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mardi 2 février 2016

Jour de l'Avelinier


Les Noisettes (détail)




Cette année
pas de crêpes au menu pour la Chandeleur 
mais des noisettes...




Les Noisettes
William Bouguereau - 1882
Detroit Institute of Arts (notice)




Pour la Chandeleur 2014, je vous avez proposé le Jour de la Marmotte. Cette année nous allons voir à quelle fête du calendrier républicain correspondait le 2 Février à l'époque de la Révolution française, soit entre le 6 Octobre 1793 et le 31 décembre 1805, période durant laquelle le calendrier bucolique de Fabre d'Églantine fut en vigueur.





Still life with peaches, grapes, raspberries, hazelnuts and plums with a wine glass
Edward Ladell (1821-1886)
Collection privée (notice de Sotheby's)




Dans le calendrier républicain, les mois de notre calendrier géorgien sont répartis à cheval sur ceux du calendrier républicain, grosso modo moitié dans l'un, moitié dans le mois suivant. Le mois de Février commence le 13 Pluviose et se termine le 10 Ventôse.

Ainsi, le 2 Février correspond au 14e jour du mois de Pluviôse. Les noms de saints et les fêtes chrétiennes étant remplacés par des noms évoquant l'agriculture, c'est le jour de l'Avelinier (autre nom du Noisetier) qui se substitue à la fête de la Chandeleur.





Noisettes avec branches et feuilles
Egon von Vietinghoff - 1980
Fondation Egon von Vietinghoff, Zurich (notice)




Noisetier figurant un peu plus loin dans le calendrier républicain, au 27 Pluviôse, il semblerait qu'à l'époque de la Révolution Noisetier et Avelinier étaient considérés comme deux arbres différents...









Vu mes piètres connaissances en botanique, il y a parmi les habitué(e)s du grenier des personnes bien plus qualifiées que moi pour faire la distinction entre le Noisetier et son alter ego le Coudrier. Néanmoins, il me semble qu'il y a une différence entre ces deux appellations.

Grâce aux articles de Wikipédia, j'ai cru comprendre d'une part que le Noisetier commun, aussi appelé Avelinier, est l'arbrisseau répondant à l’appellation latine Corylus avellana.





Noisetier franc à gros fruits - Corylus maxima




Tandis que le Coudrier (qui selon certaines sources ne serait qu'un autre nom du Noisetier) correspondrait au genre Corylus regroupant une douzaine d'espèces ou variétés, dont le Noisetier sauvage.






Still Life of grapes, plums, hazelnuts, a peach, and a wine glass on a ledge
Edward Ladell (1821-1886)
Collection privée (notice)




Auréolé de mystère par les propriétés magiques qui lui ont toujours été attribuées, le Coudrier excite davantage l'imagination que le Noisetier. À l'époque celtique, son bois était utilisé pour confectionner les baguettes divinatoires que les druides utilisaient selon un calendrier luni-solaire.

Les hommes préhistoriques mangeaient les fruits du Coudrier, ou Noisetier sauvage. Des traces de Noisettes fossilisées ayant été trouvées dans des sépultures néolithiques, on peut supposer qu'elles ont été disposées là en tant que symbole d'immortalité.





Récolte des Noisettes
William Bouguereau




Le bois de Coudrier a longtemps été utilisé pour fabriquer les fameuses baguettes fourchues des sourciers.  Dans les siècles précédents, les radiesthésistes, chercheurs d'eau ou de métaux précieux, ont souvent été accusés de sorcellerie. La forme caractéristique, en V ou en Y, de leur baguette était associée à la fourche des diables.

En outre, parait-il que le bois de coudrier était utilisé par les sorcières pour fabriquer le manche de leurs balais.





La page extraite du tome cinq d'un ouvrage botanique intitulé
Flora Parisiensis, ou Descriptions et figures des plantes
qui croissent aux environs de Paris

écrit par Pierre Bulliard entre 1776 et 1780.




