dimanche 1 mars 2015

Des chèvres à Paris


Pour meubler le grenier en attendant la suite du billet précédent, je vous propose un texte dont je ne révèle volontairement ni le titre ni l'auteur.

À vous de deviner !



Troupeau de chèvres sur un boulevard parisien






Chevrier jouant de la flute de Pan (Paris 1911)


















Troupeau de chèvres (Paris 1910)






Vendeur de lait de chèvre (Paris, 1911)






Vendeur de lait de chèvre (Paris, vers 1910)






La Chèvre d'Or  (cliquer ici pour lire sa légende)




Je dédie ce billet à Fifi
sa belle biquette
me l'ayant inspiré





Comme d'habitude en pareil cas, les commentaires resteront cachés durant deux ou trois jours, pour vous laisser le temps de chercher.





EDIT DU MERCREDI 4 MARS 2015

Comme beaucoup d'entre vous l'ont indiqué, le texte est extrait du chapitre "Un faux printemps" de "Paris est une fête" un récit autobiographique écrit entre 1957 et 1960 par Ernest Hemingway d'après ses souvenirs des années folles, quand il vivait parmi les Montparnos.



Bravo à celles et ceux qui ont deviné
Grand merci aux autres
pour avoir participé


La suite du billet sur le mystérieux café parisien est toujours en préparation, mais je mets le turbo et je la publierai d'ici vendredi prochain, promis juré !



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2015

samedi 14 février 2015

Mystérieux Café Parisien des Années Folles


Hommage à Maurice-Louis Branger
(crédit)



Petit intermède avant la suite de la biographie d'August Macke




Photo de Maurice-Louis Branger - Calendrier 2014



Claude, une aminaute parisienne de naissance à laquelle je dédie ce billet, a récemment publié la photo ci-dessus. Quand je l'ai vue, cette photo m'a également interpellée.

Claude vous le dira elle-même, mais je suppose que la première raison qui a motivé son coup de cœur vient du fait qu'il s'agit d'une vue ancienne de Paris, plus proche de ses souvenirs d'enfance que les photos du Paris contemporain. Les vêtements à la mode des années 1920 y sont peut-être aussi pour quelque chose.

Pour ma part, j'ai au moins une photo de ma mère (ou de sa sœur, il faudrait que je vérifie) habillée et coiffée de la sorte. Oui, même si la chose vous parait bizarre, ma mère avait vingt-cinq ans en 1925.

Et, comme Claude (même si je n'ai jamais habité à Paris) j'aime cette ville. J'ai découvert Paris très jeune (j'avais quatre ans) lors d'un voyage en compagnie de mes parents qui étaient "montés" à la capitale en 1955 pour aller voir ma sœur qui y poursuivait ses études supérieures. Et une autre fois aussi, à peu près à la même époque, pour aller voir mon parrain.



Parisiennes à la terrasse d'un café vers 1925
photographie de Maurice-Louis Branger
(crédit photo)


Pour en revenir au café de la photo publiée dernièrement par Claude, deux jours après sa publication Claude ajoute un petit mot à la suite de son Arbre à noix « Rien à voir avec mes noix de coco, mais je crois avoir trouvé où a été prise la photo de mon post "au bistro", il se pourrait que ce soit au Café de Flore à Paris. Elle aurait été prise vers 1925 par Maurice-Louis Branger (1874-1950). »

Curieuse comme je suis, j'avais déjà déniché les deux photos de Maurice-Louis Branger (ci-dessus et ci-dessous).



Jeunes femmes à la terrasse d'un café. Paris, vers 1925
photographie de Maurice-Louis Branger
(crédit photo)


Claude avait raison, il s'agit bien d'une photographie de Maurice-Louis Branger (notice biographique ici). 

Comme Claude, je m'étais demandée où peut bien se situer le café en question. Or, après de nombreuses investigations, je n'avais rien trouvé de précis. Si ce n'est que le café de la photo du calendrier de Claude n'était pas un café de grand renom. Et que ce n'est pas celui de Flore, ni tout autre café rendu célèbre par sa clientèle littéraire.

