samedi 19 avril 2014

Histoires d'œufs






Vous l'avez peut-être reconnue, l'image ci-dessus fait partie de celles qui illustrent Le Vilain Petit Canard.



Le Vilain Petit Canard
adaptation française par Cyrille Largillier




L'histoire d'œuf contée par Andersen est celle d'un original, un être pas comme les autres. Un être différent de tous ceux qui se réjouissent d'être fabriqués sur le même modèle. Un être étranger à ceux qui sont fiers d'appartenir à un cercle quelconque, à ceux qui considèrent comme quantité négligeable tous ceux qui sont exclus de leur coterie.







Le Vilain Petit Canard est aussi un conte moral qui met l'accent sur la dif­fé­rence, cette valeur essentielle, voire indispensable, à l'évolution de la vie.

Un conte qui nous met en garde contre les pré­ju­gés que tout un chacun peut avoir un jour ou l'autre à l'égard d'un étrange étranger.







Si personne, ou presque, n'ignore l'histoire du Vilain Petit Canard, par contre la vie de son auteur est moins connue. Cependant, ce sont les épreuves traversées durant son enfance et son adolescence qui ont inspiré ce conte à Hans Christian Andersen.







Dans l'histoire du Vilain Petit Canard tout commence par l'œuf extraordinairement gros que la cane découvre au fond de son nid, une fois que ses canetons sont tous sortis de leurs coquilles.







De nombreuses cosmogonies posent l'œuf à la base de la création de l'univers, car l'œuf contient en germe toute la diversité du monde.







Dans la mythologie finnoise, le Kalevala débute avec le récit de la formation du monde.

Au commencement, la déesse Ilmatar repose dans la mer. Son esprit vagabonde en rêve, lorsque tout à coup un oiseau apparaît réellement. C'est une cane qui cherche un endroit sûr pour y pondre ses œufs.







Ilmatar, alias Luonnotar, ayant sorti son genou de l'eau pour permettre à la cane d'y faire son nid, celle-ci commence à y couver ses œufs.

Alors que les œufs sont sur le point d'éclore, la chaleur engendrée par la couvaison de la cane devient si intense que la déesse finit par ne plus la supporter. Elle remue son genou, ce qui déséquilibre le nid et entraîne la chute des œufs.







Pour les finlandais, c'est ainsi que la Terre, le Soleil, la Lune et les Étoiles naquirent les uns après les autres des œufs d'une cane couvés sur le genou de la déesse Ilmatar et tombés en se brisant dans la mer.







Dans l'Edda de Snorri, on trouve mention d'un couple d'oiseaux qui vit dans le puits d'Urd, là où plonge l'une des trois racines d'Yggdrasil, l'Arbre du Monde. Ces oiseaux sont des « cygnes » et ils auraient fondé l'espèce qui porte ce nom.







Du point de vue symbolique, le cygne, oiseau d'Apollon, figure la lumière solaire. Quant à l'oie, elle représente la lumière lunaire. Dans les mythologies, cygne et oie sont souvent confondus.

Dans l'hindouisme par exemple, Hamsa, cygne ou oie, sert de véhicule à Brahmā couvant le Brahmânda, l'Œuf du Monde.







Pour les Égyptiens de l'Antiquité, c'est Amon qui a pondu l'œuf cosmique, alors qu'il avait pris la forme d'un oiseau de la même famille que les oies, les cygnes et les canards, l'Ouette d'Égypte.







Des œufs ont été trouvé dans des tombes égyptiennes et dans l'un des exemplaire du Livre des Morts, il est écrit :
Ô Atoum, donne moi la douce brise qui est dans ton nez ! Je suis cet Œuf qui était dans le Grand Jargonneur et je fais la garde de cette grande entité que Geb a séparée de la terre : si je vis, elle vit. Puissé-je redevenir jeune et vivre, et respirer la brise !

Ce souhait de résurrection, formulé par un défunt affirmant être l'Œuf qui se trouvait dans le ventre d'Amon, montre combien l'usage de l'œuf comme symbole de renaissance est ancien.







Dans le conte d'Andersen, après bien des vicissitudes Le Vilain Petit Canard finit par trouver ses pairs et se faire reconnaître pour ce qu'il est réellement : un cygne.







Pour Le Vilain Petit Canard, cette reconnaissance par les autres cygnes fut comme une nouvelle naissance, voire une véritable renaissance.







Dans la traduction de David Soldi (celle ayant servi de base au texte des images ci-dessus) l'histoire du Vilain Petit Canard se termine par un triomphe, lors duquel tous les enfants s'écrient « Le nouveau est le plus beau ! Qu’il est jeune ! qu’il est superbe ! ». Et les vieux cygnes s’inclinèrent devant lui.

