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dimanche 21 mai 2017

Billet d'absence

Femme fouillant dans un placard
Félix Vallotton - 1900
(collection privée)



Avant tout, je dois remercier celles et ceux qui ont fait écho à mon billet du 1er Mai.
Je leur suis grandement reconnaissante de demeurer fidèles à mes pages malgré mon manque de présence ici. Comme vous l'avez constaté, je suis de moins en moins dans mon grenier et je le regrette fort, croyez le bien. Malheureusement, les jours n'ont que vingt-quatre heures et j'ai tant de choses à faire !



La bibliothèque
Félix Vallotton - 1915
Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne



Tant de chose reportées au profit de grands moments passés à faire des découvertes de toutes sortes (afin de satisfaire mon insatiable curiosité) au lieu de m'occuper de mon intérieur. Tant de choses accumulées au fil des ans (documents, livres, vêtements, bric-à-brac) qui débordent de mes placards et que je dois trier, classer, ranger ou jeter (surtout jeter !).


Ainsi, je vous laisse pour un certain temps avec l'Enfant d'éléphant et son insatiable curiosité !









Néanmoins, je continuerai à produire un billet de temps en temps et je passerai autant que possible visiter vos blogs respectifs.





©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2017

vendredi 6 mars 2015

Deux femmes dans le "nombril du monde"


Djuna Barnes Nightwood - Faber & Faber  Londres, 1985
Détail de la couverture (cliquer ici pour la voir en entier)



Voici donc la suite tant attendue du Mystérieux café parisien.


Cette suite comporte quelques informations déjà abordées dans les échos du premier billet. Lectrice ou lecteur de passage, si vous en avez l'envie et le temps, je vous invite à vous y reporter.
























Le 14 février dernier, lorsque j'ai posté ces quatre photos de deux élégantes posant pour Maurice-Louis Branger vers 1925, je ne me doutais pas qu'elles allaient me faire entrer de plein pied dans le monde de l'intelligentsia littéraire et artistique du Paris des Années folles.

Le Paris des Années folles, celui du temps où les Montparnos (ces artistes, écrivains, peintres ou photographes, tels James Joyce, Samuel Becket, Peggy Guggenheim, Man Ray, Ernest Hemingway, Berenice Abbott, Gertude Stein, Adrienne Monnier, Nancy Cunard, Picasso, Francis Scott Fitzgerald, Sylvia Beach, Fujita, Fernand Léger et bien d'autres ) ont fait de l'espace compris entre La Closerie des Lilas et le carrefour Vavin, le nombril du monde.



En les regardant poser, tant au café qu'au jardin des Tuileries, on pourrait penser que ces  deux dames sont de simples modèles travaillant pour des magazines féminins, tel Fémina (à l'origine du Prix Fémina) ou pour le déjà célèbre Vogue Paris, version française du magazine de mode américain.

Au début des photos de modes, il n'y a guère de mannequins professionnelles.


Ce sont le plus souvent des femmes célèbres ou des artistes en vogue qui posent pour les revues, telle Gloria Swanson en « léopard se cachant derrière des buissons, fixant sa proie », comme l'a décrite Edward Steichen.


❃✿❃✿❃✿❃✿❃


Lors de mes nombreuses et patientes recherches pour tenter de déterminer l'emplacement du café "H.Renaud" (appelons le ainsi ce mystérieux café, puisque son enseigne demeure inconnue) un coup de chance m'a révélé les noms des deux jeunes femmes assises à sa terrasse.



Paris war eine Frau (Paris était une Femme)
Die Frauen von der Left Bank - Les femmes de la Rive Gauche
Couverture du livre d'Andrea Weiss


Paris était une Femme est la traduction française du titre du livre rédigé en allemand par Andrea Weiss en 1995. Ce livre a été adapté au cinéma l'année suivante par Gretta Schiller. sous le titre Paris Was a Woman.

Le nom de Djuna Barnes figure en premier sur la couverture du livre d'Andrea Weiss, avant  ceux de Janet Flanner et de Gertrude Stein, deux femmes beaucoup plus connues que Djuna Barnes. Cette priorité dans l'énumération pourrait indiquer que Djuna est l'une des deux femmes de la photo de Branger illustrant la couverture du livre...

Pour savoir qui est qui, j'ai recherché des portraits photographiques des deux femmes (datant à peu près de l'époque où Branger a fait sa série de photos de mode) afin de les comparer avec la scène du café.