Et puis, coup de chance (ou fruit de ma persévérance) je trouve deux autres photos des deux élégantes du café mis en boîte par ML Branger



Paris. Bassin des Tuileries. Vers 1925 
photographie de Maurice-Louis Branger
(crédit photo)



Jeunes femmes au bassin du jardin des Tuileries. Paris (Ier arr.), vers 1925
photographie de Maurice-Louis Branger
(crédit photo)


Vous avez peut-être remarqué que sur les photos au jardin des Tuileries nos deux élégantes de 1925 portent exactement les mêmes vêtements que pour leurs photos au mystérieux café "H.RENAUD".

Une déduction s'impose alors : les photos du café et celles du jardin ont été prise le même jour et sans doute dans la même demi-journée. Il est donc permis d'imaginer que le café en question ne devait pas se trouver bien loin des Tuileries. D'autant plus que l'agence du photographe était située tout près du jardin, au n°5 de la rue Cambon, autrement dit à 500 mètres du bassin des Tuileries. J'imagine que ML Branger aura invité les deux jeunes femmes à la terrasse d'un café du quartier où il avait son agence et ses habitudes.

Parmi les photos de cette époque disponibles sur la toile, pour l'instant je n'ai trouvé qu'un seul café dans le périmètre de l'agence Branger.



Rue de la Verrerie, Paris 1932
photographie de René Giton ( ) dit René-Jacques
(crédit photo)



Le numéro de téléphone indiqué sur la vitrine de la photo de Branger est 25. Sur celle de René-Jacques (ci-dessus) c'est 28-21. Je ne sais pas si les numéros de téléphone des années 20 fonctionnaient comme de nos jours : les numéros situés dans un même périmètre géographique formant des séries. Dans ce cas, il est  possible que le mystérieux café de nos deux parisiennes ait été situé rue de la Verrerie, pourquoi pas ici ?..



Pour finir, j'ai découvert deux tableaux d'un peintre russe contemporain dont le grand-père était photographe correspondant de guerre, ce qui expliquerait que son petit-fils ait eu connaissance des photos de Maurice-Louis Branger...



Café matinal 1
Денис Евтихиев
(Denis Evtikhiev) - E. Denis
2008




Café matinal 2
Денис Евтихиев (Denis Evtikhiev) - E. Denis
2008


En dehors de ses "peintures rétro", je n'aime pas du tout ce que peint cet artiste russe !




Au fait, si par hasard quelqu'un(e) avait des informations permettant d'identifier le mystérieux café photographié par Maurice-Louis Branger aux alentours de 1925, je l'invite vivement à les communiquer dans les "échos" au bas de ce billet afin que je puisse les ajouter ici.



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2015

vendredi 6 février 2015

2014, centenaire de la mort d'August Macke - 4


1912 une année fertile à tous points de vue
August Macke
sa vie, son œuvre
(suite)







La dernière fois, nous en étions resté au moment où fin 1911, après avoir participé à la rédaction de l'Almanach du Blaue Reiter (le programme du tout jeune Cavalier Bleu) August Macke passe les fêtes de fin d'année chez lui, à Bonn, avec Elisabeth et leur petit Walter.



Walterchens Spielsachen (Jouets du petit Walter)
August Macke - 1912
Städel Museum, Francfort-sur-le-Main



Pendant ce temps, du 18 décembre 1911 au 1er janvier 1912, se tient à Munich la première exposition du Cavalier Bleu (Der Blaue Reiter) ce nouveau mouvement pictural issu des dissensions entre, d'une part Kandinsky et ses amis, et d'autre part les peintres de la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM) fortement contrariés par  l'évolution de Kandinsky vers l'Abstraction.



Composition V
Vassily Kandinsky - 1911
Collection privée (huile 190 x 275 cm)


La Composition V ci-dessus, est le tableau de Kandinsky que les artistes munichois de la NKVM ont refusé d'exposer parmi les leurs, soit disant pour une question de dimensions, mais en réalité parce qu'ils le trouvaient trop abstrait.