Une apothéose qui rappelle d'anciennes fêtes païennes au moment de l'équinoxe de printemps, celui qui sert de base pour déterminer la date de Pâques, fête de la Résurrection.



Cygnus Olor
Keulemans Johannes Gerardus (1842-1912)
Bibliothèque du Museum d'Histoire Naturelle, Paris




Pour terminer ce billet en musique, voici Le Vilain Petit Canrd, librement adapté en 1939 par Walt Disney pour ses Silly Symphonies










Et maintenant
il ne me reste plus qu'à vous souhaiter


en musique :








+ un petit bonus pour Nathanaëlle qui adore les claquettes !








©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014

jeudi 17 avril 2014

Miracle !


Santa Isabel de Portugal (détail)
Francisco de Zurbarán - vers 1635
Musée du Prado, Madrid (notice du musée)



Le miracle dont je veux principalement parler aujourd'hui, c'est qu'après une semaine de silence bullatique, je viens enfin de répondre à tous les sympathiques, et forts intéressant, échos du billet précédent.

Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre !


*****


Le Miracle des Roses, peint (entre autres*) par Zurbarán, est celui qu'il advint (d'après la légende) à Isabelle d'Aragon reine du Portugal.

On retrouve le même "miracle" dans l'histoire de la reine Élisabeth de Hongrie.

* Le Miracle des Roses peint par Louis-Jean-Baptiste Bourdon est à voir dans cette page.


*****


Pour l'instant, pas d'autre miracle au grenier.
Le prochain billet paraîtra au son des cloches de Pâques.
D'ici là, portez-vous bien




©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014

mercredi 9 avril 2014

La mémoire de l'eau


Le secret (détail)
William Bouguereau - 1876
Collection of the New York Historical Society  (notice et tableau entier)



Ces jours-ci, alors que j'étais devant l'évier de la cuisine occupée à touiller de l'eau dans une casserole avec la brosse à vaisselle (afin de décoller de la paroi les particules du lait qui venait d'y chauffer pour le chocolat du goûter) voila que le verbe « gôyer » m'est venu subitement à l'esprit.



Un bebé en un barril de agua (un bébé jouant avec l'eau d'un tonneau)
Benito Rebolledo (1880-1964)
Collection privée



Parmi les habitués du grenier quelques un(e)s savent que mes parents venaient de la Lorraine (côté maternel) et d'Alsace (côté arrière-grand-paternel). Ce que personne ne sait encore, car jusqu'ici je n'ai pas eu l'occasion d'en parler, c'est que mon père était natif de Saint-Dizier et qu'il y a vécu jusqu'à sa majorité. Les habitants de Saint-Dizier s'appellent les bragards.



Enfants à la vasque
Berthe Morisot - 1886
Musée Marmottan, Paris



Gôyer est un mot que j'ai entendu plus d'une fois dans la bouche de mon père, lorsqu'il s'adressait à moi quand j'étais enfant, ou plus tard en parlant de ses petits-enfants. En patois bragard, gôyer signifie : tripoter l'eau, l'agiter par jeu en provoquant des éclaboussures.



A child playing at a water pump
Otto Bache - 1876
Collection privée (notice de Christie's)


Après goyer d'autres mots de patois (tant champenois que lorrain) entendus durant mon enfance dans la bouche de mes parents, me sont revenus en mémoire. Et je me suis empressée de les noter !


*****

Si vous aussi, quelle que soit votre province d'origine, vous connaissez des mots spécifiques d'un parler régional, faites m'en part dans les échos, je serai ravie de vous lire et d'échanger avec vous sur ce sujet.




©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014

mardi 1 avril 2014

Les petits pois sont rouges !



Deux chats persans blancs regardant un bocal de poissons rouges (détail)
Arthur Heyer (1872-1931)
collection privée (notice de Artnet)




Si vous aimez jouer
regardez-bien
il y a un intrus dans la série
de poissons rouges dans un bocal

présentée ci-dessous




A beautiful girl at a balcony feeding a canary, a fish bowl, a basket of flowers and a white cat on the sill
 George Francis Joseph  (1764-1846)
collection privée (notice de Bonhams)



Die Schauspielerin Theres Krones (L'actrice Therese Krones)
Ferdinand Georg Waldmüller - 1824
collection privée



Nature morte avec poisson rouge, une tulipe et des roses
Giuseppe Giusti  - vers 1883
collection privée (notice de Artnet)



The Goldfish Bowl (Mrs. Richard Cary Morse and Family)
Samuel F. B. Morse - 1835
Smithsonian American Art Museum (notice du musée)



Portrait of Mrs. Decatur Howard Miller (née Eliza Credilla Hare)
Alfred Jacob Miller - vers 1850
Walters Art Museum  Baltimore,  Maryland, USA (notice du musée)