Zoom sur les deux dames du café H. Renaud - 1

La comparaison nest pas facile. Aucune des deux femmes ne regarde l'objectif. L'une baisse la tête, occupée à écrire dans un calepin et l'autre baisse les yeux, comme si elle observait son reflet dans sa cuillère à café.


Djuna Barnes et Solita Solano



DJUNA BARNES
(1892-1982)



Djuna Barnes était une journaliste américaine, auteure de romans et de poèmes, dont certains illustrés par elle-même.

Djuna a grandi dans une ferme de Long Island, au sein d'une famille excentrique dirigée par sa grand-mère paternelle, la suffragette auteure et journaliste nord-américaine, Zadel Turner Barnes. Son père, musicien dilettante et peintre sans talent, était partisan de la polygamie et il a imposé la cohabitation de Frances Fanny Faulkner sa maîtresse (et des trois filles qu'il a eu avec elle) à son épouse, Elizabeth Chappell, durant près de quinze ans.

Dans Ladies Almanach, c'est son père que Djuna évoque en écrivant : « Son père, point ne convient de le celer, passa bien des veillées venteuses à arpenter sa bibliothèque dans le plus simple appareil, s’efforçant vainement d’imaginer un moyen de ramener son enfant prodigue au sein de cette Religion ou Occupation de tout temps censée convenir à la Femme »

Victime des idées anti-conformistes de son père, Djuna n'a pas fréquenté l'école. C'est sa grand-mère qui lui a appris à lire et à écrire et qui lui a quelque peu enseigné l'art, mais pas les mathématiques  ni l'orthographe !



Djuna Barnes (photo non datée, mais sans doute avant 1912)
(crédit photo)


En 1912, Djuna a vingt ans. Après deux ans de cauchemar durant lesquels elle a été contrainte par sa grand-mère de s'unir à Perce Faulkner (le frère de la maîtresse de son père, alors âgé de 52 ans) Djuna s'enfuit pour aller vivre à New-York. Elle y est bientôt rejointe par sa mère qui vient enfin d'obtenir le divorce, et par deux de ses frères partis en même temps qu'elle.



Djuna Barnes en 1914 (22 ans)
(crédit photo)


La nécessité de devoir travailler à plein temps, pour aider sa mère et ses jeunes frères à survivre, oblige Djuna à interrompre les études aux Beaux-Arts et au Pratt Institute de New-York qu'elle a entreprises six mois auparavant. Hardiment, elle va se présenter au directeur du Brooklyn Daily Eagle, lui disant tout de go « Je peux dessiner et écrire et vous seriez fou de ne pas m'engager ».

Après ce début en tant que journaliste appointée, le succès rencontré par ses articles piquants et ses interviews pittoresques va permettre à Djuna de devenir une journaliste indépendante.



Djuna Barnes vers 1918 (26 ans)
(crédit photo)


À partir de 1915, Djuna Barnes demeure à Greenwich Village, à l'époque où Marcel Duchamp et ses amis libertaires lâchent dans le ciel new-yorkais des ballons proclamant la fondation de la "République indépendante de Greenwich Village". C'est là, dans ce bouillon de culture  formé par la petite communauté d'artistes et d'intellectuels bohèmes vivant au jour le jour, pauvres mais insouciants, que Djuna prend ses marques. Elle y fait notamment la connaissance de Mina Loy, de Berenice Abbott et de Man Ray.



Djuna Barnes photographiée par Berenice Abbott
aux environs de 1920



Djuna Barnes à bord de La Lorraine
(crédit photo)
Aux lendemains de la Première Guerre mondiale, las de la censure, de la prohibition et de la vie chère, en 1921 un petit nombre d'américains (dans lequel se trouvent entre autres  Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald et Zelda Sayre, Berenice Abbott et Man Ray) abandonne la bohème new-yorkaise pour venir à Paris se mêler à celle de Montparnasse.

Djuna est du voyage, elle aussi traverse l'Atlantique en 1921, peut-être sur le même paquebot...





Djuna Barnes vers 1921-22 (environ 30 ans)
(crédit photo)



Vers 1926, à l'époque des photos du café parisien de M.L. Branger, Djuna vit à Paris depuis 1921. Elle est alors en train d'écrire un livre intitulé Ladies Almanack. Ce livre, publié en 1928, sera plus tard traduit en français sous le titre L'Almanach des Dames, en voici le début.




