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mercredi 17 mars 2021

Gertrude, patronne des Cha(t)sseurs de souris

 

Carte postale contemporaine



17 mars fête de Ste Gertrude
 
En Italie cette date est aussi celle de la Fête des Chats.
En France la Journée internationale du Chat est fixée au 8 août.

Depuis quand Ste Gertrude est-elle associée aux chats ?
Il n'y pas de documentation ou de tradition désignant Gertrude de Nivelles sainte patronne des chats. Mais il existe des images anciennes, peintes au début de la Renaissance, sur lesquelles Gertrude est représentée entourée de rongeurs, grimpant sur sa robe ou courant sur le bâton de sa crosse.



Gertrude de Nivelles
Simon Bening - 1522-23
Peinture d'après les Heures du cardinal Albrecht de Brandebourg
Carnegie Museum of Art, Pittsburgh (tableau et notice)



La peinture de Simon Bening (ci-dessus) montre la cellule de Gertrude entourée de démons survolant le monastère incendié. C'est peut-être la source d'une idée assez répandue, comme quoi les rats et les souris entourant Gertrude symbolisent les tentations du diable que la sainte a réussi à dompter...


Mais qui était Gertrude de Nivelles ?


Gertrude est née à Landen vers 626, au sein d'une famille de la noblesse. Son père, Pépin de Landen, a été nommé Maire du Palais d'Austrasie par Clotaire II, lorsque celui-ci a laissé le pouvoir à son fils Dagobert Ier. La mère de Gertrude était, Itte Idoberge. Des annales datant du XIe siècle la disent issue d'une famille sénatoriale d'Aquitaine et sœur de saint Modoald, évêque de Trèves...



Ste Gertrude de Nivelles et Ste Claire d'Assise
Manuscrit médiéval enluminé
Bibliothèque nationale des Pays-Bas




Gertrude était la quatrième et la plus jeune des enfant du couple. Au Moyen Âge, la noblesse avait pour habitude de contracter des mariages stratégiques avec d'autres familles de haut lignage, ceci afin d'accéder au pouvoir. Quand Gertrude eut 10 ans, son père a organisé un banquet au cours duquel le Roi Dagobert a demandé à Gertrude d'épouser le fils d'un duc. Indépendante de nature, Gertrude a refusé, en insistant sur le fait qu'elle n'épouserait jamais un duc.
Ni aucun autre homme d'ailleurs ! Seul le Christ serait son époux.



Sainte Gertrude de Nivelles
partie d'un triptyque conservé au Palazzo Coronini Cronberg
Peintre de l'école d'Anvers
Lire la notice



Gertrude a tenu cette promesse avec l'aide de sa mère.
À la mort de Pépin, en 640, Itta a été confrontée à la question de savoir comment protéger Gertrude des prétendants qui réclamaient la main de sa fille dans l'espoir de s'allier avec la richesse et le pouvoir de la famille du Maire du Palais.

Ce problème fut résolu lorsque, devenue veuve en 640, Itte Idoberge prit la décision d'entrer en religion. À quelques temps de là, saint Amand lui rendant visite l'a incitée à fonder un monastère. Conseil qui sera concrétisé vers 646 par la construction d'un double monastère (un bâtiment pour les hommes et un pour les femmes) à Nivelles, dans le Hainaut. Gertrude ayant alors vingt ans, en la  nommant abbesse du monastère des femmes, sa mère la met ainsi à l'abri d'un enlèvement suivi d'un mariage forcé.



Bas-relief représentant Sainte-Gertrude avec des rongeurs à Utrecht
soubassement de l'un des réverbères répartis le long de l'Oudegracht
Localisation : Oudegracht 321


Zoomer dans la carte ci-dessus pour mieux apercevoir le bas-relief
au pied du réverbère, à gauche entre les barres de la rampe d'escalier




Quand Itta mourut, en 652, en tant qu'abbesse de Nivelles, Gertrude a laissé l'administration du l'abbaye de Nivelles à d'autres religieuses et moines de confiance, cela afin de pouvoir consacrer davantage de temps à l'étude des Écritures et à s'occuper des malades. Mais elle était devenue si faible à cause du jeûne constant et des veillées qu'elle a été contrainte d'abandonner son poste d'abbesse à sa nièce.



