vendredi 5 septembre 2014

Giverny 2 - Les Jardins de Monet



Les Nymphéas
Claude Monet - 1904
Musée d'art moderne André Malraux, Le Havre (lire la notice)




Après Giverny 1 - La maison de Monet, voici la suite de notre visite à Giverny, le 25 juin dernier. Il va être question des jardins, et non pas du jardin au singulier, vu que le terrain du jardin de Monet est coupé en deux par la route et que les deux parties sont sensiblement différentes l'une de l'autre, comme on peut le voir sur la photo aérienne ci-dessous.



Plan des jardins




La maison de Monet tourne le dos à la rue et sa façade est entièrement ouverte sur le jardin. Ce jardin a été baptisé Le Clos Normand. C'est un jardin d'ornement qui ne ressemble guère à ceux qui entourent les demeures bourgeoises. Chez Monet, mis à part quelques petites pelouses sous les arbres, pas de gazon soigneusement tondu à ras.

L'impression de liberté totale domine. Les fleurs débordent sur les allées, elles l'emportent sur les arbres et on ne voit qu'elles. Pour moi, ce jardin de fleurs foisonnantes ressemble à un jardin sauvage.




L'allée centrale, vue depuis la maison
Remarquer la petite tache brune près du brin de capucines rampant sur le gravier...



...serait-ce Boubou ?



Quand j'ai pris cette photo, ce monsieur pinson semblait fixer mon appareil. Ce n'était pourtant pas une nouveauté pour lui, presque tous les visiteurs du jardin en tiennent un en mains !
 
Alors j'ai pensé qu'il était là pour me souhaiter la bienvenue, qu'il était peut-être la matérialisation du souvenir de Claude Monet survolant la grande allée de son jardin...




crédit photo : Monet's Years at Giverny : Beyond Impressionism





Foisonnement


En cette fin juin, la profusion florale du jardin donne l'impression au visiteur de se trouver au sein d'une merveilleuse prairie sauvage, dans laquelle les différentes sortes de fleurs se disputent la priorité à se faire admirer.



Merveilleuse prairie




Rosier grimpant et rosier piéton



Le rosier grimpant ci-dessus fait partie des rosiers sur "parapluie", dont Ariane, guide à Giverny et blogueuse chevronnée, parle ici.




Fleurs d'ail d'ornement



Si vous êtes un(e) fidèle du grenier, vous aurez sans doute reconnu ces fleurs d'ail qui figurent sur la devinette du mois de juin dernier.

L'ail d'ornement, Allium aflatunense, a été découvert dans des Montagnes Célestes (Tiān Shān) sur les rives de l'Aflatun au Kirghizistan.




Flamboyance



Cette plante, dont les fleurs ressemblent à des lys vermillon, est un Crocosmia Lucifer, également dénommé Montbretia.

Dans son billet consacré aux flamboyances estivales de Giverny, Ariane compare la tige florale du Crocosmia à la main d'un prestidigitateur faisant jaillir du néant des foulards écarlates. J'adore cette image.




Le "Ru"



Désolée, je n'ai pas fait de photos entre le Clos normand, que nous venons de quitter, et le Jardin d'eau, où nous venons d'arriver après avoir traversé, grâce à ce passage souterrain, la route séparant les deux jardins.

Nous voici à présent sur la passerelle qui enjambe le Ru de Monet.





La passerelle enjambant le Ru à l'entrée du jardin d'eau



Les fleurs que vous voyez sur la photo de la passerelle sont des Hémérocalles. Elles s'épanouissent en grands nombres le long du Ru.




Les Hémérocalles et la passerelle à l'entrée du jardin d'eau



Ces hémérocalles sont les mêmes "hemerocallis orange" que celles dont Monet à fait le portrait en 1915.





Les Hémérocalles
Claude Monet - 1915
Musée Marmottan-Monet, Paris



Ariane parle de ce tableau et elle en fait l'analyse ici.




Le Ru bordé d'hémérocalles et le bosquet de bambous



Les fleurs au premier plan de ma photo sont sans doute des hémérocalles jaunes pas encore ouvertes...





Une partie de la bambouseraie



Comme Ariane l'explique ici, Monet, grand amateur de jardin japonais, a souhaité planter des bambous dans son jardin d'eau.

