Affichage des articles dont le libellé est Diable. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Diable. Afficher tous les articles

vendredi 23 juillet 2010

Beau ténébreux

Il est assis, immobile. Il m'attend.
Quand je l'ai trouvé un petit matin,
il m'attendais depuis cent vingt ans.
Il demeure, assis au fond du jardin,
abîmé dans ses pensées moroses,
ignorant la fraîcheur du crépuscule,
indifférent au parfum des roses,
sans même voir la belle renoncule.

En le découvrant ainsi ce jour là,
visage sombre et muscles épanouis,
tel qu'il est, encore et toujours, depuis,
son charme insidieusement me parla.
Dans un recoin bien caché de mon âme
son image s'imprima durablement.
Pour lui il se pourrait que je me pâme
s'il pouvait me redonner mes vingt ans.

Mon beau Dæmon - ©VesperTilia


Mikhaïl Vroubel - Démon assis dans un jardin


Mikhaïl Aleksandrovich Vroubel a peint ce tableau, premier d'une série consacrée au thème du Démon, en 1890. Le 22 mai de cette année là, il écrit à sa soeur Anna. En lui parlant de son tableau en cours d'exécution, il lui explique qu'il y a déjà un mois qu'il y travaille et que ce n'est plus le démon monumental qu'il pensait peindre jusqu'alors, mais plutôt une simple figure démoniaque.
Plus tard, à propos de ses illustrations pour le poème de Lermontov, il dira que cette représentation du démon n'a pas été comprise, car confondue avec le Malin, le diable cornu, alors que le démon qu'il a peint c'est le Dæmon grec. Celui de Socrate, ce double de l'âme que l'on appelle aussi génie.

Le Démon assis de Vroubel est exposé à la galerie Tretyakov, à Moscou.

The State Tretyakov Gallery

De même que Vroubel, le poète Mikhaïl Lermontov ne se sentait pas à l'aise parmi ses semblables. Rien d'étonnant donc à ce que Mikhaïl le peintre ait illustré Le Démon de Mikhaïl le poète.

Dans L'étrange destin de Lermontov, Henry Troyat écrit : « De l'œuvre de Dieu, seule la partie inhumaine lui était chère. Il méprisait la foule des vivants, mais la nature, avec ses pierres, ses arbres, son ciel, ses eaux, ses bêtes sauvages et libres lui apportait, aux heures de crise, le réconfort dont il avait besoin. »

Vroubel (1856-1910), Lermontov (1814-1841), deux noms à ajouter à la longue liste des "artistes maudits" du dix-neuvième siècle, en compagnie de Gérard de Nerval (1808-1855) et de Vincent Van Gogh (1853-1890).

© VesperTilia, echos-de-mon-grenier 2010