Vitrail de la basilique Notre-Dame de Tongres


Au Moyen Âge, les chats étaient des compagnons idéaux pour les moines et les nonnes soucieux de préserver leurs réserves alimentaires des attaques de rongeurs. Il ne serait donc pas surprenant que Gertrude et ses religieuses, tout comme ses frères religieux belges ou irlandais, aient abrité des chats dans leurs communautés.



Saint Jean-Baptiste et Sainte Gertrude de Nivelles
Maître de Ste Gudule - 1480
Collection privée



Compte tenu du caractère de Gertrude de Nivelles, le rôle de sainte patronne des chats lui convient bien. La jeune femme qui a défié un roi en refusant le mariage, celle qui a laissé l'administration de son monastère entre les mains d'une autre afin de pouvoir aller vivre en ermite et prier, celle qui s'est mise à porter une chemise de crins dans les derniers jours de sa vie, pourrait être comparée à un chat. Le chat étant connu comme résolument indépendant, souvent solitaire, et sujet à des habitudes mystérieuses jamais comprises par la plupart des humains qui s'intéressent à lui.


Sainte Catherine et Sainte Gertrude avec une crosse d'abbesse,
un livre et des souris sur ses vêtements
.
Peinture au-dessus d'un autel, église Saint-Pantaléon à Cologne.




Indésirables et propagateurs d'épidémies la souris, mais surtout le rat, ont souvent engendré le dégoût, la répugnance et la crainte, s'inscrivant dans l'imaginaire collectif ces rongeurs ont ainsi alimenté le folklore et les légendes.

Dans l'iconographie médiévale, une femme a été associée aux rats et aux souris : Gertrude de Nivelles, moniale et sainte franque du VIIe siècle. Une légende concernant l'intercession de Gertrude pour éloigner les rongeurs porteurs de maladies aurait fait d'elle une sainte importante à laquelle faire appel  quand une grande partie de l'Europe a été décimée par la peste bubonique.
 
Depuis cette époque, les croyants prient Gertrude de Nivelles pour éloigner les rats, la fièvre, ou la folie.

Trois ans après avoir quitté son poste d'abbesse, Gertrude est décédée le 17 mars 659 à l'âge de 33 ans.





De nos jours, le 17 mars marque la fête de la Sainte Gertrude en Belgique. Chaque automne, Nivelles organise La Tour Sainte-Gertrude, une procession traditionnelle autour de la ville qui attire jusqu'à 2000 pèlerins et se termine par une messe avec la chasse de Ste Gertrude exposée.







Prière à sainte Gertrude pour temps de pandémie

Sainte Gertrude, toi qui as choisi Nivelles pour te consacrer au Seigneur, nous nous tournons vers toi pour demander ton aide en cette période difficile.

Regarde les habitants de notre ville, ses familles, ses personnes âgées ou isolées, ses jeunes et ses enfants,confinés dans l’attente de jours meilleurs.

Toi qui étais toute compatissante envers tous ceux qui venaient à toi pour chercher aide, guérison et consolation, soutiens et réconforte tous les malades, ainsi que tous ceux qui leur viennent en aide, en particulier le personnel soignant.

Accompagne aussi ceux qui passent par la mort et soutiens toutes les familles endeuillées.

Sainte Gertrude, toi que nos prédécesseurs ont prié contre la peste et d’autres épidémies, intercède pour nous : fais que nous restions attentifs à nos proches et solidaires les uns envers les autres ; éclaire-nous pour que nous sortions transformés de cette épreuve.


Sainte Gertrude, prie pour nous !





⊰✿⊱✿⊰✿⊱



Le 17 mars étant également le jour de la traditionnelle fête irlandaise de la St Patrick

Bonne fête aux Gertrude et aux Patrick
mais surtout
Bonne fête aux ami·e·s des chats
et des souris s'il y en a parmi vous
!