Cet exclusion a eu pour conséquence la naissance du  Cavalier Bleu et la présentation au public de deux expositions en même temps à la Galerie Heinrich  Thannhauser de Munich : celle de la NKVM au rez-de-chaussée et celle du Cavalier Bleu au premier étage de la galerie.



Russisches Ballett (Ballets russes)
August Macke - 1912
Kunsthalle, Brême


Le spectacle de danse ci-dessus est inspiré de Carnaval, un ballet créé en 1910 par Michel Fokine et repris par la compagnie des Ballets russes de Serge Diaghilev.

Ici, Macke nous place parmi les spectateurs (à l'époque les grands chapeaux n'étaient pas encore bannis des théâtres !) et il braque son projecteur pictural sur le célèbre trio de la Commedia dell'arte, Pierrot levant les bras aux ciel avec une mine désolée et Arlequin sautillant fougueusement auprès d'une Colombine sainte-nitouche aguicheuse.

Dans la chorégraphie contemporaine (cliquer pour voir la vidéo) du ballet Carnaval de Mikhail Fokine, Pierrot n'apparait pas en même temps que les pas de deux de Colombine et Arlequin. Liberté d'artiste, ou distraction de ma part en visionnant la vidéo ? je penche pour une liberté d'August Macke.



Märchenerzähler (Conteur d'histoires)
August Macke - 1912
Museum Frieder Burda, Baden-Baden (notice du musée)



Là, je n'ai pas trouvé d'explication. Ce "Märchenerzähler" (littéralement, conteur de contes de fées) a peut-être fait partie d'un spectacle vu par Macke et sa petite famille cette année-là... ou peut-être pas.

Le tableau pourrait tout aussi bien représenter une scène sortie de l'imagination de Macke, fasciné par l'Orient depuis qu'il a vu l'exposition des chef-d’œuvres de l'art mahométan "Meisterwerke muhammedanischer kunst" qui s'est tenue à Munich en 1910.

Chose troublante, en 1925 le jeune Walter a dessiné ici, sa version des deux conteurs, peints par son père treize ans auparavant.



Orientalische Frauen (Femmes orientales)
August Macke - 1912
Collection privée



Dans le billet précédent, nous avons vu deux tableaux que Macke avait envoyés à Münich pour participer à la première exposition du Cavalier Bleu en décembre 1911. L'envie de passer les fêtes de fin d'année en famille n'était sans doute pas une raison suffisante pour qu'il s'abstienne de faire le voyage jusque Munich.



Junge mit Buch und Spielsachen (Garçon avec livre et jouets)
August Macke - 1912
Collection privée (lire la notice de Sotheby's)


Déjà, les inimitiés et divergences d'opinion avec certains membres du Cavalier Bleu incitaient August Macke à se maintenir à distance d'un mouvement qui ne répondait pas à la plupart de ses idées en matière de peinture.

C'est donc à Cologne, dans les locaux du Gereonsklub, où il l'a faite venir en janvier 1912, que Macke voit la première exposition du Cavalier Bleu. C'est par manque d'intérêt de la part du public munichois, que cette expo a été obligée de fermer prématurément ses portes à Munich et d'entamer une tournée à travers les grandes villes d'Allemagne, Cologne étant la première étape d'un périple qui va se poursuivre jusqu'en 1914.



Frau des Künstlers - Studie zu einem Porträt
(L'épouse du peintre -  Étude pour un portrait)
August Macke - 1912
Staatliche Museen, Berlin




Durant ce même mois de janvier 1912, August écrit à son ami Franz Marc pour lui annoncer qu'il va faire partie du comité de travail de la Sonderbund, la grande exposition internationale qui va avoir lieu à Cologne du 25 mai au 30 septembre 1912.



Couverture et frontispice du Catalogue
cliquez ici pour feuilleter le catalogue d'exposition de la Sonderbund 1912




La peinture ci-dessous, intitulée Rokoko, est une huile sur toile de 89 sur 89 cm. Elle est exceptionnelle dans l’œuvre de Macke, tant par son format que par sa composition.

