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Salammbô
Gaston Bussière - 1907(œuvre non localisée) |
De prime abord, la relation entre Vénus et Salammbô n'est pas évidente. Toutefois, dans la mythologie gréco-romaine, Vénus est l'homologue de la grecque Aphrodite et, selon Pierre Lévêque, Aphrodite est apparentée à Astarté « Aphrodite n'est autre que la transposition de la Phénicienne Astarté, une déesse sémitique de l'amour, des énergies vitales, fertilisantes et fécondantes, et de la mer ».
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| Astarté (détail) John Singer Sargent, vers 1890-95 Metropolitan Museum of Art (tableau entier) |
Astarté est également la déesse lunaire, que les Carthaginois appellent Tanit. Dans le roman de Flaubert, Salammbô s'identifie à Tanit. Par Aphrodite et Astarté, il y a donc bien une relation entre Vénus et Salammbô.
Sur le plan pictural, il existe également un lien entre Vénus et Salammbô. Aussi inattendue qu'elle soit, cette relation n'en est pas moins réelle. Pour ménager l'effet de surprise, je vais présenter les choses dans l'ordre chronologique.
Vers 1625-1630, Artemisia Gentileschi peint Vénus et Cupidon. Notez bien la courbe du corps de Vénus, depuis le sein jusqu'à la hanche droite, ainsi que la position des jambes l'une par rapport à l'autre.
La pose de la Vénus de Cabanel semble bien être inspirée du tableau d'Artemisia Gentileschi. Cabanel a multiplié les cupidons, cependant la couleur de la mer rappelle celle du drap sur lequel repose la Vénus d'Artemisia. Cabanel n'ignorait sûrement pas l'existence du tableau d'Artemisia...
Pourtant, la notice du musée d'Orsay ne parle que d'un mélange de « références à Ingres et à la peinture du XVIIIe siècle » à propos de la Vénus de Cabanel (Vénus Anadyomène d'Ingres). Notons au passage qu'il existe une réplique de la Naissance de Vénus par Cabanel au Metropolitan Museum of Art.
Ma petite histoire de la naissance d'un tableau démarre quand, après avoir lu dans un ouvrage d'Ulrich Bischoff qu'une copie de la Vénus de Cabanel aurait servi de toile de fond au tableau Le Jardin de la France de Max Ernst, je décide de mener ma petite enquête.
Comme dans la Vénus et Cupidon de Gentileschi par rapport à la Naissance de Vénus de Cabanel, la courbe du corps de la femme ainsi que la position des jambes l'une par rapport à l'autre sont analogues. Cependant, dans le tableau de Max Ernst, le serpent sur la cuisse de la Vénus de Cabanel a de quoi étonner...
Or, voila que je retrouve la même information dans le très officiel dossier de presse de l'exposition "Max Ernst, le Jardin de la France", qui a eu lieu au Musée des Beaux-Arts de Tours entre le 17 octobre 2009 et le 18 janvier 2010 :
« Le Jardin de la France. Max Ernst aurait-il su trouver titre plus charmant, plus gai pour dire son amour de la France, de la Touraine ? Ce tableau compte parmi les oeuvres les plus remarquables qui ont vu le jour dans ce paysage. En 1962, une année avant que La Naissance de Vénus de Cabanel, une des plus célèbres peintures de Salon du XIXe siècle, ne fête son centième anniversaire, Max Ernst en repeint une version qu’il avait dénichée dans un marché aux puces. L’Indre et la Loire enveloppent le corps féminin de leurs caresses liquides. »
Examinons ces deux tableaux de plus près. En dehors du serpent, avez-vous repéré la principale différence entre les deux "Vénus", celle de Cabanel et celle de Ernst ? Oui ? Non ? Regardez les pieds :
C'est très net. Les pieds de la femme, couchée entre la Loire et l'Indre dans Le Jardin de la France et ceux de la Naissance de Vénus de Cabanel ne sont pas identiques. L'histoire du tableau de Cabanel soi-disant repeint, ou copié, par Max Ernst tombe à l'eau !
Mais alors (me direz-vous) c'est simple, Max Ernst n'a rien copié du tout et il a peint son Jardin de la France tout seul comme un grand.
Pas si sûr... regardez plutôt
D'après le peu d'informations que j'ai pu recueillir sur la toile, Michel Richard-Putz (1868-1934) serait un peintre belge venu à Paris pour étudier la peinture auprès de Benjamin Constant et de Jean-Paul Laurens.
Quoi qu'il en soit, sa Salammbô est assurément le tableau que Max Ernst a utilisé (l'original ou une copie ? on ne le saura sans doute jamais...) pour créer Le Jardin de la France. La preuve par les pieds et l'anneau du serpent, évidemment !
Max Ernst a vécu à Huismes entre 1955 et 1963. Dans Le Jardin de la France, il a voulu représenter de manière cartographique l'esprit de la région qu'il habitait, au confluent de l'Indre avec la Loire, quand il a peint ce tableau. Ainsi, l'indolence orientale de la Salammbô de Richard-Putz s'accorde magnifiquement avec la langueur des paysages des bords de Loire. Quant au serpent, c'est l'image même du cours d'eau qui se coule dans le paysage, avec quelquefois des passages souterrains. C'est aussi l'esprit d'un autre jardin, l'Eden des origines.
La Nymphe endormie d'Arthur P. Burton vient à point pour terminer ma petite genèse du Jardin de la France, une petite digression que voudront bien me pardonner les impatients de faire la connaissance de la mystérieuse beauté du Second Empire qui, telle une diva, s'attarde encore dans les coulisses de mon grenier.
Sources
- Max Ernst, un cartographe facétieux, article absolument passionnant, qui répond parfaitement aux question que l'on peut se poser à propos du Jardin de la France, l'inversion du cours de la Loire notamment.