©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2021

samedi 14 janvier 2017

Le Rodin du chocolat





Le 28 décembre dernier, à propos des chocolats, je racontais à Josette que m'étant arrêtée devant la boutique Patrick Roger de Saint-Germain-en-Laye, pour admirer sa nouvelle sculpture en chocolat exposée dans sa vitrine, je n'ai même pas essayé de la photographier. Trop difficile, car trop de reflets parasites. Cette fois-là, c'était en plein jour.

Or, dernièrement je suis repassée au même endroit et je me suis de nouveau arrêtée devant cette vitrine, vers dix-huit heures trente, alors qu'il faisait nuit, cette fois-ci. Et là, miracle ! pas de reflets parasites... ou si peu.



10 janvier 2017 à 18h30, boutique Patrick Roger de Saint-Germain-en-Laye



Artiste sculpteur chocolatier, Patrick Roger, fait partie des douze meilleurs chocolatiers de la capitale. Ne me demandez pas si ses chocolats sont meilleurs que ceux de ses concurrents. Ils sont sûrement excellents, mais je n'ai pas les moyens de faire un test comparatif !

Par contre, à propos de ce talentueux et sympathique artisan, je dois dire que sa manière de parler de son métier (dans la vidéo ci-dessous) m'a beaucoup plu. Et, lorsqu'il raconte les circonstances dans lesquelles il a eu le malheur de perdre le fruit de milliers d'heures de travail, j'ai sincèrement compati à son épreuve.








La météo nationale nous annonce que la semaine prochaine va être glaciale sur une bonne partie de la France. Pour lutter contre le froid, rien de tel qu'un bon chocolat, chaud ou en morceaux...




10 janvier 2017 à 16h30, place du Marché Neuf à Saint-Germain-en-Laye


..et une part de galette des Rois pour accompagner le chocolat 😋




Edit du lundi 16 janvier à 21 h 00

Mon ami avignonnais m'ayant indiqué dans son commentaire un article qui complète bien mon billet sur le travail artistique du chocolat par un sculpteur chocolatier, voici le lien vers L’expo parisienne de Patrick Roger en décembre 2015.

Dans cet article il y a un lien vers un autre article du printemps de la même année, qui relate les conditions dans lesquelles s'est produit le sinistre du 29 septembre 2014, lorsque le feu a anéanti toutes ses sculptures des vingt années précédentes avec la totalité de son atelier. Un incendie dont Patrick Roger s'est remis, tel le Phénix renaissant de ses cendres.




©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2017

dimanche 17 mai 2015

Drôle d'oiseau !


Le 20 mars dernier, pour fêter l'arrivée du printemps, j'ai publié des photos de ma promenade sur le chemin de halage. Si vous avez une bonne mémoire visuelle, vous vous souvenez peut-être de  celle-là :


Étrange bestiole !



Les commentaires sont allés bon train pour tenter d'identifier cette drôle de bestiole. J'admets bien volontiers avoir fait fausse route au départ en évoquant les capteurs de rêves et le Kokopelli amérindiens. Quoique finalement, le Kagou, oiseau emblématique de la Nouvelle-Calédonie, que j'ai cité en dernier ressort dans les échos, se trouve dans la même direction géographique que celle dont il va être question aujourd'hui. Mais n'anticipons pas.

Ce 8 mai, comme il y avait un peu de soleil et que la température était presque agréable, j'ai repris le chemin de la Seine avec l'intention de faire une photo plus rapprochée de l'étrange décoration ornant le portillon de la péniche Liberté.



En Mai, le temps fait ce qu'il lui plait !
Le Printemps de Mars n'a pas duré longtemps
et les jours de pluie du mois d'Avril ont fait monter le niveau de la Seine



Le temps d'arriver sur les lieux, le soleil s'étant mis à jouer à cache-cache avec les nuages et l'exubérance de la végétation, qui plonge à présent la rive dans une semi-pénombre, ont contribué au peu d'attrait de mes photos. Enfin, ce jour-là la chance était avec moi.