Still Life with fruit and goldfish in a bowl on a ledge
John Wainwright  - 1859
collection privée (notice de Christie's)



Guiltry
Seymour Joseph Guy (1824-1910)
collection privée (notice Athenaeum)



Leisure Hours
John Everett Millais - 1864 
Detroit Institute of Arts (notice du musée)



Nature morte aux camélias, primevères et muguet dans un vase près d'un bocal de poissons rouges
John Wainwright - 1866
collection privée



The Goldfish Seller
George Dunlop Leslie (1835-1921)
collection privée (notice de Bonhams)



Cinq chatons près d'un bocal à poissons
Louis Eugéne Lambert - 1874 
collection privée (notice de Bergmann)



The goldfish bowl
 Attribué à Charles Edward Perugini (1839-1918)
collection privée (notice de Bonhams)



An Idle Moment
John White Alexander - vers 1885 
collection privée (notice de Art Renewal)



The goldfish bowl
William Stephen Coleman  (1829-1904)
collection privée (notice de Bonhams)



Moment d'oisiveté
Thomas Benjamin Kennington - 1892
collection privée (notice de Artnet)



Goldfish, from the Pears Annual, Christmas 1893
(The Pears Annual ont été créés en 1891 par Thomas J. Barratt
William Stephen Coleman  - 1893
collection privée



Le bocal de poissons rouges
Carl von Bergen (1853-1933)
collection privée (notice de Bonhams)



The fish bowl
Albert Henry Collings - 1907
collection privée (notice de Sotheby's)



A Tempting Treat
Wilhelm Schwar - 1909
collection privée (notice Art Renewal)



The Goldfish
Charles Courtney Curran - vers 1910
collection privée (notice de Christie's)



Jeune femme aux poissons rouges
Edmond Aman-Jean - 1910
collection privée



The fish bowl
Margaret Preston - 1910
National Galleryof Victoria, Melbourne (notice du musée)



Woman by a goldfish tank
Lovis Corinth - 1911
collection privée



The Blue Kimono
Robert Reid - 1911
collection privée (notice de Artnet)



A Bowl of goldfish
Frederick Childe Hassam - 1912
David Owsley Museum, Muncie, Indiana USA (lire la notice)



The goldfish bowl
Wilfred de Glehn  - 1912
collection privée (notice de Athenaeum)



Goldfish
Richard Edward Miller - 1912
collection privée (notice de Athenaeum)



Feeding the fish
William Charles Penn - 1913
collection privée (notice de Artnet)



The goldfish window
Frederick Childe Hassam - 1916
Currier Museum of Art, Manchester, USA



John de László, the artist’s youngest son
Philip de László - 1918
collection privée (Lire la notice de la National Portrait Gallery)



Rosemary and the Goldfish
Henry Salem Hubbell - 1930
collection privée



Un des peintres
présents dans cette série

de poissons rouges dans un bocal
est fort connu dans
un autre domaine
que celui des Beaux-Arts
Saurez-vous trouver lequel ?

Pour l'instant les échos restent cachés,
ceci afin de permettre à tout le monde de jouer sans être influencé


EDIT du vendredi 4 avril


Enfin la solution !

Woman by a goldfish tank (Femme près d'un aquarium) peint par Lovis Corinth en 1911, est l'intrus qu'il s'agissait de repérer parmi la série de poissons rouges dans un bocal.

Quant au peintre (et sculpteur) célèbre pour tout autre chose que ses tableaux, c'est Samuel Morse, l'inventeur (plus ou moins contesté) de l'alphabet qui porte son nom et de l'appareil qui permet d'émettre les messages codés avec cet alphabet.


Plusieurs d'entre vous ont trouvé des réponses. Les seuls à avoir donné les deux réponses attendues sont Michel Benoit, alias Avignon, et Nathanaëlle, commissaire des toiles dans Les Étoiles d'Artlubie.
Ce qui mérite un grand coup de chapeau, bravo à eux !


Parmi les autres participant(e)s,


ont reconnu Samuel Morse en tant qu'inventeur. Bravo !


tandis que


ont déniché l'aquarium de Lovis Corinth comme étant l'intrus dans la série de poissons tournant en rond dans un bocal. Bravo Mesdames pour votre perspicacité !


*******


Pour terminer, j'adresse un grand merci à Marguerite-Marie pour m'avoir indiqué l'existence des deux bocaux de petits pois ci-dessous !


Les Petits pois sont verts... les petits poissons rouges
Yves Laloy - 1960
Musée des Beaux-Arts de Rennes (notice)



et un grand merci aussi
à toutes et à tous pour vos échos

(avec ou sans réponse)





©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2014