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dimanche 15 avril 2018

Vanité aux souris, solution







"Vivement la solution !" Plusieurs d'entre vous me l'ont dit, en écho au précédent billet, à propos de la devinette concernant le tableau de Paul Ranson Vanité aux souris.


Il s'agissait de déterminer la nature de l'objet représenté par le peintre au premier plan de son tableau :






Alors je ne vous fais pas languir davantage, voici donc ce que j'ai trouvé

un saleron



Saleron en porcelaine chinoise à décor bleu et blanc
Période Kangxi
Crédit



Le modèle de saleron en porcelaine à décor bleu et blanc, en forme de cabestan (ou de bobine) n'est pas essentiellement chinois. Il en existe aussi en porcelaine de Delft (également créés au XVIIe siècle) tel celui conservé au Rijksmuseum :



Saleron en faïence
Samuel van Eenhoorn, Manufacture De Grieksche A, Delft
Rijksmuseum


Si vous souhaitez voir d'autres sortes de salerons, je vous invite à aller voir cette page de mes collections d'images sur Pinterest. Pour l'instant elle n'est guère étoffée, car je viens juste de la commencer.



Pour en revenir au saleron de Paul Ranson, bien que son décor rappelle celui des salerons chinois, sa matière, tel que le peintre l'a représenté, ressemble plutôt à du grès, travaillé à la manière des manufactures alsaciennes  (comme celle de Betschdor) spécialisées dans les poteries en grès au sel dont le gris et bleu caractéristique a fait la renommée.

Développée à l'origine en Allemagne, la technique du  grès au sel consiste à jeter du gros sel dans le feu en fin de cuisson. En réagissant avec l’argile, le sel forme un solide vernis totalement étanche.

Le bleu caractéristique du décor vient de l'oxyde de cobalt  appliqué sur le grès. Le bleu de cobalt est la seule couleur résistant à la haute température de cuisson demandée par le grès au sel.


Avec le saleron en grès au sel de Paul Ranson, la boucle est bouclée et il ne reste plus qu'à expliquer sa présence dans le tableau.

Comme il a été dit dans mon billet de 2012, la Vanité aux souris de Ranson fait partie des Vanités du Savoir apparues au XIXe siècle. 


Vanité aux souris
Paul Ranson - 1885
Musée des Beaux-Arts de Limoges


Dans ce tableau, en grignotant les feuilles du livre, les souris symbolisent la disparition du savoir.


De par sa nature, à la fois conservateur d'aliments et destructeur de cultures quand il se trouve en excès dans le sol (ou dans l'eau, comme celle de la Mer Morte) le sel est un symbole ambivalent. Il peut aussi bien représenter la sagesse que la mort de l'esprit. Trop de savoir tue le savoir !

Et je soupçonne Paul Ranson d'avoir placé son saleron au premier plan de son tableau pour lui donner un peu de sel et faire cogiter le spectateur...




Pour terminer, il me reste à féliciter Michel Benoit pour avoir été le premier à citer un saleron parmi ses nombreuses réponses à la devinette du billet précédent.

Et à remercier Smaragdine pour sa bonne réponse, étayée par un lien vers le symbolisme des Vanités.

Sans oublier Nathanaëlle qui dans son commentaire de 2012 avait déjà suggéré :
"Une salière...(il y en avait avec cette forme de piédouche, mais la signification du sel dans une vanité ? Je ne sais pas..." (et qui cette année continue à en douter ;-))


Merci à toutes celles et ceux qui ont participé
et bon dimanche à tout le monde





©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2018

mardi 10 avril 2018

Vanité aux souris, nouvelle devinette


Vanité aux souris
Les souris (détail)




Les plus ancien(ne)s ami(e)s du grenier s'en souviendront peut-être, en 2012, dans mon billet Vanité du savoir, la "Vanité aux souris" de Paul Ranson a déjà fait l'objet d'une devinette concernant deux des objets représentés au premier plan du tableau.

Vous me direz que depuis bientôt six ans, l'eau a coulé sous les ponts de Paris, ou d'ailleurs. Aussi, je vais résumer l'affaire pour les gens qui manquent de temps, ou ceux qui ont la flemme d'ouvrir mes liens.



Sorcière(s) par Paul Ranson, entre 1891 et 1899



Dans un premier temps, à la veille d'Halloween 2012, j'avais fait un billet sur les Sorcières de Paul Ranson, qui comporte une dizaine de peintures de Ranson, s'étalant entre 1891 et 1899, donc largement postérieures à sa  Vanité aux souris.