Les photos de Thelma et Djuna ont été faites
à Cagnes-sur-Mer vers 1925-1926.
Le portrait de Thelma Wood en bas à droite
est signé Berenice Abbott.
En 1928, Djuna rédige en quelques semaines le livre qui, lorsqu'il sera publié en 1936, sera son plus grand succès. Le Bois de la Nuit (dont le titre original Nightwood révèle de manière évidente le nom de celle qui l'a inspiré) relate sa liaison tumultueuse avec Thelma Wood, une sculptrice américaine qui lui a été présentée par Berenice Abbott.

Thelma avait la réputation de séduire les femmes par son irrésistible charme masculin et de les abandonner pour une autre aussi vite qu'un Don Juan. "I’m not a lesbian. I just loved Thelma." écrira plus tard Djuna.



À l'époque de sa liaison avec Thelma Wood, Djuna Barnes a d'abord habité un superbe hôtel particulier au 173 boulevard Saint-Germain (restauré en 2010, lire l'article ici) puis plus modestement, au 9 rue Saint-Romain, un immeuble de briques qui ne manque cependant pas d'allure.




Djuna Barnes photographiée par Berenice Abbott
aux environs de 1925



Parallèlement à sa carrière d'auteure, Djuna Barnes en mène une seconde. Sous le pseudonyme de Lydia Steptoe elle rédige des articles pour des magazines de modes. Son élégance naturelle l'a amenée à faire quelques photos de modes, comme celles ci-dessous.



Djuna Barnes habillée par Elsa Schiaparelli
photographiée par Man Ray
en 1926

















Djuna Barnes photographiée par Man Ray en 1926




Les photos de mode de Djuna Barnes ramènent à celles que fit Maurice-Louis Branger à la terrasse du Café H. Renaud, (ce mystérieux café dont on trouvera peut-être un jour l'adresse, mais quand ? !...)



Parisiennes à la terrasse d'un café vers 1925
photographie de Maurice-Louis Branger


Plus ou moins recadrée, cette photo de M.L. Branger est largement diffusée sur le web. Soit, sous le titre indiqué par la Parisienne de Photographie "Terrasse de café. Paris, vers 1925". Soit comme ici, sous le titre "Solita Solano et Djuna Barnes à Paris", avec comme indication de date "vers 1922".

À défaut d'une source plus officielle et à l'encontre d'autres sites (moins fiables à mon avis) indiquant 1922, c'est 1925-26 que je retiens.

Nota bene : un peu comme pour la date de la photo, jusqu'ici il ne m'a pas été possible de trouver dans un site officiel (genre musée ou bibliothèque) une reproduction légendée de la photographie de M.L. Branger, confirmant ainsi l'identification des deux jeunes femmes comme étant Djuna Barnes et Solita Solano...

À mon avis, si Solita Solano figure  sur les photos du café et du jardin des Tuileries, ce serait la jeune femme qui porte le turban blanc.


Zoom sur les deux dames du café H. Renaud - 2

Assise à droite de la photo, sous son turban blanc, Solita Solano semble pensive. Mais ce ne peut pas être Djuna Barnes assise à gauche, penchée sur son verre. Sur ses autres photos, Djuna Barnes ne se tient jamais courbée de cette manière.

Janet Flanner  par Berenice Abbott - 1927




Cependant, je me demande s'il ne s'agirait pas plutôt de Janet Flanner la compagne de Solita Solano à l'époque de la photo du café H. Renaud...







C'est grâce à son turban que j'ai pu identifier Solita Solano sur deux autres photos prises par  M.L. Branger le même jour que celles du café H. Renaud (car elle y porte exactement les mêmes vêtements). Vous pouvez les voir à la fin de la petite biographie ci-dessous.




SOLITA SOLANO
(1888-1975)



Solita Solano est le pseudonyme d'une journaliste et auteure américaine dont le vrai nom est Sarah Wilkinson. Née dans une famille de la classe moyenne, elle fait ses études à la Emma Willard School à New York.