- Illustrations du roman Salammbô, chapitre X Le Serpent
Sur le plan pictural, il existe également un lien entre Vénus et Salammbô. Aussi inattendue qu'elle soit, cette relation n'en est pas moins réelle. Pour ménager l'effet de surprise, je vais présenter les choses dans l'ordre chronologique.
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Vénus et Cupidon
Artemisia Gentileschi, 1625-1630Virginia Museum of Fine Arts, Richmond, USA (notice du musée) |
Vers 1625-1630, Artemisia Gentileschi peint Vénus et Cupidon. Notez bien la courbe du corps de Vénus, depuis le sein jusqu'à la hanche droite, ainsi que la position des jambes l'une par rapport à l'autre.
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Naissance de Vénus
Alexandre Cabanel - 1863Musée d'Orsay (lire la notice du musée) |
La pose de la Vénus de Cabanel semble bien être inspirée du tableau d'Artemisia Gentileschi. Cabanel a multiplié les cupidons, cependant la couleur de la mer rappelle celle du drap sur lequel repose la Vénus d'Artemisia. Cabanel n'ignorait sûrement pas l'existence du tableau d'Artemisia...
Pourtant, la notice du musée d'Orsay ne parle que d'un mélange de « références à Ingres et à la peinture du XVIIIe siècle » à propos de la Vénus de Cabanel (Vénus Anadyomène d'Ingres). Notons au passage qu'il existe une réplique de la Naissance de Vénus par Cabanel au Metropolitan Museum of Art.
Ma petite histoire de la naissance d'un tableau démarre quand, après avoir lu dans un ouvrage d'Ulrich Bischoff qu'une copie de la Vénus de Cabanel aurait servi de toile de fond au tableau Le Jardin de la France de Max Ernst, je décide de mener ma petite enquête.
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Le Jardin de la France
Max Ernst - 1962Centre Pompidou (Beaubourg), Paris (notice du musée) |
Comme dans la Vénus et Cupidon de Gentileschi par rapport à la Naissance de Vénus de Cabanel, la courbe du corps de la femme ainsi que la position des jambes l'une par rapport à l'autre sont analogues. Cependant, dans le tableau de Max Ernst, le serpent sur la cuisse de la Vénus de Cabanel a de quoi étonner...
Or, voila que je retrouve la même information dans le très officiel dossier de presse de l'exposition "Max Ernst, le Jardin de la France", qui a eu lieu au Musée des Beaux-Arts de Tours entre le 17 octobre 2009 et le 18 janvier 2010 :
« Le Jardin de la France. Max Ernst aurait-il su trouver titre plus charmant, plus gai pour dire son amour de la France, de la Touraine ? Ce tableau compte parmi les oeuvres les plus remarquables qui ont vu le jour dans ce paysage. En 1962, une année avant que La Naissance de Vénus de Cabanel, une des plus célèbres peintures de Salon du XIXe siècle, ne fête son centième anniversaire, Max Ernst en repeint une version qu’il avait dénichée dans un marché aux puces. L’Indre et la Loire enveloppent le corps féminin de leurs caresses liquides. »
Examinons ces deux tableaux de plus près. En dehors du serpent, avez-vous repéré la principale différence entre les deux "Vénus", celle de Cabanel et celle de Ernst ? Oui ? Non ? Regardez les pieds :
C'est très net. Les pieds de la femme, couchée entre la Loire et l'Indre dans Le Jardin de la France et ceux de la Naissance de Vénus de Cabanel ne sont pas identiques. L'histoire du tableau de Cabanel soi-disant repeint, ou copié, par Max Ernst tombe à l'eau !
Mais alors (me direz-vous) c'est simple, Max Ernst n'a rien copié du tout et il a peint son Jardin de la France tout seul comme un grand.
Pas si sûr... regardez plutôt
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| Salammbô Michel Richard-Putz, vers 1898 (peinture non localisée, crédit photo) |
D'après le peu d'informations que j'ai pu recueillir sur la toile, Michel Richard-Putz (1868-1934) serait un peintre belge venu à Paris pour étudier la peinture auprès de Benjamin Constant et de Jean-Paul Laurens.
Quoi qu'il en soit, sa Salammbô est assurément le tableau que Max Ernst a utilisé (l'original ou une copie ? on ne le saura sans doute jamais...) pour créer Le Jardin de la France. La preuve par les pieds et l'anneau du serpent, évidemment !
Max Ernst a vécu à Huismes entre 1955 et 1963. Dans Le Jardin de la France, il a voulu représenter de manière cartographique l'esprit de la région qu'il habitait, au confluent de l'Indre avec la Loire, quand il a peint ce tableau. Ainsi, l'indolence orientale de la Salammbô de Richard-Putz s'accorde magnifiquement avec la langueur des paysages des bords de Loire. Quant au serpent, c'est l'image même du cours d'eau qui se coule dans le paysage, avec quelquefois des passages souterrains. C'est aussi l'esprit d'un autre jardin, l'Eden des origines.
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| Nymphe endormie Arthur P. Burton 1894-1914 (collection privée) |
La Nymphe endormie d'Arthur P. Burton vient à point pour terminer ma petite genèse du Jardin de la France, une petite digression que voudront bien me pardonner les impatients de faire la connaissance de la mystérieuse beauté du Second Empire qui, telle une diva, s'attarde encore dans les coulisses de mon grenier.
Sources
- Max Ernst, un cartographe facétieux, article absolument passionnant, qui répond parfaitement aux question que l'on peut se poser à propos du Jardin de la France, l'inversion du cours de la Loire notamment.
- Illustrations du roman Salammbô, chapitre X Le Serpent
©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2012






