Vanité aux souris
Paul Ranson - 1885
Musée des Beaux-Arts, Limoges (notice du musée)



Procédant par ordre chronologique, j'avais commencé mon billet en présentant cette Vanité aux souris, un des tout premiers tableaux de Ranson, exécuté en 1885 alors qu'il venait de quitter l'École nationale des Arts Décoratifs pour aller s'inscrire à l'Académie Julian l'année suivante, et alors même que le groupe des Nabis, dont il fut l'un des fondateurs, n'existait pas encore.

Les Vanités, qu'elle soient du savoir, des plaisirs ou du pouvoir, montrent toutes un certain nombre d'éléments symboliques en relation avec leur catégorie. Déchiffrer ce genre de symboles est un défi qui excite toujours ma curiosité.




Vanité aux souris
objets du premier plan



Pour la Vanité aux souris, la nature des deux objets présents au premier plan m'avaient fortement intriguée, au point que j'avais fait des recherches pour chercher à les identifier. Ayant réussi à identifier avec certitude celui de droite en tant que microscope (voir ici la solution) j'avais eu l'idée de poser une devinette dans le corps du billet, pour voir si par hasard quelqu'un aurait pu reconnaître celui de gauche. Mais ce ne fut pas le cas.



Vanité aux souris
Qu'est-ce donc ?..




Cet objet n'est ni un bougeoir, comme sa forme aurait pu le faire supposer au vu de celui du Musée de Huêni un encrier. Et jusqu'à maintenant, sa nature et son utilité étaient restées inexpliquées...

Or, tout dernièrement (lors d'une recherche d'images sur un tout autre sujet) je suis tombée par hasard sur la photographie d'un objet similaire à celui peint par Paul Ranson. Ce type d'objet existe encore de nos jours, on peut en voir dans les collections de céramique des musées, ou bien dans les ventes aux enchères, plus rarement chez un antiquaire.




Ravie d'avoir enfin la solution d'une énigme demeurée si longtemps sans réponse, et après m'être assurée que le symbolisme rattaché à cet objet possède un rapport pertinent avec une vanité du savoir, j'ai eu envie de vous faire partager ma découverte.

Avant de vous en dire davantage, je vais vous faire patienter durant quelques jours afin de permettre à qui aurait une idée de la noter en commentaire, ou bien à celles et ceux qui n'en ont pas, de me laisser un simple écho pour me faire part de leur intérêt (ou non) pour ce sujet.




À dimanche prochain
pour la solution de cette devinette





©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2018

mercredi 7 novembre 2012

Vanité du savoir


Vanité aux souris (détail)


Les vanités sont des tableaux symbolisant le peu de valeur des biens de ce monde — matériels ou immatériels — face à la brièveté de la vie humaine. Au final, tout est vain, un linceul n'a pas de poches.

Les vanités sont classées parmi les "natures mortes". Cependant, les néerlandais, les allemands et les anglais préfèrent "vies silencieuses" (stilleven, stillleben et still lifes) pour désigner les peintures qu'il est convenu d'appeler natures mortes.


Nature morte au crâne
Paul Cézanne - 1896-98
Fondation Barnes, Philadelphie, États-Unis (notice)

Quand Cézanne pose un crâne derrière des fruits alignés sur une table, cela ne suffit pas pour classer le tableau parmi les vanités.


Vanitas (Vita brevis, ars longa)
Edwaert Collier - 1672
(localisation inconnue)

Inversement, une vanité peut ne pas présenter de crâne. Un sablier ou une chandelle éteinte suffisent. La Vanitas d'Edwaert Collier ci-dessus présente les deux. En outre, Vanitas est écrit sur une étiquette et une autre porte la mention Vita brevis Ars longa.


Natures mortes ou vies silencieuses, les vanités sont en rapport avec le silence et la méditation sur le destin auquel nul n'échappe, autrement dit, la mort.


Nature morte au crâne et chandelier
Paul Cézanne - 1866
Merzbacher Kunststiftung, Küsnacht, Suisse


Pour évoquer la fuite des ans et notre fin dernière, les sabliers, les montres, les lampes à huile, les bougies, les fleurs, les bulles de savons et les objets en équilibre instable symbolisent le temps qui passe en flétrissant toute chose et soulignent la fragilité de la vie. Le verre à demi vide, ou renversé, évoque les années écoulées et l'approche de la mort.

Vanitas
Willem Claesz Heda - 1628
Museum Bredius, La Haye


D'origine hollandaise, les vanités apparaissent au XVIIe siècle et leurs motivations religieuses sont évidentes. Issues de la pensée réformatrice, elles dénoncent la vanité des biens du monde terrestre. À l'instar des richesses matérielles, les sciences et les arts n'échappent pas à cette réprobation.