Cependant, en jardinier avisé, il avait pris la précaution de les isoler dans l'îlot formé par le bassin et le bras du Ru (voir le plan ci-dessous) afin qu'il n'envahissent pas tout l'espace.



cliquer sur le plan pour l'agrandir




Bambous penchés vers le Ru



Allée délimitée par des barrières de bambou le long du bosquet de bambous



Fascinée par la perspective de la barrière de bambou, je n'ai pas emprunté cette allée, je me suis contentée de la photographier et apercevant enfin le bassin aux nymphéas, j'ai pris le plus court chemin.




Reflets parmi les nénuphars




Zoom sur la maison entre les saules




Entre les saules, la maison vue depuis la rive sud du bassin



Savez-vous quelle est la plante qui dresse sa hampe garnie de fleurs bleues au milieu de la photo ?...


cliquer sur la photo pour l'agrandir
Après bien des recherches je suis tombée par hasard sur la pistes des delphiniums. Mais je n'étais pas au bout de mes peines, car il en existe de très nombreuses variétés.

J'ai enfin réussi à déterminer la bonne ! C'est le Delphinium elatum, celui que les anglophones nomment très poétiquement Magic Fountains Sky Blue with White Bee.







Petites fleurs, grandes feuilles... qu'est-ce que ça peut bien être ?...



Contrairement aux fleurs bleues précédentes, moi qui ne connais pas grand chose en horticulture en dehors de la flore du jardin de mon enfance (vu que j'habite en appartement) j'ai réussi sans trop de difficulté à identifier ces petites fleurs couleur fuchsia grâce à mes recherches sur internet.

Il s'agit de la coquelourde des jardins. Les grandes feuilles qui les serrent de près sur ma photo n'ont strictement rien à voir avec elles. Ces feuilles (si grandes que certains québecois les surnomment "siège de tracteur") sont celles de la pétasite du Japon (petasite japonicus) une plante aussi envahissante que les bambous.




Le Ru (vu depuis le petit pont ?)



Dans mon souvenir, je ne suis pas certaine que ce soit le petit pont de bois dont parle Ariane, celui qui se trouve à l'extrémité Est du bassin (à l'opposé du pont japonais). Mais je ne vois pas d'autres possibilités, vu que la photo ci-dessus a été prise à 10:10 et les deux suivantes ci-dessous à 10:11 et 10:12, je n'ai donc pas pu parcourir beaucoup de chemin entre temps.




Le Ru, à l'Est du bassin



Remarquer au centre de la photo ci-dessus l'abondance de ces "sièges de tracteur" qui n'ont pas que des détracteurs, exemple ici.




Le bassin, vu depuis son extrémité Est



Tout au fond de l'image, on distingue à peine le pont japonais ombragé par sa glycine. La faute au manque de lumière, la couverture nuageuse n'ayant pas bougé d'un pouce durant ma visite.



L'étang aux nénuphars dans toute sa longueur
vu depuis l'est, en direction du pont japonais, vers 1933
crédit photo :
Monet's Years at Giverny : Beyond Impressionism




Zoom sur les nénuphars



Ci-dessus, on aperçoit un coin du pont japonnais.


Maintenant, je vous laisse admirer les nénuphars



















L'érable du Japon se trouvant au bord du bassin



Il y a quelques années, des visiteurs japonais ont dit à Ariane que cet érable est un vénérable bonsaï d'une valeur inestimable.









Cet arbre, véritable trésor du jardin d'eau, est un Ozakazuki, en latin un acer palmatum.













Un poule d'eau et ses deux poussins



Avant de lire ce billet d'Ariane, je n'aurais jamais imaginé que les deux petites boules de duvet noir, reposant tranquillement près de leur mère sur les feuilles de nénuphars, sont en danger de mort. Dès qu'elles vont mettre une patte dans l'eau, elles risqueront d'être happées par la gueule dentée du monstre qui demeure dans cet étang...

Croisons les doigts pour qu'il ne leur soit rien arrivé !




Un pêcheur sur l'étang ?



Que fait-il donc, cet homme penché sur l'eau ?

Serait-il à l'affût du brochet carnassier dévoreur de poussins ?...





Que ramène-t-il dans son épuisette ?



Voyons voir. Ce pêcheur tient une épuisette, mais il n'a pas de bourriche pour mettre les poissons....

Ce qu'il pêche, ce n'est donc pas du poisson.

Cet homme tient ici le rôle de l'ancien laveur de nymphéas.