Rokoko fait partie des cinq tableaux présentés par Macke à l'exposition "Sonderbund" de 1912 : Internationale Kunstausstellung des Sonderbundes Westdeutscher Kunstfreunde und Künstler, en français "Exposition artistique internationale de l'alliance particulière des amateurs d'art et des artistes d'Allemagne occidentale", Sonderbund (alliance particulière) étant l'abréviation du long titre original de cette exposition internationale, point de départ de l'Art Moderne.


Rokoko (Rococo)
August Macke - 1912
Musée national de l'Art, de l'Architecture et du Design, Oslo


Le titre et le thème de Rokoko évoquent la peinture Rococo des fêtes galantes. Cependant, au XVIIIe siècle en Allemagne (à quelques rares exceptions près) la peinture de style Rococo demeure cantonnée dans les églises et elle n'a pas grand chose à voir avec le Rococo français à la Watteau. Beaucoup plus sage qu'une scène de Watteau, celle de Macke parait davantage en rapport avec les fêtes données par la reine Marie-Antoinette dans son domaine de Versailles, qu'avec celles de Louis XV.

Rokoko  semble être l'expression du désir de revenir à un mode de vie plus simple, plus stable, plus en accord avec la nature. Un désir partagé tant par August Macke et son ami Franz Marc dans l'Allemagne des années 1910, que par la Reine-Bergère fuyant les mondanités de la cour de Louis XVI.

Un tableau de Walter Geffken, un allemand peignant beaucoup de scènes de style néo-rococo et exposant régulièrement ses œuvres à Munich au début du XXe siècle, a peut-être servi de déclencheur pour le Rokoko de Macke...

Quant au cadre de cette scène bucolique, il se peut qu'il soit inspiré de celui du Belvédère et du Grand Rocher du Petit Trianon. Macke a pu visiter Versailles et ramener un croquis fait sur place, ou voir une lithographie de cette aquarelle...

C'est avec les couleurs de Rokoko, que l'influence de Gauguin sur August Macke est la plus évidente. Ses couleurs rappellent celles du tableau Le Talisman, l'Aven au Bois d'Amour peint par Paul Sérusier suivant les conseils de Gauguin lui suggérant l'emploi de couleurs vives.

Dernier détail à propos de Rokoko, l'instrument joué par le pâtre est un hautbois pastoral. Soit un Schalmei (ce qui correspond en français à la chalémie) soit un rauschpfeife les deux instruments étant très proches l'un de l'autre (pour écouter le son du rauschpfeife cliquez ici) .




Spaziergang auf der Brücke (Promenade sur le pont)
August Macke - 1912
Collection privée


Au lendemain de l'inauguration de l'exposition internationale de la Sonderbund  à Cologne, Macke écrit de nouveau à son ami Franz Marc pour lui raconter que finalement, vu les multiples dissensions au sein du jury de l'expo, il a renoncé à en faire partie.

Dans un courrier ultérieur, il mentionne que Spaziergang auf der Brücke, l'un de ses tableaux exposés à la Sonderbund (reproduit ci-dessus) a été acheté par Franz Kluxen, un jeune collectionneur richissime à la recherche de tableaux pour meubler sa villa nouvellement construite à Wyk auf Foehr. Par la suite, Franz Kluxen a acquis le Cheval dans un Paysage de Franz Marc et bien d'autres tableaux prestigieux.



Spaziergänger am See -1- (Promeneurs au bord du lac)
August Macke - 1912
Collection privée


Une belle aquarelle de Macke, datée de 1913, porte le même titre que l'huile ci-dessus. Nous la verrons donc un peu plus tard. Cette petite annonce me donne l'occasion de rappeler qu'il ne faut pas oublier qu'en parallèle à ses tableaux à l'huile, August Macke a produit quantité de dessins et d'aquarelles.

Toujours dans le courant de l'année 1912, grâce aux relations que Kandinsky entretient avec l'avant-garde russo-ukrainienne, notamment deux peintres du Valet de Carreau, les frères David et Vladimir Bourliouk (qui ont rédigé un article pour l'almanach du Cavalier Bleu) Macke va exposer six tableaux à Moscou lors de l'exposition du Valet de Carreau, à laquelle participaient, outre les frères Bourliouk et le couple Kandinsky-Münter, Marc (l'ami de Macke), Delaunay, Derain, Van Dongen, Gleizes, Léger, Matisse et Picasso, entre autres.