Allégorie des vanités du monde
Pieter Boel - 1663
Palais des Beaux-Arts, Lille, (lire la notice)

La majeure partie des vanités datent du XVIIe siècle. Néanmoins, quelques unes ont réapparu dans la seconde moitié du dix-neuvième. Ce sont pour la plupart des vanités du savoir, qui se reconnaissent à la présence de livres dans le tableau (accompagnés, ou non, du globe terrestre).


Vanité
Jean-Ernest Aubert - 1851
Musée des Beaux-Arts, Dijon (lire la notice)

Après ce préambule,

voyons à présent le but de ce billet


Dans le billet précédent, les deux objets posés au premier plan de la Vanité aux souris de Paul Ranson ont suscité pas mal d'interrogations et vous êtes sans doute quelque un(e)s à attendre la solution de l'énigme.


La voici !

Probablement un bougeoir...
pas un encrier, comme préalablement supposé

Microscope du XVIIIe siècle


Félicitations à Marie-Josée qui a suggéré un instrument d'optique


Avant de voir en détail la justification de cette solution, il est important de préciser de quelle manière je l'ai trouvée (notamment en tenant compte des codes de lecture d'Ingvar Bergström concernant les vanités).


Vanité aux souris
Paul Ranson - 1885
Musée des Beaux-Arts, Limoges (notice du musée)


Tout d'abord, j'ai remarqué le fond du tableau. Dans son commentaire sur le billet précédent, Hazló s'en étonne et le décrit ainsi :  « Sombre à gauche et chamarré dans la partie droite de la toile. ».

À gauche du rideau chamarré, la partie sombre du fond est un tableau noir, sur lequel on remarque les traces d'un exposé scientifique, ou pour le moins mathématique.

Avec la présence des livres et du globe, la piste scientifique parait probable. D'autant plus que, derrière les livres, on voit un bocal de formol dans lequel on devine un quelconque spécimen biologique.

Ensuite l'association d'idée avec le microscope est venue toute seule. En faisant une recherche d'images portant sur les microscopes anciens, j'ai trouvé cette notice de la base Joconde dans laquelle on peut voir un microscope originaire de Nuremberg, similaire à celui que Paul Ranson a représenté dans sa Vanité aux souris.


Microscope - Nuremberg, 18e siècle
Musée Flaubert et d'histoire de la médecine, Rouen
(lire la description dans la notice)


Une nouvelle recherche d'images, associant les mots "microscope" et "Nuremberg", m'a permis d'obtenir la photo d'un microscope quasiment identique à celui de Ranson, qui présente en plus son porte-objet.


Microscope de Nuremberg
bois et carton, signé ICR fin XVIII
(crédit photo)


Autre exemplaire de microscope type Nuremberg :


Microscope type Nuremberg, 18e siècle
(Crédit photo)



En conclusion, si le classement de la Vanité aux souris de Paul Ranson parmi les vanités du savoir ne fait aucun doute, par contre il est permis de s'interroger sur ce qui a pu motiver le peintre à réaliser cette mise en scène paraissant destinée à critiquer la science de son époque, voire une certaine forme de recherche médicale... 


Une leçon clinique à la Salpétrière
André Brouillet - 1887
Université Paris V (crédit photo)


Pour ceusses qui s'intéressent aux travaux de Jean-Martin Charcot et à l'École de la Salpêtrière, voir sur cette page quelles sont les personnalités représentées sur le tableau d'André Brouillet. Et lire la partie "Critiques" concernant les travaux de Charcot sur le site de l'EPSM J.M. Charcot.


Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Portez-vous bien et merci pour votre attention et vos échos.


©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2012

mardi 30 octobre 2012

Les sorcières du nabi ésotérique


Une peinture de Paul Ranson annonçant une prochaine exposition au musée d'Orsay en 2013, vient de me fournir opportunément un thème pour mon billet d'Halloween.


La Sorcière au chat noir
Paul Ranson - 1893
Musée d'Orsay (notice)


C'est par l'antique fête de Samain (d'où est issue celle d'Halloween) que les druides marquaient le début de l'année celtique s'ouvrant en même temps que la "saison sombre". Le calendrier celtique ne comprenait que deux saisons, la saison claire qui commençait le 1er Mai et la saison sombre qui démarrait le 1er Novembre.