Les bambous, vus depuis la rive nord du bassin



Sa tâche accomplie, la barque s’octroie une petite sieste à l'ombre de la bambouseraie.




Zoom sur les jolies fleurs du bord de l'eau



Ces crinolines pour fées lilliputiennes sont les corolles des campanules carillon, alias Canterbury bells.




Le Ru, avec la vanne qui contrôle le niveau du bassin



Juste à la fin de la visite du jardin d'eau, au moment où ayant fait le tour du bassin nous arrivions à l'entrée du souterrain qui ramène vers le Clos normand, un minuscule rayon de soleil vite évanoui m'a fait me retourner pour revenir prendre cette dernière photo du Ru à l'endroit où le bras qui enserre les bambous rejoint celui qui sort du bassin.




Jardin de l'artiste à Giverny
Claude Monet - 1895
Collection E.G.Bührle, Zurich (lire la notice)



De retour dans le Clos Normand, j'ai fait quelques photos des pavots qui poussent dans l'allée longeant la clôture du jardin à côté de la route. J'ai montré mes photos de pavots rouges dans le billet précédent consacré à la peinture des champs de coquelicots par Monet.




Pavot rose avec un syrphe et un bourdon



Noter les ailes du syrphe, totalement floues. Soit l'insecte n'est pas encore posé, soit il est en train de butiner en vol stationnaire, une étonnante faculté des syrphes, analysée ici par des scientifiques. Ce syrphe est ici la tête en bas, dans une position acrobatique,  et il me semble que c'est son ventre qu'il nous montre..

Chez certains diptères, dont les syrphes font partie, les ailes postérieures sont atrophiées au point d'être devenues de simples petits balanciers dénommés "haltères" qui leur servent de gyroscope. Ce qui explique leur aptitude au vol acrobatique.

À côté du syrphe, en toute convivialité, c'est un cul blanc qui se délecte confortablement.




Autre pavot, autres syrphes ?...




Peut-être une autre sorte de syrphes, mais je n'en suis pas du tout sûre. Ma photo n'est pas assez nette et le temps m'a manqué pour faire des recherches.




Une petite allée du Clos normand



En arrière plan, ce sont les fenêtre de la chambre de Monet et la colline de Giverny que l'on aperçoit.




La grande allée



La grande allée dans toute sa longueur, prise depuis le portail donnant sur la route.





Zoom sur la grande allée




Une partie de la maison, vue depuis le chemin qui mène vers la sortie





Rosier échevelé et merveilleuse prairie



C'est sur ces dernières photos, montrant une autre partie du Clos normand où l'exubérance florale est toute aussi enchanteresse, que s'achève notre visite des jardins de Monet.



En quittant le Clos normand




Avant de terminer, il me reste à saluer les artistes grâce auxquels cette féérie perdure en se renouvelant d'année en année.

Au premier chef, un grand coup de chapeau à Gilbert Vahé (parti en retraite en 2011) et à James Priest qui lui a succédé comme jardinier en chef de ces merveilleux jardins.


*******



Lorsque nous avons quitté le jardin, en fin de matinée pour aller déjeuner, le ciel semblait vouloir se découvrir et je pensais y revenir l'après-midi pour faire des photos plus lumineuses. Or, il n'en a rien été ! Je vous raconterai une prochaine fois ce que nous avons fait cet après-midi là.





©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014

samedi 16 août 2014

Les coquelicots de Monet







En attendant d'avoir terminé le billet en cours d'élaboration sur la suite de notre visite de la maison et des jardins de Claude Monet à Giverny, je vous livre ci-dessous deux douzaines de tableaux de Monet représentant des champs de coquelicots (ou des prairies en contenant quelques uns) parsemés de quelques photos de pavots que j'ai faites dans le Clos Normand.


Un billet que je dédie à tous ceux et celles qui aiment les coquelicots...




Coquelicots
Claude Monet - 1873
Musée d'Orsay (lire la notice)



...et plus spécialement à Claude, qui aime le tableau ci-dessus et l’œuvre de Monet en général.


Ariane, guide à Giverny, a donné une interprétation fort bien documentée de ce tableau dans son billet intitulé Coquelicots.



