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samedi 14 juillet 2012

Une source vauclusienne en Normandie


De tout temps, les sources ont été considérées comme des lieux mystérieux plus ou moins en relation avec les dieux, aussi bien par les Celtes que par les Grecs ou les Romains. La Fontaine de Nîmes, dédiée à Nemausus, est un exemple de source vauclusienne recelant plus d'une énigme.

L'origine du terme "source vauclusienne" se trouve à la Fontaine de Vaucluse, lieu de naissance de la Sorgue. La Fontaine de Vaucluse étant la plus importante par les dimensions de son siphon et par son débit d'eau annuel, c'est elle, plutôt qu'une autre, qui a donné son nom à ce type de sources.

La source vauclusienne dont il va être question ici ne se trouve ni dans le Gard. ni dans le Vaucluse. Elle coule en Normandie, ce qui est une première source d'étonnement. D'autant plus que sa légende et son histoire ne manquent pas de mystères.

Légende ou réalité ?...

Selon certaines légendes, les feux follets habitent l'eau profonde. L'endroit où ils apparaissent révèle l'emplacement d'un trésor oublié reposant au fond de l’eau. C'est au moment où ils se manifestent que l'on peut repérer cet endroit. Cela se produit généralement par une chaude nuit d'été sans lune. De petites lumières jaunes, vertes, bleues ou orangées, dansent alors un ballet féérique, se tordant et sautillant à la surface de l'eau.

Will o' the Wisp
Arthur Hughes (1832-1915)
(crédit photo)

Les feux follets de cette légende auraient partie liée avec les farfadets, ces malicieuses créatures nocturnes qui prennent un malin plaisir à égarer les individus cupides. Car ce sont eux les véritables gardiens du trésor prisonnier des eaux et ils détestent ceux qui veulent s'approprier ce qu'ils considèrent comme leur bien.

Mystérieuse rivière...

Malheur à celui qui leur emboîte le pas en pensant qu'ils vont le guider vers le trésor reposant au fond de l'eau. Il a toutes les chances de tomber dans un précipice ou de s'enliser dans une fondrière.

En réalité, on sait peu de chose sur les feux follets, le phénomène ayant été rarement observé par des scientifiques et encore moins photographié.

L'Orbiquet près de sa source
(au fond, le clocher de La Folletière-Abenon)

Les feux follets sont à l'origine du nom de La Folletière-Abenon, minuscule village normand du pays d'Auge sur le territoire duquel se trouve la source de l'Orbiquet. Les anciens du pays racontaient que jadis des feux follets se sont manifestés dans les parages de la source. Légende ou réalité ? aujourd'hui nul ne peut le dire...

Bassin de la source de l'Orbiquet

À la différence des autres sources, les eaux d'une source vauclusienne sont issues d'un réseau souterrain dans lequel elles ont cheminé, plus ou moins longuement selon les cas, dans des galeries creusées dans la roche calcaire par leur propre ruissellement. C'est ce que les géologues appellent un aquifère karstique.

La photo ci-dessus, ainsi que les suivantes, a été prise le 6 avril dernier, alors qu'il n'avait pas plu depuis longtemps. En période de crue, la source de l'Orbiquet peut se transformer en fontaine jaillissante dont la gerbe peut s'élever jusqu'à plus d'un mètre de haut. Le débit moyen de l'Orbiquet est d'environ 400 litre/seconde, ce qui en fait la quatrième  sources vauclusienne de France.


Du moulin à blé près de la source, il ne reste plus que la roue

La puissance de son débit est telle, qu'à peine sorti de terre (ou plutôt, de la pierre) l'Orbiquet faisait tourner un moulin à blé se trouvant à quatre-vingt mètres de sa source. Ce moulin à blé était le premier d'une cinquantaine de moulins à grain, à tan, à papier ou à fouler, qui tournaient au XIXe siècle, répartis tout au long des trente kilomètres du cours de l'Orbiquet, entre sa source et Lisieux, là où les eaux de l'Orbiquet se mêlent à celles de la Touques.


Le lavoir de La Folletière-Abenon

Entre la roue du moulin et la source, se trouve l'ancien lavoir communal.


Lavoir privé

La maison tout près de la source possède un lavoir privé qui ne manque pas de charme.


Rêveries sur canapé

Le rêve, habiter cette maison et venir s'asseoir sur ce canapé. Laisser dériver ses pensées au fil de l'eau, entendre tourner la roue du moulin d'autrefois et le bruit des battoirs de quelques lavandières devisant gaiement tout en frappant le linge...


Le site de la source est un espace naturel aménagé

Demeurée inaccessible durant des années car située sur un terrain privé, depuis 1992 la source de l'Orbiquet a été remise en valeur et aménagée pour le public grâce aux efforts conjugués du Conseil Général du Calvados, de la Mairie de la Folletière-Abenon et des membres de l'Adecor, Association pour le Développement Culturel d'Orbec et de sa Région.


Plan de l'espace aménagé autour de la source


Vanne fermant le bief


La roue de l'ancien moulin vue depuis la route

Les alentours du site de la source sont visibles dans Street-View :


Site de la source de l'Orbiquet
(cliquer dans l'image et utilisez les flèches pour s'y déplacer)


En arrivant sur le site, le 6 avril dernier en fin de journée, j'ignorais tout de cette source. Qu'elle ne fut pas ma surprise en lisant le texte accompagné de schémas qui figure sur un pupitre informatif disposé à proximité du bassin. J'étais loin de me douter que j'avais sous les yeux une petite cousine de la Fontaine de Vaucluse, à l'instar de laquelle l'énigme des origines n'est pas entièrement résolue.


Naissance de l'Orbiquet
Sous la tache blanche de la roche crayeuse, quelques rides à la surface de l'eau

Depuis 1964, le cours souterrain de l'Orbiquet a été exploré à plusieurs reprises. Ces diverses explorations par des plongeurs spéléologues ont permis de repérer deux siphons et de cartographier environ 800 mètres de galeries en deux branches. Cependant, selon les spécialistes, le réseau hydrographique souterrain serait beaucoup plus étendu. Parmi les hypothèses les plus probables, l'Orbiquet serait alimenté par des pertes du Guiel et de la Risle. Deux rivières qui se perdent, entièrement ou seulement en partie, en s'enfonçant dans le sol.

Selon la configuration du terrain, il arrive qu'une rivière circule bien au-dessus du niveau de la nappe phréatique. Dans ce cas elle ne draine plus la nappe, mais au contraire elle l’alimente, à moins que les bétoires de son lit n'aient été colmatées. Le cas est fréquent dans le Pays d’Ouche, on parle alors de rivière perchée.


Comme vous avez pu le voir, je me suis beaucoup passionnée pour les mystères des rivières normandes du Pays d'Auge et du Pays d'Ouche. Dans un prochain billet, nous verrons la suite du cours de l'Orbiquet.



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2012