Parce qu'elle n'appartient ni à l'année qui se termine, ni à celle qui commence, la nuit de Samain est le moment privilégié permettant aux humains de communiquer avec le Sid, cet autre monde semblable à un paradis terrestre dont les occupants mènent une vie de joies et de délices dans un éternel âge d'or, sans aucune contrainte de temps ni d'espace.


Sorcières aux saturnales
Paul Ranson - 1891
(collection privée)

Dans la Rome antique, les Saturnales étaient l'équivalent des fêtes celtiques de Samain. Au fil du temps, Saturne fut assimilé au dieu cornu des religions païennes et de là, au sabbat des sorcières.

***********

Dès ses premiers tableaux, Paul Ranson montra un certain goût pour l'ésotérisme.

Vanité aux souris
Paul Ranson - 1885
Musée des Beaux-Arts de Limoges
Les deux objets figurant au premier plan de la vanité ci-dessus m'ont beaucoup intriguée.
J'ai trouvé ce dont il s'agit pour celui de droite.
Mais pas pour celui de gauche,
s'agirait-il d'un encrier ?...

Et vous, avez-vous reconnu celui de droite ?
(La solution pour l'objet de droite sera donnée ultérieurement, preuves à l'appui)



Avec Maurice Denis (le théoricien du groupe) et son ami Paul Sérusier, Paul Ranson fut l'un des membres fondateurs du cénacle des Nabis. Le nom de ce petit groupe de peintres provient d'un terme hébreux signifiant prophète.

Les Nabis se voulaient (et furent) les prophètes d'une nouvelle manière de peindre. Paul Ranson fit partie de ceux qui annoncèrent l'Art Nouveau.

Portrait de Paul Ranson en tenue nabique
Paul Sérusier - 1890
Musée d'Orsay (lire la notice)

Les Nabis se retrouvaient régulièrement dans l’atelier de Paul Ranson, qu'ils surnommaient le temple. Lors de ces réunions plus ou moins occultes, ils étaient accueillis par France Rousseau-Ranson, cousine et épouse de Paul, dite "La Lumière du Temple" en hommage à son intelligence.

Madame Ranson secondait aussi son époux dans ses travaux, non seulement en posant pour lui, mais également en mettant la main à la pâte l'aiguille pour la réalisation de tapisseries, telle que Femmes en blanc.

Madame Ranson au chat
Maurice Denis - 1892
Musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye (lire la notice)


Le talent de France Ranson ne se limitait pas aux travaux d'aiguilles. C'est elle qui assura durant plus de vingt ans la continuation de l'Académie Ranson, l'école d'Art fondée par Paul en 1908, juste avant qu'il ne disparaisse prématurément l'année suivante.

C'est elle aussi que l'on retrouve sur un grand nombre de peintures de son époux, la femme debout  accoudée à une balustrade ci-dessous, par exemple.

Femme debout contre une balustrade avec un caniche
Paul Ranson - 1895
Metropolitan Museum of Art, New York (notice)


L'attrait initial de Ranson pour l'ésotérisme évolua rapidement vers l'occultisme, engendrant de nombreuses représentations de sorcières tout au long de son œuvre.

Ce thème récurant pourrait en partie s'expliquer par l'absence d'image féminine bienveillante durant son enfance, du fait que Paul Ranson avait eu le malheur de perdre sa mère peu après sa naissance.


Les Sorcières autour du Feu
Paul Ranson - 1891
Musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye


La femme occupe une place centrale dans l'œuvre de Paul Ranson. Elle est souvent représentée dans des situations ou des attitudes étranges, entourée d'attributs ou de signes qui évoquent l'univers des servantes de la Déesse-Mère, les chamanes, sibylles et sorcières.


La Baigneuse bleue
Paul Ranson - 1891
Collection Alain Lesieutre

À première vue cette femme à sa toilette n'a pas l'air d'une sorcière. Cependant, en l'observant de plus près, vous remarquerez que sa posture (jambes croisées et bras également croisés, les mains tenant les pieds) n'a rien de naturelle. Ne serait-elle pas en train d'accomplir un rituel magique ?...

Il existe deux versions de la baigneuse ci-dessus. La seconde est légèrement différente, la disposition de l'éponge et du savon est inversée et une frise occupe le bas du tableau. Elle a pour titre Lustral et elle se trouve au musée d'Orsay (voir le tableau et lire le commentaire).


Sorcière dans son cercle
Paul Ranson - 1892
Aquarelle typographique (collection privée)

Chat, corbeau, serpent, coq... il ne manque que l'araignée, le crapaud, la chouette (ou le hibou) et la chauve-souris pour que toute la ménagerie attribuée aux sorcières soit présente sur cette aquarelle !