Alors que je m'approche du portillon en haut duquel est accrochée cette bizarre décoration, j'aperçois un jeune homme à la mine sympathique qui s’apprête à quitter la péniche. Sans doute est-ce le maître des lieux. Lui aussi me voit, plantée là avec mon appareil photo en main. Que faire d'autre sinon le saluer poliment, lui dire que la chose qui surmonte son portail excite ma curiosité et lui demander l'autorisation de la photographier ?

Le monsieur ayant gentiment donné son accord, vu le contre-jour et le peu de lumière à cet endroit très ombragé, j'ai utilisé le flash. Le résultat est étonnant :


on ne dirait pas vraiment la même bestiole !


En sollicitant la permission de photographier ce curieux animal, j'en ai profité pour demander son pedigree. Le propriétaire m'a dit que cette sculpture est l’œuvre d'un artiste qui travaille essentiellement avec des matériaux récupérés dans les décharges et qu'elle représente un oiseau imaginaire...


Je ne sais pas vous, mais moi l'allure générale de cet "oiseau imaginaire" me fait penser à un kiwi, un peu comme celui du pendentif ci-dessous.







Voilà une occasion d'en savoir un peu plus sur ce volatile exotique aux ailes quasi inexistantes et totalement dépourvu de queue, dont la silhouette est pourtant familière à tous ceux qui se soucient de la santé de leur cuir.



North Island Brown Kiwi ou Kiwi de Mantell
lithographie de John Gerrard Keulemans



Le nom du kiwi lui a été donné par les autochtones Maoris, qui l'ont baptisé "kivi-kivi" d'après l'imitation du cri du mâle, une sorte de sifflement perçant interprété phonétiquement "Ki-Wi".

Le kiwi est un des symboles de la nation néo-zélandaise. À ce titre, son effigie figure sur des timbres postaux, ainsi que sur des billets et certaines pièces de monnaie.


crédit photo 



Incapable de voler, le Kiwi est classé dans l'ordre des Aptérygiformes, un ordre constitué de la seule et unique famille des Aptérygidés  regroupant les cinq espèce de kiwis qui n'existent pas en dehors des forêts de la Nouvelle-Zélande, du moins à l'état sauvage.



Par prudence ?.. à l'état sauvage, le kiwi ne se nourrit que durant la nuit
en fouissant le sol à l'aide de son long bec



Parmi les nombreuses particularités du Kiwi, celles de ses sens olfactif, auditif, tactile et visuel sont les plus étonnantes. Contrairement à la plupart des oiseaux, la vue du Kiwi est limitée à soixante centimètre en journée et moins de deux mètres la nuit.

Autre particularité notable, le Kiwi utilise son odorat et son audition pour capturer ses proies. C'est grâce à ses narines, curieusement disposées à l'extrémité de son long bec, et à ses orifices auditifs, bien plus grands que ceux des autres oiseaux, qu'il repère ses proies : insectes, vers et larves qui résident sous la litière forestière ou dans l'humus.



"Nosing Around"
Kiwi en bronze, œuvre de Karryl



Le costume de cet oiseau peu ordinaire ressemble plus à un pelage un peu ébouriffé qu'au plumage de la plupart des volatiles.

Encore plus étonnant, le Kiwi possède des vibrisses à la naissance du bec, de grands poils ressemblant à la "moustache" des chats, qui lui évitent entre autres de se crever un œil avec une branchette quand il enfonce son bec dans le sol pour y chercher sa nourriture.



Admirez mes belles moustaches !



Lorsqu'il se déplace avec le bec au ras du sol pour se nourrir, le Kiwi émet des bruits bizarres qu'un observateur assez proche de lui peut percevoir. Des grognements et des sifflements donnant l'impression que l'oiseau ronchonne en ne trouvant pas d'aliments à sa convenance.

En réalité, ses reniflements sont produits par l'ouverture et la fermeture d'une valve située derrière ses narines, afin de lui éviter d'inhaler les poussières et débris qu'il soulève en fouillant le sol ou la litière feuillue.



Pour moi, le son de cette vidéo ne me permet pas d'entendre clairement les bruits de reniflements du Kiwi...


