Affichage des articles dont le libellé est Édifices religieux. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Édifices religieux. Afficher tous les articles

lundi 12 septembre 2011

Avignon, mystèrieuse église

Une fois n'est pas coutume, je capitule et fais appel à mes lectrices et lecteurs pour résoudre une énigme qui intéressera particulièrement mes ami(e)s avignonnais(e)s. Il s'agit d'une peinture de Raoul Dufy intitulée "place de l'église à Avignon".

Place de l'église à Avignon
le titre réel de ce tableau m'est inconnu, néanmoins il représente

l'église Saint-Genest-de-Jonquières à Martigues
peinte par Raoul Dufy aux environs de 1903
collection privée - image sous copyright

Cette église (ou chapelle) est manifestement de style "Jésuite".
À Avignon, il y a quatre ou cinq édifices dans ce style, mais aucun ne correspond au tableau que Dufy a peint aux alentours de 1903...

Avec ce qui semble un platane au premier plan, on pourrait penser qu'il s'agit de la chapelle de la Visitation, mais il n'en est rien. Ce n'est pas non plus la chapelle des Jésuites (aujourd'hui le Musée Lapidaire), ni celle du noviciat des Jésuites.

De deux choses l'une, soit il s'agit d'une erreur de titre, soit Dufy se serait permis pas mal de liberté par rapport à son modèle. J'aurais tendance à pencher pour la première hypothèse, bien que Sotheby's ne soit pas coutumière de ce genre de bourde.

En haut, photo de l'église de Taormine
en bas, sa représentation en 1922 par Raoul Dufy


Quant à la fantaisie de Raoul Dufy, si je me fie à sa reproduction de l'église de Taormine ci-dessus, je ne peut guère y croire non plus.

Et vous, qu'en pensez-vous ?...


EDIT de 23h30

Lou Ravi, merci à lui, vient de me souffler la solution de l'enigme dans les commentaires. Sotheby's a fait une belle sottise ! le mystérieux tableau ne représente pas une église d'Avignon.
C'est l'église Saint Genest à Martigues que Dufy a peinte :

Église Saint-Genest-de-Jonquières à Martigues
crédit photo
À propos de cette église, j'ai trouvé quelques informations. Elle a été construite en 1665 sur l'emplacement d'une église du XIIIe siècle. Sa façade de pur style jésuite abrite la statue de Gérard Tenque, né à Martigues en 1040 et fondateur de l'ordre des Hospitaliers (l'ordre de Malte). La statue a été sculptée dans les années 1880-90 par un maçon de Martigues, Nazaire Bertrand.

Un grand bravo à Lou Ravi pour cette découverte, je suis épatée !




EDIT du vendredi 9 août 2013

Grâce au commentaire qu'un lecteur bien avisé a déposé hier sur ce billet, je suis à présent en mesure d'ajouter des informations supplémentaires sur le tableau de Raoul Dufy qui représente l'église Saint Geniès. Il se trouve au Musée Ziem (boulevard du 14 juillet à Martigues).



Église Saint Geniès du quartier Jonquières à Martigues


Un article publié dans Maritima Info le 14 octobre 2011 explique que le tableau de Dufy connu jusque là sous le titre (erroné) Place de l'Église à Avignon a été repéré par les services du musée Ziem dans le catalogue de ventes de Sotheby's et acquis au printemps 2011 puis exposé à partir de l'automne de la même année.

Le titre du tableau est maintenant Vue de l'église de Jonquières, ainsi que le précise cet article paru en août 2012 dans La Provence qui présentait la première exposition de ce tableau au musée Ziem.

Vue de l'église de Jonquières
Raoul Dufy - 1903
Musée Ziem, Martigues (crédit photo Patrick Merle)

Actuellement, ce tableau est visible dans le cadre de l'exposition Dufy, de Martigues à l’Estaque qui se tient au musée Ziem du 13 juin au 13 octobre 2013.



©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2011

dimanche 26 septembre 2010

La main sur le choeur

Si vous suivez régulièrement mes billets, vous savez déjà que je (alias "yvelinoise", alias "Tilia") me trouvais à Avignon lors des Journées du Patrimoine. Ce n'était pas le motif de mon voyage vers le Sud, puisque je "descendais" pour répondre à une invitation familiale, mais j'ai grandement apprécié la coïncidence de date.

