à Missolonghi, assiègée par les Turcs depuis presque deux ans, Byron fut terrassé par une reprise de la fièvre qui avait déjà failli le tuer en 1810, mais surtout par l'incompétence des médecins diafoireux qui ont tenté de le soigner.

Lord Byron sur son lit de mort
Joseph-Denis Odevaere - 1826
Groeninge Museum, Bruges (crédit photo et autres tableaux du peintre)
On remarquera que le peintre a eu la délicatesse de couvrir le pied droit
(et de le représenter à une taille normale, alors que Lord Byron était affligé d'un pied-bot)

Le 19 avril 1824 un des plus grands poètes romantiques disparaissait, il avait trente six ans.


L'hommage de Lamartine

Dans "Le dernier chant du pélérinage d'Harold", Lamartine emploie bien évidemment le nom d'Harold pour évoquer Lord Byron. Le quatrième "couplet" (terme qu'employait Lamartine, puisqu'il s'agit d'un chant) commence ainsi :

Mais où donc est Harold ? Ce pèlerin du monde
Dont j'ai suivi longtemps la course vagabonde,
A-t-il donc jeté l'ancre au midi de ses jours,
Ou s'est-il endormi dans d'ignobles amours ?
Ai-je perdu ce fil de mes sombres pensées,
Qui, marquant de mes pas les traces effacées,
M'aidait à retrouver moi-même dans autrui ?
Mystérieux héros ! c'était moi, j'étais lui,
Et, sans briser jamais le nœud qui les rassemble,
Nos deux cœurs, nos deux voix sentaient, chantaient ensemble.

Pour lire le reste du poème, cliquez ici.


La musique de Berlioz


 Harold en Italie
Hector Berlioz - Symphonie avec solo d'alto, Opus 16

Note sur les quatre mouvements de la symphonie
1. Harold aux montagnes - Scène de mélancolie, de bonheur et de joie
La musique s'élève jusqu'à un fortissimo impressionnant et d'humeur farouche, suggérant le spectacle des montagnes vues au travers des nuages. Puis, un changement dramatique mène à une clarté brillamment ensoleillée. Accompagné par la harpe, l'alto solo joue le thème d'Harold, mélodie généreuse nimbée d'une certaine mélancolie.
2. Marche des Pèlerins chantant la prière du soir
L'approche de la procession dans le vaste paysage vespéral et sa disparition dans le crépuscule est rythmée par un son de cloches qui revient constamment. Les sentiments éprouvés par Harold durant le passage progressif du jour à la nuit vont de la satisfaction à une impression d'angoisse et de solitude.
3. Sérénade d'un montagnard des Abruzzes à sa maîtresse
L'inspiration de ce morceau fut puisée chez les pifferari, musiciens errants qu'en Italie Berlioz aimait écouter.
4. Orgie de brigands - Souvenirs des scènes précédentes
Après un rappel des thèmes précédents, celui d'Harold devient de moins en moins distinct, avant que n'éclate la musique des brigands sauvagement rythmée et variée. Soudain un pause intervient et l'on entend dans le lointain l'écho de "La Marche des Pèlerins" à laquelle la voix d'Harold répond brièvement mais ses commentaires nostalgiques sont rapidement balayés et l'orchestre tout entier prend feu de nouveau pour amener avec une énergie croissante le mouvement à sa brillante conclusion.
(d'après un texte de David Cairns)






Ceci est ma deuxième contribution au Challenge Romantique de Claudialucia





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