Par contre il me semble percevoir des reniflements vers 0:25 et de 0:46 à 0:53 dans cette autre vidéo :








Quelques liens pour en savoir davantage sur les Kiwis :

La fiche du Kiwi austral

Les mythes concernant les Kiwis (en anglais)

Le sanctuaire animalier de Karori

L'oiseau-éléphant de Madagascar, ancêtre des Kiwis...

Manukura, le Kiwi blanc



❃✿❃✿❃✿❃✿❃



Et pour terminer, quelques autres sculptures de Kiwis



Kiwi en bois de Kauri (Agathis australis) et os de bovidé
œuvre de Kerry Kapua Thompson





Kiwi
Sculpture métallique de Teangi Chambers
(pour voir sa galerie cliquer sur une image et faire défiler)






Trois Kiwis
bronze à patine
Peter Woytuk





Kiwi en acier Corten
par Nicky Adams




Sculpture de Peter Woytuck dans la 72e rue à New-York
voir la fiche de cette sculpture
(autres œuvres de cet artiste à NY)




Kiwi origami



❃✿❃✿❃✿❃✿❃



Le Kaki et le Kiwi


Le kaki dit au kiwi,
D’un petit ton réjoui,
D’un petit ton délicat:
«Nous portons des noms en “k”.
Soyez l’ami du kaki.»
Et d’un petit air exquis,
D’un petit air ébloui,
Conquis, le kiwi dit oui.


Lucienne Desnoues, Le Compotier



❃✿❃✿❃✿❃✿❃



Bon dimanche ensoleillé
à toutes et à tous !



EDIT DU VENDREDI 12 JUIN 2015

Grâce à Claude, qui m'a informée, j'ai pu découvrir le site de l'auteur du drôle d'oiseau représenté au début de ce billet, dont je republie ci-dessous mes deux photos placées côte-à-côte.



















Le sculpteur en est très certainement Laurent Marie, qui explique ici sa démarche artistique, l'œuvre qu'il présente ci-dessous étant presque identique à celle que j'ai photographiée sur une péniche lors de ma promenade du 12 mars dernier.

Lire l'article de Ouest-France







©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2015

jeudi 23 mai 2013

Les fantômes du château de Pierrefonds




Telles les cigales demeurant dans les profondeurs du sous-sol durant des années avant de voir le jour, les gisants de Pierrefonds sont restés plus d'un demi-siècle dans l'obscurité des caves du château avant que la magie de Skertzò ne vienne les réveiller en ouvrant « Le bal des Gisants ».


Maquette du château de Pierrefonds

Depuis 2006, les visiteurs qui se risquent dans la descente du lugubre escalier s'enfonçant dans les profondeurs du château, découvrent au bas des marches une galerie souterraine plongée dans la pénombre. Le temps que les yeux s'y habituent, on avance dans une quasi obscurité. Puis, peu à peu un décor fantomatique apparaît.


Photo sans flash
(ce que vous voyez)

Dans la lumière spectrale, qui émane de taches colorées semblant provenir des vitraux d'une cathédrale, on distingue alors une vaste salle ou reposent plusieurs dizaines de gisants.


La même avec flash
(ce que voit l'APN)

Une ambiance sonore d'outre-tombe, soupirs et chuchotements accompagnés de froissements d'étoffes, ajoute à l'impression de se trouver parmi les fantômes des siècles passés.


Le "fantôme" de Pierrefonds !

Ce sont là les gisants et orants de plâtre commandés par Louis-Philippe pour son musée "À toutes les gloires de la France" du château de Versailles. La plupart sont des moulages des gisants de marbre de la basilique Saint-Denis. Au fond de la crypte, une foule d'orants s'offre à la contemplation étonnée du visiteur.


Les orants de Pierrefonds

Le gisant dont la photo a été publiée sous forme d'énigme dans le billet précédent est vraisemblablement celui de François II de Bretagne. Je n'en ai pas la certitude, car dans la pénombre ambiante je n'avais pas remarqué les cartouches apposés sur les socles des statues. Je vérifierai ce point quand je retournerai à Pierrefonds. Après notre visite en juillet dernier avec l'aînée de nos petits-enfants, son frère cadet sera sans doute à son tour enchanté de découvrir ce château.