Kinder im Garten (Enfants dans le jardin)
August Macke - 1912
Städtisches Kunstmuseum, Bonn



Or, la relation d'August Macke avec la plupart des artistes du Blaue Reiter - et spécialement avec Kandinsky, son président - est très ambivalente. Alors qu'il lui arrive parfois d'être subjugué par la peinture de Kandinsky, Macke se sent en général très éloigné de ses exigences théoriques et il a du mal à supporter son autoritarisme coutumier.


Le seul qui ne regarde pas l'appareil (manipulé par la compagne de Kandinsky) c'est August Macke...
Il semblerait que la rupture entre Macke et le Cavalier Bleu soit déjà dans l'air !


La photo ci-dessus a été prise par Gabriele Münter, fin 1911 - début 1912, au 36 Ainmillerstraße à Munich. Elle réunit quelques membres de Der Blaue Reiter avec Cuno Amiet de Die Brücke. De gauche à droite : Vassily Kandinsky, Cuno Amiet, August Macke, Helmuth Macke (cousin d'August et peintre lui aussi), Anna Luder (épouse de Cuno Amiet), Heinrich Campendonk, Louis Moillet (peintre, ami d'Elisabeth et August).

Finalement, l'adhésion de Macke au Cavalier Bleu a duré à peine six mois. Elle s'achève en mars 1912, après qu'il a envoyé seize dessins à Munich pour participer au second (et dernier) salon du Blaue Reiter. Une exposition purement graphique, intitulée Schwarz-Weiss (Noir et Blanc) qui se tient du 12 février au 18 mars à la Galerie Goltz à Munich.




Spaziergang in Blumen (Promenade dans les fleurs)
August Macke - 1912
Staatliche Museen, Berlin


Au printemps 1912, Macke voyage en Hollande. Ensuite, après avoir activement participé à l'exposition de la Sonderbund au mois de Mai à Cologne (voir plus haut), il expose à  Iéna invité par le Dr Eberhard Grisebach président du Kunstverein (association artistique) , à dans le courant du mois de Juin 1912, conjointement avec celles du peintre suisse Cuno Amiet qu'il a rencontré précédemment à Cologne (lire ici, pages 3 et 11).



Gartenrestaurant (Le restaurant du jardin)
August Macke - 1912
Kunstmuseum, Berne (vidéo du musée)



Le 1er Juillet, Macke écrit à Franz Marc pour lui parler de l'exposition à Iéna. Il est enthousiasmé par le succès remporté à la Kunstverein  « j'y ai vendu huit pièces en huit jours ! ». En outre, la galerie d'art ouverte par Eberhard Grisebach à l'occasion l'exposition de la Kunstverein est définitivement lancée et August invite Franz à venir y exposer ses œuvres l'hiver suivant.

Poursuivant sa lettre, Macke annonce à Marc qu'il va devoir effectuer une période militaire du 5 Août au 21 Septembre 1912. Après quoi, il sera de retour à Bonn.



Elisabeth und Walterchen (Elisabeth et le petit Walter)
August Macke - 1912
Städtisches Kunstmuseum, Bonn


La dernière semaine de Septembre, August est de retour à Bonn, dans son foyer et dans son atelier. Franz Marc et sa femme Anna quittent temporairement leur chalet de Sindelsdorf dans les Alpes bavaroises pour venir faire un petit séjour chez leurs amis Bonnois.

Ils vont tout d'abord mettre à profit la proximité entre Bonn et Cologne pour aller voir l'exposition internationale de la Sonderbund avant sa fermeture le 30 Septembre.




Franz und Maria Marc im Atelier (Franz et Maria Marc dans l'atelier d'August)
August Macke - 1912
Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich



C'est durant ce séjour du couple Marc chez les époux Macke que Franz et August concrétisent leur projet de fresque peinte en commun. Ils vont conjuguer leurs talent respectifs pour faire apparaître le "Paradies" sur un pan de mur de l'atelier d'August.