Solita Solano en 1905
(crédit photo)


En 1905, après la mort de son père, elle quitte la maison pour épouser Oliver Filley, un ami d'enfance. Oliver est ingénieur civil et peu après son mariage il est envoyé en mission en Asie. Ainsi, le jeune couple va passer quatre ans aux Philippines, en Chine et au Japon. À la fin de sa mission, en 1908, Oliver rentre seul à aux  États-Unis. Entre temps le couple s'est séparé. Rentrée à New York, Sarah commence à travailler comme critique de théâtre pour le New York Tribune et comme pigiste à la National Geographic Society.

Vers 1910, Sarah Wilkinson change son nom de naissance pour celui de Solita Solano, sans doute à la suite de son divorce avec Oliver Filley.



Solita Solano - 1917
photographiée à Boston-par Louis-Fabian Bachrach
(crédit photo)


En 1919, Solita vit à Greenwich Village où Harold Ross et son épouse Jane Grant, fondateurs du journal The New Yorker, lui présente la journaliste Janet Flanner. Pour Janet c'est le coup de foudre et pour Solita, le début d'une relation qui va durer huit ans.


Janet Flanner 
1924 - photo Yasuki Tanaka
(crédit photo)
Solita Solano 
1923
(crédit photo)


















En 1921, Janet étant chargée de rédiger un rapport sur Constantinople pour le compte du National Geographic, le couple d'amies part pour la Grèce.


Janet Flanner et Solita Solano
1921 - près de Cnossos, Crète
(crédit photo)



De son côté, après avoir publié trois livres qui n'ont pas eu beaucoup de succès, Solita revient au journalisme.


Janet Flanner et Solita Solano
1921 - Grèce
(crédit photo)



À la fin de la séjour en Grèce, en 1922 Solita et Janet arrivent en France. C'est évidemment Paris qu'elle choisissent comme lieu de résidence, là où les cercles des intellectuelles lesbiennes de Montparnasse, tels ceux de Gertrude Stein et Alice B. Toklas, Natalie Clifford Barney et Romaine Brooks, Margaret Anderson et Georgette Leblanc sont près à les accueillir. Elles font également connaissance avec Djuna Barnes, qui les mentionnera un peu plus tard dans L'almanach des dames sous le vocable crypté Nip & Tuck (traduit en français par Jour & Nuit).

Et comme beaucoup de leurs amies elles se font photographier par Berenice Abbott.


Solita Solano  - 1927
par Berenice Abbott
(autres photos)
Janet Flanner  - 1927
par Berenice Abbott
(crédit photo)



















Au printemps 1927 Solita Solano rencontre Gurdjieff, sans toutefois se laisser impressionner par le charisme du gourou au regard magnétique.


En 1929 Solita quitte Janet pour Margaret Anderson, la fondatrice de The Little Review, disciple recrutée par Gurdjieff à New-York en 1924, puis venue à Paris avec sa compagne la chanteuse française Georgette Leblanc. La liaison de Solita avec Margaret a duré plusieurs années, puis Anderson est retournée vivre avec Leblanc.

De 1936 à 1939, Solita suis l'enseignement de Gurdjieff. Elle est membre du groupe qu'il a fondé fin 1935 et qu'il a baptisé "La Cordée". Groupe auquel ont appartenu entre autres Margaret Anderson et Georgette Leblanc.



Fin 1937, le groupe La Cordée est dissous. Mais Solita reste auprès de Gurdjieff en tant que secrétaire appointée. Au début de la Seconde Guerre mondiale elle part avec lui à New York. Elle y reste tout le temps de l'Occupation. Après quoi elle revient vivre en France. Gurdjieff décède en 1949, Solita devient alors la personne de référence pour les adeptes et les chercheurs souhaitant étudier l'œuvre du maître. Elle tiendra ce rôle jusqu'à sa propre mort en 1975, dans sa maison d'Orgeval, alors âgée de 87 ans.



❃✿❃✿❃✿❃✿❃


Pour terminer, voici enfin les deux autres photos de Solita prises par Maurice-Louis Branger, le même jour que celle des Tuileries et du café H. Renaud.


Jeune femme regardant le plan de métro de la ligne Nord-Sud. Paris, vers 1925

Ci-dessus, La légende de la Parisienne de Photographie est erronée
cette entrée de station n'appartient pas à l'ancienne ligne Nord-sud.

Sauriez-vous retrouver le nom
de cette station de Métro ?
 

Elle existe toujours
et son entrée à cet endroit n'a pas changé d'aspect.