 
François II de Bretagne
(à confirmer)

Pour l'identification du gisant en question, je me suis fiée aux indications contenues dans cet article qui mentionne François II avec un lion à ses pieds, ainsi que sa seconde épouse Marguerite de Foix, accompagnée de lévriers, des attributs animaliers correspondant à ceux qui sont associés aux authentiques gisants du tombeaux des parents d'Anne de Bretagne dans la cathédrale de Nantes.


François II (?) et une partie du lion à ses pieds

On remarque souvent un chien, symbolisant la fidélité de l'épouse et sensé guider les morts dans l'au-delà, aux pieds des gisants féminins. Tandis que les gisants masculins sont dotés d'un lion, symbole de force et de renaissance.



Le Bal des Gisants
scénographie signée Skertzò


Avant de quitter le grenier, prenez le temps de visionner également la vidéo ci-dessous. Vous apprendrez sûrement quelque détail d'histoire sur le château de Pierrefonds, ou sur son architecte, ou bien sur les documents incroyablement précis concernant les pierres du château. Et vous verrez à la fin quelques autres images du Bal des Gisants.



Pierrefonds ou la symphonie de Viollet-le-Duc
(une vidéo de la chaîne de télévision du Sénat français)



Sources, articles de presse :
Ci-gît l'Histoire
Le bal des Gisants au château de Pierrefonds




 ©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2013
Texte et photos

lundi 27 août 2012

Le voile de Salammbô

Salammbô
lithographie d'Alfons Mucha (détail)


Le 24 novembre prochain sera le cent-cinquantième anniversaire de la publication de Salammbô, troisième roman de Gustave Flaubert (après Mémoires d'un fou et Madame Bovary). Dès le lundi 24 novembre 1862, jour de sa mise en vente, le succès de Salammbô fut immédiat et deux mille exemplaires furent écoulés en deux jours. Après une lecture publique aux palais des Tuileries et des extraits du roman publiés dans la presse, l'histoire de la fille d'Hamilcar, adoratrice de la déesse Tanit, fit le tour des salons de l'époque et suscita un véritable engouement.

L'année suivant la parution du roman, Salammbô fut très en vogue dans les bals costumés de la haute société du Second Empire. L'impératrice Eugénie a même failli paraître à l'un d'eux travestie en princesse carthaginoise. Flaubert mentionne dans sa lettre du 24 janvier 1863 adressée à Félicien de Saulcy, la demande qui lui a été faite "en haut lieu" des modèles de costumes de Salammbô. Flaubert contacta Alexandre Bida à ce sujet, mais finalement, l'impératrice renonça à son projet par crainte d'être inconvenante dans un tel costume.

Quelques années plus tard, Salammbô devint une source d'inspiration artistique, tant pour les peintres, illustrateurs et sculpteurs que pour les musiciens. Or, bien que l'orientalisme soit à la mode depuis la campagne d'Égypte et la publication en 1809 de la "Description de l'Égypte" (monumental ouvrage commandé par Bonaparte) la civilisation carthaginoise était alors quasiment inconnue, et le demeure d'ailleurs encore un peu de nos jours.

Salammbô (?)
Adrien Tanoux - 1921
(collection privée)
Le manque de références sur les carthaginois a valu quelques avatars à Salammbô, parfois représentée dans un décor égyptien (voire confondue avec Cléopâtre) ou représentée en simple odalisque, comme dans le tableau ci-dessus. Tableau dans lequel on cherchera en vain un signe distinctif permettant de l'identifier clairement, tel la chainette d'or qu'elle portait aux chevilles par exemple.

Salammbô, carte publicitaire, 1897

Les extrapolations contemporaines dans la BD et les jeux vidéos concernant la Salammbô décrite par Flaubert ne seront pas évoquées ici. Je préfère m'en tenir aux représentations des illustrations du roman, et surtout aux quelques œuvres des peintres de chevalet, quel que soit leur degré de conformité avec le texte de Flaubert.