La promenade dans les prairies d'Argenteuil
Claude Monet - 1873
Rhode Island School of Design, Providence, USA




La promenade près d'Argenteuil
Claude Monet - 1873
Musée Marmottan-Monet, Paris




Peupliers près d'Argenteuil
Claude Monet - vers 1875
Museum of Fine Arts, Boston, USA (notice)








Champ de coquelicots
Claude Monet - 1875
collection privée




Champs de coquelicots près d'Argenteuil
Claude Monet - 1875
Metropolitan Museum of Art, New-York (lire la notice)




Champ de coquelicots près de Vétheuil
Claude Monet - 1879
Collection E.G. Bührle, Zurich (lire la notice)




Pour lire le passionnant commentaire d'Ariane, à propos du tableau ci-dessus cliquez ici.




Vétheuil
Claude Monet - vers 1880
Kelvingrove Art Gallery and Museum, Glasgow, UK (lire la notice)









Chemin dans les coquelicots dans l'île St Martin, Vétheuil
Claude Monet - 1880
collection privée



Monet avait surnommé l'île St Martin, l'île aux fleurs.




Sentier à travers les coquelicots, île St Martin, Vétheuil
Claude Monet - 1880
Metropolitan Museum of Art, New-York (lire la notice)




Vétheuil, vu depuis l'île St Martin
Claude Monet - 1880
collection privée




Champ de coquelicots
Claude Monet - 1881
Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam (lire la notice)










Chemin dans l'île St Martin, Vétheuil
Claude Monet - 1881
 Philadelphia Museum of Art (lire la notice)




Paysage dans l'île St Martin
Claude Monet - 1881
collection privée




Champ de coquelicots, environs de Giverny
Claude Monet - 1885
Musée des Beaux-Arts de Rouen (lire la notice)





Champ de coquelicots dans un creux près de Giverny
Claude Monet - 1885
Museum of Fine Arts, Boston, USA (lire la notice)




Champ de coquelicots, Giverny
Claude Monet - 1885
Virginia Museum of Fine Arts, Richmond , USA (notice)





Meule de foin à Giverny
Claude Monet - 1886
Musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg (notice)









Champ à Giverny
Claude Monet - 1887
collection privée




Champ d'avoine aux coquelicots (vers midi)
Claude Monet - 1890
Musée d'Art moderne et contemporain, Strasbourg (lire la notice)



Comme vous avez pu le remarquer tout au long de ce billet, Claude Monet était un spécialiste des tableaux en série. L'explication de ces multiples versions, parfois jusqu'à trente pour la Cathédrale de Rouen, réside dans le fait que Monet était fasciné par les effets de lumière sur le paysage, en fonction du moment de la journée ou de l'état du ciel.

Le peu d'ombre sous les arbres dans le Champ d'avoine aux coquelicots du musée de Strasbourg, ainsi que son champ inondé de lumière, suggèrent une position du soleil près du zénith. Tandis que dans la version ci-dessous, les ombres allongées semblent celles d'une après-midi bien entamée.




Champ d'avoine aux coquelicots (après-midi)
Claude Monet - 1890
collection privée, USA




Champ de coquelicots
Claude Monet - 1890
Musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg (notice)




Champ de coquelicots
Claude Monet - 1890
Smith College Museum of Art, Northampton, Massachusetts, USA (lire la notice)




Champ de coquelicots près de Giverny
Claude Monet - 1890
Museum of Fine Arts, Boston, USA (notice)




Champ de coquelicots, Giverny
Claude Monet - 1890
Art Institute of Chicago (lire la notice)



Dans ce billet, Ariane, analyse et commente le Champ aux coquelicots de l'Art Institute of Chicago (ci-dessus) elle explique notamment que pour Monet le principe des séries a débuté lors de l'année 1890 à Giverny.










En attendant le prochain billet, si vous venez seulement de rentrer de vacances, ou que vous n'ayez pas lus les précédents, ne manquez pas les deux derniers, Yerres 1 suivi de Yerres 2, consacrés à notre aventure dans, et autour, de la propriété Caillebotte !...




À bientôt !



Edit du jeudi 21 août

C'est seulement maintenant que je viens de m'apercevoir qu'il manquait un lien concernant le billet d'Ariane dans l'avant-dernier paragraphe de ce billet. Je viens de le rajouter.

Et j'en ai profité pour ajouter également une ligne au début du billet pour faire un lien vers le commentaire d'Ariane (qui est si agréable et intéressante à lire) au sujet du tableau Coquelicots se trouvant au musée d'Orsay.



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014