Vous l'avez peut-être reconnue, l'image ci-dessus fait partie de celles qui illustrent
Le Vilain Petit Canard.
L'histoire d'œuf contée par Andersen est celle d'
un original, un être pas comme les autres. Un être
différent de tous ceux qui se réjouissent d'être fabriqués sur le même modèle. Un être
étranger à ceux qui sont fiers d'appartenir à un cercle quelconque, à ceux qui considèrent comme quantité négligeable tous ceux qui sont exclus de leur
coterie.
Le Vilain Petit Canard est aussi un conte moral qui met l'accent sur la
différence, cette valeur essentielle, voire
indispensable, à l'évolution de la vie.
Un conte qui nous met en garde contre les préjugés que tout un chacun peut avoir un jour ou l'autre à l'égard d'un
étrange étranger.
Si personne, ou presque, n'ignore
l'histoire du Vilain Petit Canard, par contre la vie de son auteur est moins connue. Cependant, ce sont les épreuves traversées durant son enfance et son adolescence qui ont inspiré ce conte à
Hans Christian Andersen.
Dans l'histoire du
Vilain Petit Canard tout commence par
l'œuf extraordinairement
gros que la
cane découvre au fond de son nid, une fois que ses canetons sont tous sortis de leurs coquilles.
De nombreuses
cosmogonies posent
l'œuf à la base de la
création de l'univers, car
l'œuf contient en germe
toute la diversité du monde.
Dans la mythologie finnoise,
le Kalevala débute avec le récit de la
formation du monde.
Au commencement, la déesse
Ilmatar repose dans la mer. Son esprit vagabonde en rêve, lorsque tout à coup un oiseau apparaît réellement. C'est
une cane qui cherche un endroit sûr pour y
pondre ses œufs.
Ilmatar, alias
Luonnotar, ayant sorti son genou de l'eau pour permettre à
la cane d'y faire son nid, celle-ci commence à y
couver ses œufs.
Alors que les œufs sont sur le point d'éclore, la chaleur engendrée par
la couvaison de la cane devient si intense que la déesse finit par ne
plus la supporter. Elle remue son genou, ce qui déséquilibre le nid et
entraîne la chute des œufs.
Pour les finlandais, c'est ainsi que la Terre, le Soleil, la Lune et les Étoiles naquirent les uns après les autres des
œufs d'une cane couvés sur le genou de la déesse Ilmatar et tombés en se brisant dans la mer.
Dans
l'Edda de Snorri, on trouve mention d'un couple d'oiseaux qui vit dans le
puits d'Urd, là où plonge l'une des trois racines d'
Yggdrasil,
l'Arbre du Monde. Ces oiseaux sont des «
cygnes » et ils auraient fondé l'espèce qui porte ce nom.
Du point de vue symbolique,
le cygne, oiseau d'Apollon, figure la
lumière solaire. Quant à
l'oie, elle représente la lumière lunaire. Dans les mythologies,
cygne et oie sont souvent confondus.
Dans l'hindouisme par exemple,
Hamsa,
cygne ou oie, sert de véhicule à Brahmā couvant le Brahmânda,
l'Œuf du Monde.
Pour les Égyptiens de l'Antiquité, c'est
Amon qui a pondu
l'œuf cosmique, alors qu'il avait pris la forme d'
un oiseau de la même famille que les oies, les cygnes et les canards,
l'Ouette d'Égypte.
Des œufs ont été trouvé dans des tombes égyptiennes et dans l'un des exemplaire du
Livre des Morts, il est écrit :
Ô Atoum, donne moi la douce brise qui est dans ton nez ! Je suis cet Œuf qui était dans le Grand Jargonneur et je fais la garde de cette grande entité que Geb a séparée de la terre : si je vis, elle vit. Puissé-je redevenir jeune et vivre, et respirer la brise !
Ce
souhait de résurrection, formulé par un défunt affirmant être
l'Œuf qui se trouvait dans le ventre d'Amon, montre combien l'usage de l'œuf comme
symbole de renaissance est ancien.
Dans le conte d'Andersen, après bien des vicissitudes
Le Vilain Petit Canard finit par trouver ses pairs et se faire reconnaître pour ce qu'il est réellement : un
cygne.
Pour
Le Vilain Petit Canard, cette
reconnaissance par les autres cygnes fut comme une
nouvelle naissance, voire une véritable
renaissance.
Dans
la traduction de David Soldi (celle ayant servi de base au texte des images ci-dessus) l'histoire du
Vilain Petit Canard se termine par un triomphe, lors duquel tous les enfants s'écrient «
Le nouveau est le plus beau ! Qu’il est jeune ! qu’il est superbe ! ».
Et les vieux cygnes s’inclinèrent devant lui.
Une apothéose qui rappelle d'anciennes
fêtes païennes au moment de l'équinoxe de printemps, celui qui sert de base pour déterminer
la date de Pâques,
fête de la Résurrection.
Pour terminer ce billet en musique, voici
Le Vilain Petit Canrd, librement adapté en 1939 par Walt Disney pour ses
Silly Symphonies