Le foisonnement des accès aux édifices d'ordinaires fermés au public a attiré nombre de visiteurs. Et le temps clément de l'été finissant a fortement contribué à faire de ces journées une totale réussite.

Parmi la vingtaine de bâtiments religieux d'Avignon que l'on pouvait visiter librement durant ces deux journées propices à l'enrichissement des connaissances architecturales, la chapelle de l'Oratoire était dans mes priorités.

La chapelle de l'Oratoire en 1991
avant son toilettage de 2004
(photo personnelle)

Pour moi cette chapelle est une vieille connaissance, car j'ai habité l'impasse de l'Oratoire durant un quart de siècle. Quand je dis "vieille connaissance", je veux parler de l'extérieur de la chapelle. Sa silhouette, si particulière, est gravée dans ma mémoire ad vitam eternam. Par contre, de son intérieur à peine entrevu en de rares occasions, je ne connaissais quasiment que des photos.

L'une d'elles, publiée en 2007 dans Flickr, avait tout de suite retenu mon attention par son étrangeté. Il s'agit d'un détail peu visible à l'oeil nu, mais que le zoom de la photographe a fort bien débusqué.

Une main,
(cliquez sur le lien pour la voir)
paraissant former le geste que l'on fait familièrement aux enfants pour les sommer de se taire, est perchée sur le rebord de la corniche encerclant la coupole !

La main, à l'aplomb du choeur de la chapelle
(photo personnelle)

Cette sculpture est tellement incongrue dans une église que l'on se demande illico en la voyant ce qu'elle peut bien signifier. Mon interprétation première étant : elle est là pour demander le silence à l'assemblée des fidèles.

Une interprétation très subjective, basée sur le seul aspect gestuel de la sculpture. Renseignement pris (par personne interposée), aucune explication plausible. Je restais donc sur ma faim, mon insatiable curiosité me taraudant chaque fois que je voyais la chapelle en photo ou que j'en entendais parler.

Vous dire que j'allais sauter sur l'occasion des Journées du Patrimoine pour tenter d'élucider le mystère me paraît superflu ! Le 18 septembre, après avoir quitté mes amis blogueurs, j'ai pris le chemin de l'Oratoire. À peine entrée dans les lieux, j'ai repéré la personne chargée de l'accueil et, en m'emparant d'un exemplaire des brochures concernant la chapelle disposées devant elle, je lui ai posé LA question. N'ayant pas de réponse à me fournir, elle me conseilla de m'adresser à l'abbé distribuant une revue à l'extérieur de la chapelle. Allais-je enfin savoir ?...

Foin de suspense, voici ce qu'il me répondit : "La main tient entre ses doigts un anneau. On suppose que dans le passé cet anneau soutenait une chaîne à laquelle on suspendait la lampe du sanctuaire".
La lampe du sanctuaire, cette lumière rouge qui signale qu'une hostie consacrée se trouve dans le tabernacle (ou l'ostensoir) et que le silence et la retenue, voire l'adoration à genoux, sont requis.

L'abbé ajouta que cette explication est la plus probable. Les autres hypothèses, parmi lesquelles on trouve une éventuelle vengeance de l'architecte mécontent de n'avoir pas été rémunéré comme convenu, ne sont pas à retenir sérieusement.

Sur ce point ma curiosité était enfin satisfaite et j'étais assez contente de mon intuition, la main était bien là pour demander le silence, pas par son geste, mais par l'intermédiaire de la lampe rouge.

Maintenant, il me reste à élucider une autre question concernant la chapelle de l'Oratoire, question que je me suis posée récemment en fouillant dans mes vieux documents. Que sont devenues les trois petites cloches que l'on distingue au bord du toit du vestibule (au dessus du portail de droite) sur la carte postale ci-dessous ?

La chapelle de l'Oratoire au début du XXe siècle
(collection personnelle)


Ce trio de petites cloches a disparu...
Quelqu'un aurait-il une idée ?

Je l'espère, sinon je vais devoir retourner d'ici peu à Avignon pour enquêter !!!

© VesperTilia, echos-de-mon-grenier 2010
texte et photos