Jeune femme devant une boutique de lingerie, à Auteuil. Paris (XVIe arr.) 1926
Noter que cette fois-ci la date est indiquée de manière précise
(crédit photo)
























Documentation :
Les intellectuelles de Montparnasse dans les années folles.
Les grandes figure féminines de Montparnasse à cette époque : Sylvia Beach - Adrienne Monnier - Peggy Guggenheim - Gertrude Stein - Natalie Clifford Barney - Nancy Cunard - Djuna Barnes
Greenwich Village
Thelma Wood
Janet Flanner
Les femmes de "La Cordée" : Solita Solano - Margaret Anderson - Georgette Leblanc - Jane Heap - Kathryn Hume -
Petite biographie chronologique de Gurdjieff



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2015

dimanche 1 mars 2015

Des chèvres à Paris


Pour meubler le grenier en attendant la suite du billet précédent, je vous propose un texte dont je ne révèle volontairement ni le titre ni l'auteur.

À vous de deviner !



Troupeau de chèvres sur un boulevard parisien






Chevrier jouant de la flute de Pan (Paris 1911)


















Troupeau de chèvres (Paris 1910)






Vendeur de lait de chèvre (Paris, 1911)






Vendeur de lait de chèvre (Paris, vers 1910)






La Chèvre d'Or  (cliquer ici pour lire sa légende)




Je dédie ce billet à Fifi
sa belle biquette
me l'ayant inspiré





Comme d'habitude en pareil cas, les commentaires resteront cachés durant deux ou trois jours, pour vous laisser le temps de chercher.





EDIT DU MERCREDI 4 MARS 2015

Comme beaucoup d'entre vous l'ont indiqué, le texte est extrait du chapitre "Un faux printemps" de "Paris est une fête" un récit autobiographique écrit entre 1957 et 1960 par Ernest Hemingway d'après ses souvenirs des années folles, quand il vivait parmi les Montparnos.



Bravo à celles et ceux qui ont deviné
Grand merci aux autres
pour avoir participé


La suite du billet sur le mystérieux café parisien est toujours en préparation, mais je mets le turbo et je la publierai d'ici vendredi prochain, promis juré !



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2015

vendredi 14 février 2014

In Love avec Marcus Stone




C'est en lisant Bleak House, un roman de Charles Dickens (édité en deux tomes dans une nouvelle collection au format de poche), que j'ai découvert récemment les scènes sentimentales de Marcus Stone.


Couvertures des deux tomes de Bleak House dans la collection Archipoche
Réunies côte à côte, les couvertures des deux livres reproduisent en miroir
le tableau In Love, peint en 1888 par Marcus Stone.



En 1852, Marcus Stone n'avait que douze ans lorsque Dickens, voisin et ami de ses parents, commença à publier Bleak House dans la presse. Chaque semaine, Marcus attendait avec impatience la parution du nouveau numéro du feuilleton, pour connaître la suite de l'histoire, mais aussi pour admirer les dessins de Hablot Knight Brown qui illustrait alors Bleak House sous le pseudonyme de "Phiz". 

La même année, en voyant une scène de son roman dessinée par Marcus, l'attention de Charles Dickens fut attirée sur les dons d'illustrateur du jeune garçon et il lui suggéra d'envisager l'idée de travailler pour lui. Ce qui ne manqua pas d'arriver sept ans plus tard, lorsque suite au décès de son père Dickens prit Marcus Stone, alors âgé de dix-neuf ans, sous sa protection. Ainsi, parralèlement à sa carrière de peintre, Marcus Stone a illustré trois d'œuvres de Dickens, dont "Les Grandes Espérances", et son dernier roman "L'Ami commun" (voir ici les illustrations de Our Mutual Friend).


In Love
Marcus Stone - 1888
Nottingham City Museum (lire la notice de la BBC)


Si Marcus Stone n'a jamais réalisé d'illustration pour une quelconque édition de Bleak House, il semblerait que certains de ses tableaux romantiques ont été inspirés par ce roman.

Le couple In love, qu'il a peint en 1907 (voir plus bas), colle parfaitement avec les descriptions de celui formé par la délicieuse Ada Clare et son cousin, le beau Richard Carstone, amoureux l'un de l'autre dans le roman de Dickens. Roman dont le titre en français La Maison d'Âpre-Vent fait référence à l'habitude de John Jarndyce, le maître de Bleak House, de toujours mettre en cause le vent d'Est quand quelque chose le contrarie fortement.