La première description de l'apparence de Salammbô se trouve dans le premier chapitre du roman "Le Festin", dont voici l'extrait correspondant



Ce sont deux illustrateurs qui ont le plus fidèlement  reproduit la description de Salammbô par rapport au texte ci-dessus. L'une se trouve dans une édition de 1930, l'autre dans une édition contemporaine du roman traduit en russe.

Salammbô (chapitre I)
illustration de François-Louis Schmied
édition Le Livre, Paris 1923
Salammbô (chapitre I)
Denis Gordeeva
édition russe contemporaine


















« Elle marchait en inclinant la tête,
et tenait à sa main droite une petite lyre d’ébène.
»



Au troisième chapitre du roman,  vêtue de sa "longue simarre blanche", Salammbô se trouve sur sa terrasse. Auprès d'elle Taanach, sa vielle nourrice et servnate, joue sur son nebal la musique mélancolique que sa maîtresse lui a demandée.

















C'est à l'épisode reproduit ci-dessus que se rapporte la lithographie d'Alfons Mucha intitulée Incantation

Incantation
Alfons Mucha - 1898
(consulter la notice)
Mucha a choisi de représenter Salammbô les seins nus, une liberté par rapport au texte qui se justifie pleinement par l'effet artistique obtenu, l'image combinant à la fois la scène d'adoration de Tanit (déesse lunaire) et, par les volutes de l'écharpe passant derrière la tête de Salammbô, la scène du serpent que l'on verra au chapitre dix.

Ci-dessous, la même scène sur la terrasse — « O Tanit ! tu m’aimes, n’est-ce pas ? Je t’ai tant regardée ! Mais non ! tu cours dans ton azur, et moi je reste sur la terre immobile. »  —  illustrée par Victor Armand Poirson pour l'édition de 1887. Voir ici ses autres illustrations.

O Tanit ! tu m’aimes, n’est-ce pas ?
illustration de Salammbô par Victor Armand Poirson
Maison Quantin, Paris 1887

Les deux toiles ci-dessous, Sérénade au clair de lune et Nuits arabes, sont de Hans Zatzka. Elles semblent visiblement avoir été inspirées par le même épisode de Salammbô sur la terrasse...

Sérénade au clair de lune
Hans Zatzka (1859-1945)
collection privée

Nuits arabes
Hans Zatzka
collection privée

Ci-dessous, toujours la scène de Salammbô priant Tanit (la lune) mais cette fois illustrée par Georges Rochegrosse, dont Flaubert avait pressenti le talent alors qu'il était encore un enfant. « Dès que tu auras du talent, je te ferai commander les illustrations de Salammbô ». Lire en ligne le livre consacré à Rochegrosse par Jean Valmy-Baysse (1874-1962).

Ô Tanit ! Salammbô dans sa longue simarre blanche
illustration de Salammbô par Georges Rochegrosse
édition Ferroud, Paris 1900

Georges Rochegrosse me permet de faire la transition entre ce long épisode du chapitre trois que nous venons de voir et Le Serpent (dixième chapitre du roman) où l'on va retrouver Salammbô, non plus sur sa terrasse mais dans ses appartements.

Au chapitre cinq, croyant la séduire, Mâtho a dérobé le Zaïmph au temple de Tanit pour l'offrir à Salammbô. La vue du Zaïmph, voile sacré de la déesse protectrice de la cité que personne ne peut contempler sans être en danger de mort, a profondément perturbé la jeune femme. Horrifiée par le sacrilège de Mâtho, Salammbô a refusé le somptueux cadeau. Cependant la contemplation suivie de la perte du  Zaïmph pour la cité de Carthage ne cessent d'obséder Salammbô.
















Les colombes de Salammbô (symbole évident de sa virginité) ont merveilleusement inspiré Georges Rochegrosse


Salammbô et les colombes
Georges Rochegrosse - 1895
Musée d'Art et d'Histoire Marcel Dessal, Dreux (notice)

Bouleversée par le souvenir du Zaïmph, Salammbô, a confié son tourment à Schahabarim, son mentor et prêtre de Tanit. Ce dernier l'a persuadée de se rendre dans le camp de Matho afin d'y reprendre le Zaïmph, ce qui devrait, selon lui, libérer Carthage assiégée par les mercenaires. Avant de prendre sa décision, Salammbô se tourne vers son serpent familier pour connaître l'avenir « car on tirait des augures d’après l’attitude des serpents ». 




