Sorcière dans son cercle
Paul Ranson - 1892
Aquarelle et gouache (collection privée)

Quelle que soit la version, la sorcière dans son cercle n'aime pas être observée !


Deux femmes à leur toilette
Paul Ranson - 1892
Tempera sur toile, Clemens-Sels-Museum

Comme La Baigneuse bleue, de prime abord ces Deux femmes à leur toilette  n'ont pas l'air d'être des sorcières. Néanmoins, le chat est un indice. Quand on y regarde bien, il semble n'être pas le seul félin dans cette image... Y en aurait-il d'autres ?

À propos du chat, j'ai bien l'impression qu'il s'agit du chat de Madame Ranson, celui qui se frotte contre ses jambes dans le tableau de Maurice Denis (voir plus haut).


La Sorcière accoudée
Paul Ranson - 1893
 Lithographie (crédit photo)

Au-dessus de La Sorcière accoudée, cette fois la chauve-souris est là.


Deux jeunes femmes devant la tête d'Orphée dans la forêt
Paul Ranson - 1894
Huile sur toile (notice de Christie's)

La nature aussi est omniprésente dans la peinture de Paul Ranson.
Jamais agressive, toujours bienveillante, elle semble figurer la mère qui lui a tant manqué.


Une Sorcière dans le Marais
Paul Ranson - 1897
Huile sur toile (collection privée)

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

Ranson a sans doute pensé au premier quatrain des Correspondances en peignant cette grande sorcière qui chemine dans une nature aux coloris enchanteurs...


*****

Sorcière à la marmite
Paul Ranson, vers 1897-1898
Huile sur carton (notice)

Le hibou et l'araignée de la Sorcière à la marmite complètent la ménagerie de la Sorcière dans son cercle (vue plus haut). Ici, la sorcière est toujours dans son cercle, mais elle ne se préoccupe plus de se savoir observée, ni des animaux qui l'entourent. Elle est absorbée dans une méditation que l'on devine accablante.

La raison de cet accablement vient sans doute des évènements familiaux intervenus dans la vie de Paul Ranson en 1897 et 1898. Après le décès de son père, qui subvenait en partie aux besoins financiers du couple, la grossesse de France est venue ajouter un nouveau sujet d'inquiétude. Paul redoutait inconsciemment que le drame de sa propre naissance se répète et qu'il perde sa femme à la naissance de son enfant. Ce qui, d'une certaine manière, est effectivement arrivé.


Nu à la carcasse
Paul Ranson, 1899
Huile sur toile (collection privée)


Après la naissance de son fils, France n'est plus disponible pour poser, ni pour réaliser des tapisseries. Elle consacre le plus clair de son temps à son enfant. Paul Ranson est amer, son fils lui a ôté sa collaboratrice et sa vie en a été bouleversée. D'autant plus qu'après le déménagement consécutif à la mort du père de Paul, la place manque dans le nouvel appartement, ce qui ne lui permet plus de recevoir ses amis comme avant.

Sorcière avec un chat
Paul Ranson, 1899
Huile sur toile (collection privée)

Dépressif, Paul quitte son foyer pour aller se ressourcer à la campagne, chez son ami, le peintre et sculpteur Georges Lacombe, qui l'accueille dans son Ermitage en Normandie. L'Ermitage de Georges se trouvant en lisière de la forêt d'Écouves, les deux amis vont peindre dans cette forêt, dont le nom signifie balai et dans laquelle les ronds de sorcière ne manquent pas.

Le contact direct avec la nature influence la peinture de Paul, désormais les femmes qu'il représente font comme lui, elles courent les bois.

Étoiles tombées
Paul Ranson, 1900
Pastel (collection privée)

Les séjours de Paul Ranson à l'Ermitage de Marthe et George Lacombe se prolongèrent jusqu'en 1905, date à laquelle Paul se décida à revenir vers sa femme et son fils.

Portrait de Paul Ranson
George Lacombe, vers 1904-1905
Huile sur toile (notice de Christie's)


L'exposition George Lacombe, qui vient de débuter, va être pour moi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur l'amitié Ranson-Lacombe. Ce qui me permettra de compléter ce billet, ou peut-être d'en produire un nouveau...


Avant de refermer la porte du grenier, n'oubliez pas de donner votre avis sur la petite devinette à propos de la Vanité aux Souris (au début de ce billet).


Bonnes fêtes de Toussaint
Halloween ou Samain, selon vos croyances :)



© VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2012