La mystérieuse Lady Dedlock (Bleak House, Tome 1) Charles Dickens
extrait du chapître 3, Une avancée


In Love
Marcus Stone - 1907
Collection privée


Les visages des acteurs qui jouent les rôles d'Ada Clare et de Richard Carstone dans la série "Bleak House" de la BBC, sont assez proches de ceux de la jeune femme et de son soupirant peints par Marcus Stone dans ses tableaux intitulés In Love.



Étude pour "In Love"
Marcus Stone (voir la notice)



In Love
Marcus Stone - 1913
Laing Art Gallery, Newcastle (lire la notice)


Marcus Stone était le fils de Frank Stone, artiste aux multiples dons, peintre totalement autodidacte, rédacteur Beaux-Arts pour Athenaeum (une revue littéraire londonienne de première importance vers le milieu du XIXe siècle) et comédien pour la troupe de théâtre amateur de Charles Dickens.

Au début de sa carrière, Marcus Stone a peint plusieurs tableaux inspiré par des pièces de Shakespeare. Ce n'est que vers la fin des années 1870 qu'il a commencé à produire des scènes sentimentales. L'une d'entre elles se trouve exposée à la très prestigieuse Tate Gallery de Londres sous le titre français "Il y en a toujours un autre".


Il y en a toujours un autre
Marcus Stone - 1882
Tate Gallery (notice)


Maintenant, assez parlé, je vous laisse regarder les autres scènes romantiques de Marcus Stone. Elles tournent toutes autour de la naissance de l'amour, ou de ses conséquences. Certaines (comme nous l'avons vu précédemment pour In Love) ont été déclinées en plusieurs versions.



A lover's spat
Marcus Stone - 1884
Collection privée (notice de Skinner)



Lovers embracing by moonlight
Marcus Stone - 1884
Collection privée (notice de Skinner)



Waiting
Marcus Stone - entre 1875 et 1921
Walker Art Gallery, National Museums, Liverpool (notice de la BBC)



A stolen kiss
Marcus Stone - non daté
Collection privée (notice Atrnet)




The love letter
Marcus Stone - 1878
Collection privée (notice de Christie's)



In the shade
Marcus Stone - non daté
Collection privée (notice de Bonhams)



Love at first sight
Marcus Stone - non daté
Collection privée



Her First love Letter
Marcus Stone- 1889
Auckland Art Gallery (Nouvelle-Zélande) (notice du musée)



A passing cloud
Marcus Stone - 1891
Manchester City Galleries (notice de la BBC)



Two's Company - Three's None
Marcus Stone - 1892
Blackburn Museum and Art Gallery, Lancashire (notice de la BBC)
Lire la description du même tableau dans cette notice
de la version se trouvant à la Manchester Art Gallery




The garden seat
Marcus Stone - non daté
Collection privée (notice de Bonhams)



Married for loveMarcus Stone - non daté
Collection privée (notice de Sotheby's)



The Honeymoon
Marcus Stone - 1892
collection privée



Waiting in the woods
Marcus Stone - 1894
Collection privée (notice d'Artnet)



Welcome footsteps
Marcus Stone - 1898
Aberdeen Art Gallery and Museums (notice du musée)



The Honeymoon
Marcus Stone - 1892
gravé en 1899 par Edward Gilbert Hester (1843-1903)



The soldier's return
Marcus Stone - 1900
Collection privée (notice Artnet)



Absence makes the Heart grow fonder
Marcus Stone - 1902
Collection privée (notice Artnet)



Persuasion (or Two lovers)
Marcus Stone - 1906
Collection privée


Au vu de cette longue série de scènes romantiques, on peut se demander ce qui a orienté Marcus Stone vers ce genre de peinture. Pour ma part, je pense que c'est tout simplement l'exemple d'une partie des peintures de son père.



The Bashful Lover and Maiden Coy
Frank Stone - 1842
Walker Art Gallery, National Museums, Liverpool (notice de la BBC)



Mated
Frank Stone - non daté
Walker Art Gallery, National Museums, Liverpool (notice de la BBC)



Et vous, qu'en pensez-vous ?


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Ce billet est ma cinquième participation au Challenge Romantique de ClaudiaLucia






©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014