En seulement quatre jours (!) la conception et la naissance d'Adam et Êve sont réalisées. D'autres informations sur cette fresque on été données au début du premier billet (cliquez sur l'image ci-dessus pour l'agrandir).



Paradies (Paradis) - 400 x 200 cm
August Macke et Franz Marc - 1912
LWL-Museum für Kunst und Kultur, Münster (notice)


Malgré l'imminence de la "faute" qui va engendrer leur éviction de l'Eden - Adam étant en train de cueillir la pomme - ce Paradis terrestre représente pour les deux artistes l'espérance d'un monde meilleur, dans lequel les contraintes aliénantes engendrées par le passage à l'ère industrielle seraient surmontées.

C'est à partir de cette époque que l’œuvre d'August Macke prend définitivement un aspect paradisiaque.



Dorénavant, toute la peinture de Macke est imprégnée de la
Joie de Vivre




Zoological Garden I (Jardin zoologique 1)
August Macke - 1912
Städtische Galerie im Lenbachhaus, Munich

  

Inlassablement, il peint
les plaisirs simples de la vie de tous les jours



L'étonnement des visiteurs observant les animaux du zoo


Kleiner Zoologischer Garten in Braun und Gelb (Petit jardin zoologique en brun et jaune)
August Macke - 1912
Museum Frieder Burda, Baden-Baden (notice du musée)



Le réconfort de l'amitié


Vier Mädchen (Quatre filles)
August Macke - 1912
SMKP - Museum Kunstpalast, Düsseldorf (notice du musée)



Le plaisir d'une promenade en forêt par une belle journée ensoleillée


Paar im wald (Couple dans la forêt)
August Macke - 1912
Collection privée



Le charme des lumières du soir


Abend (Soir)
August Macke - 1912
Collection privée



Le "bonheur des dames" s'attardant devant les vitrines des magasins de mode et des boutiques de chapeaux


Großes Helles Schaufenster (Grande vitrine lumineuse)
August Macke - 1912
Sprengel Museum, Hanovre (notice du musée)



La splendeur de l'Automne dans son jardin


Garten mit Bassin (Jardin avec bassin)
August Macke - 1912
Collection privée



Le bonheur tranquille de sa vie familiale.
Sa joie de contempler jour après jour la beauté d'Elisabeth.


Akt, liegend (Nu couché)
August Macke - 1912
Kunstmuseum, Bonn


Pour August Macke, l'année 1912 a été en grande partie consacrée à établir et développer des contacts et à diffuser le plus possible son art hors de sa région. Tout cela sans négliger ses pinceaux, ni sa femme et son fils pour autant.

Comme d'habitude, c'est Elisabeth qui a posé pour le nu ci-dessus. D'après la rondeur de son ventre, il y a tout lieu de penser qu'elle prépare un petit frère à Walter et que, par conséquent le tableau a été peint vers la fin de l'automne 1912 (puisque la naissance est attendue pour le mois de janvier suivant). Mais n'anticipons pas.



À la suite du séjour de Franz Marc et d'Anna chez les Macke, le 2 Octobre 1912 les deux couples partent ensemble pour Paris.

Pour August, et davantage encore pour Franz, ce voyage va amener un tournant notable dans l'évolution de leurs styles respectifs.


Farbige Komposition (Composition colorée) - Hommage à Bach
August Macke - 1912
Wilhelm Hack Museum, Ludwigshafen am Rhein, Allemagne (notice du musée)


C'est très certainement dans les semaines qui ont suivi la rencontre ayant eu lieu à Paris au cours du voyage effectué durant la première quinzaine d'Octobre, que Macke a peint la composition ci-dessus. dans laquelle on peut voir l'explosion de l'ère industrielle totalement magnifiée.

Qui est l'inspirateur de cette éblouissante évolution de formes et de couleurs dans le style d'August Macke ?



C'est ce que nous verrons dans le prochain billet




Texte ©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2015