La page ci-dessus donne quelques informations succinctes concernant les amandes de l'Avelinier, autrement dit les Noisettes.

Pour des informations complètes sur les Noisettes, description botanique, symbolisme, croyances, utilisation, etc. cliquez ici.





Cobnut cake
crédit photo




La principale utilisation des noisettes est alimentaire, en préparations salées ou sucrées. Très employée en pâtisserie, la Noisette entre dans la composition de nombreux desserts, notamment des gâteaux.

Les "Cobnuts" présentes sur l'assiette du gâteau photographié ci-dessus viennent d'une variété cultivée du noisetiers. Pour la recette de ce délicieux gâteau anglais cliquez là.





Still Life of Peaches, Plums and Cobnuts
William Smith - 1762
Pallant House Gallery - Chichester, Angleterre (notice)




Les Cobnuts du tableau de William Smith (ci-dessus) sont les fruits du Corylus maxima, également dénommé Grand Coudrier. En anglais, la Noisette commune se dit Hazelnut.

Si la recette anglaise indiquée plus haut vous pose quelques problèmes de traduction, reportez-vous sur la recette du cake moelleux à la Noisette et au Gingembre confit. Rien qu'en la lisant, j'ai déjà les papilles en émoi !





Nutting
Frederick Morgan - 1889
Collection privée (lire la notice de Christie's)




Laissons un instant les Noisettes pour revenir aux Avelines, fruits de l'Avelinier. Il se pourrait que La Fée Aveline évoque dans la mémoire de certain(e)s d'entre vous le titre d'une BD de la fin des années soixante.

Créée par Goscinny et dessinée par Coq, cette bande dessinée n'a cependant rien à voir avec le personnage d'un conte de fées écrit trois siècles auparavant...







Une précédente Fée Aveline tient un rôle important dans La Princesse Minon-Minette et le Prince Souci, un conte faisant partie des "Œuvres badines" issues de la plume du comte de Caylus.

Ce conte est inscrit dans Le Cabinet des Fées ou Collection choisie des contes de fées et autres contes merveilleux, un vaste recueil de 41 volumes rassemblant des contes d'une quarantaine d'auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles.





Illustration pour "La Princesse Minon-Minette et le Prince Souci"
conte intégré aux Œuvres badines du  Comte de Caylus1787
Cliquer ici pour lire ce conte




Dans "La Princesse Minon-Minette et le Prince Souci", il est question d'un jeune roi baptisé Souci, un nom carrément à l'opposé du caractère insouciant qui le caractérise. Son insouciance est le résultat du manque d'enseignement et d'éducation conformes à sa fonction. La Fée Aveline souhaite néanmoins le voir épouser sa protégée, la Princesse Minon-Minette.

Dans ce but, Aveline, travestie en vieille paysanne pour l'occasion, se place sur le chemin du Prince Souci, courbée en deux par la charge du fagot qu'elle porte sur son dos. À partir de là, elle va faire en sorte de diriger le jeune roi vers des aventures qui seront pour lui autant d'étapes initiatiques.





illustration du char de la Reine Mab
crédit image




Autre fée en relation avec les Noisettes, celle qui est évoquée dans la tirade de Mercutio, acte I scène IV de Roméo et Juliette.

Dans cette tirade, Mercutio décrit minutieusement, de manière à la fois poétique et moqueuse, les éléments qui composent le char de la Reine Mab, une fée d'origine celtique qui s'introduit dans l'esprit des hommes pour les manœuvrer à son gré.

Her chariot is an empty hazel-nut
Made by the joiner squirrel or old grub,
Time out o' mind the fairies' coachmakers.

Son chariot est une noisette, vide,
Taillée par le menuisier écureuil, ou par le vieux ciron*
Carrossier immémorial des fées.
(traduction de François-Victor Hugo)
Pour lire la description complète de la reine Mab et de son char, cliquer ici


* La larve du ciron attaque le bois.