Le serpent familier de Salammbô, tel que décrit par Flaubert dans le texte ci-dessus avec « ses noirs anneaux tigrés de plaques d’or »,  est probablement un python royal.

Bien qu'en réalité un python d'une telle taille soit incapable de se lever "tout droit" sur sa queue, on ne peut pas reprocher à Gaston Bussière d'avoir respecté le texte de Flaubert.

Salammbô
Gaston Bussière - 1920
Musée des Ursulines, Mâcon

Cette métaphore de la scène qui se déroulera plus tard sous la tente de Mâtho correspond bien au caractère divinatoire attribué au serpent. À ce propos, il est intéressant de lire le texte explicatif de la scène dans la notice du tableau.

Les images de Salammbô enlacée par le serpent sont très nombreuses dans les éditions illustrées du roman, mais peu de peintres ont représenté cette scène. Alors quelle bonne surprise en découvrant celui de Carl Strathmann

Salammbô
Carl Strathmann - 1895
Klassik Stiftung Weimar, Allemagne

En dehors de ses dates (Düsseldorf 1866-1939 Munich) on ne trouve guère d'information sur ce peintre symboliste allemand. C'est bien dommage car j'aime beaucoup sa Salammbô.

Carl Strathmann - Salammbô - détail

Ainsi couchée avec le serpent qui paraît l'embrasser, Salammbô semble la Belle au Bois Dormant sur le point d'être éveillée par le Prince Charmant !

Enfin nous voici parvenus au chapitre onze du roman, celui ou Salammbô, parée comme une reine, va trouver Mâtho dans son campement pour lui demander de restituer le Zaïmph, le voile sacré de la déesse Tanit.  Elle arrive sous la terrasse qui ferme le camp des Barbares















À ma connaissance, il n'existe pas de peinture représentant le moment de l'histoire où, juste avant de se dévoiler pour être aussitôt recouverte par le voile de Tanit, Salammbô  se trouve enlacée par Mâtho à genoux.

Cependant, Théodore Rivière a merveilleusement reproduit cette scène et, qui plus est, en plusieurs exemplaires, comme le précise la notice des musées de France.


Salammbô chez Mâtho
bronze patiné et pierres précieuses
notice de Sotheby's
Salammbô chez Mâtho
bronze patiné argent
notice de Sotheby's






Salammbô chez Mâtho
bronze patiné brun et or
notice de Sotheby's
Salammbô chez Mâtho
bronze, ivoire, or et turquoises
notice du musée d'Orsay




























(cliquer sur les photos pour les agrandir)



Pour terminer ce billet voici un tableau, intitulé Salammbô,  bien que Salammbô portant un sabre ne corresponde à rien dans le roman de Flaubert. À moins qu'il ne s'agisse du court instant durant lequel elle s'empare du poignard posé près de Mâtho endormi, mais qui tombe très vite de ses mains...




Salammbô
Benjamin-Constant
notice de Sotheby's



Le mystère de la belle du XIXe (dont un portrait orne un musée parisien) n'est guère dévoilé avec ce nouveau billet préliminaire à son histoire. Que les impatient(e)s de faire sa connaissance veuillent bien me pardonner. Son histoire est si morcelée que sa reconstitution est un véritable travail de limier. J'ai appris tout récemment qu'elle a écrit un roman. Je vais donc me rendre à la Bibliothèque Historique de Paris pour le consulter. J'espère pouvoir y avoir accès, mais cela risque de prendre un certain temps. Merci de bien vouloir excuser ce retard.



Source pour les illustrations de Salammbô :
Listes des éditions illustrées et des BD adaptées du roman
autre liste des éditions illustrées par ordre chronologique
toutes les illustrations, reproduites chapitre par chapitre




 ©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2012