Stillleben mit Haselnüssen
Charles Menge - 1976
Collection privée (notice)




Du fait de sa configuration totalement différente (la Noisette est une nucule, alors que la noix est une drupela Noisette est bien plus difficile à ouvrir que la Noix.





Deux Écureuils
AlbrechtDürer - 1492
Palais Albertina, Vienne, Autriche (notice)




À moins d'être un écureuil (ou d'avoir une mâchoire d'acier !) qui dit Noisettes, dit Casse-noisette.





Casse-noisette en bois sculpté au couteau
Artisanat du Queyras - années 1960
crédit photo




S'il est assez facile d'ouvrir une noix en enfonçant la pointe d'un couteau à l'arrière de sa coque, impossible de faire la même chose avec une Noisette, il faut obligatoirement utiliser le casse-noisette.




Lorenzo and Isabella (détail)



Le casse-noix ci-dessus (casse-amande en l’occurrence) est un détail d'un superbe tableau de John Everett Millais, intitulé Lorenzo and Isabella.

Admirez-en tous les détails, telle la finesse de la toile et des dessins de la nappe, en cliquant ici.





Lorenzo and Isabella (détail)
John Everett Millais - 1849
Walker Art Gallery, Liverpool, UK (lire la notice du musée)



Un autre détail (scabreux, celui-là) a retenu l'attention de Carol Jacobi, la conservatrice de la Tate Britain. Dans un passionnant article, que les lecteurs anglophones ne manqueront pas d'apprécier, elle explique la présence de cette ombre au tableau de Millais

Pour ceux, ou celles, qui n'auraient pas trouvé de quelle ombre il s'agit, cet article éclairera leur lanterne.





Oncle Drosselmeyer et le Casse-Noisette
crédit photo



En totale opposition avec la perversité du tableau de Millais, voici un extrait du ballet Casse-Noisette, cette féerie dansée, basée sur l'adaptation d'Alexandre Dumas d'un conte d'Hoffmann, intitulé "Nußknacker und Mäusekönig" Casse-Noisette et le Roi des souris, et mise en musique par Tchaïkovski.





Casse-Noisette - Sabina Schaffer dans le rôle de Clara - San Diego Ballet 2011



Ravie de la surprise que vient de lui faire l'oncle Drosselmeyer en lui offrant un Casse-Noisette pour cadeau de Noël, la jeune Clara exprime sa joie en montrant son jouet original à tous les invités. Mais ce Casse-Noisette ayant la forme d'un petit soldat, le frère de Clara ainsi que les autres garçons estiment que c'est à eux qu'il aurait dû être offert et tour à tour ils tentent de le lui enlever...


C'est avec ce petit extrait de magie enfantine que se termine mon billet de la Chandeleur 2016.

Que les lectrices qui s'attendaient à découvrir ici la légende de Snegourotchka (Снегурочка) me pardonnent d'avoir fait passer en priorité l'actualité du jour, en l'occurrence la Chandeleur. D'ailleurs, en raison des nombreuses ramifications du sujet, mon futur billet sur Snegourotchka (personnage des contes russes) n'est toujours pas terminé, mais il sera publié ultérieurement, c'est promis.


Oh ! j'allais oublier de vous indiquer Le Prince Casse-Noisette, un petit film d'animation de Paul Schilbi, sorti en 1990 au Canada. Basée sur le conte d'Hoffmann "Casse-Noisette et le Roi des Souris", l'histoire  diffère un peu de celle du ballet dans la version d'Alexandre Dumas, mais elle est tout aussi charmante. Nul doute que les enfants, petits ou grands, seront heureux de le regarder.








©VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2016

mardi 30 octobre 2012

Les sorcières du nabi ésotérique


Une peinture de Paul Ranson annonçant une prochaine exposition au musée d'Orsay en 2013, vient de me fournir opportunément un thème pour mon billet d'Halloween.


La Sorcière au chat noir
Paul Ranson - 1893
Musée d'Orsay (notice)


C'est par l'antique fête de Samain (d'où est issue celle d'Halloween) que les druides marquaient le début de l'année celtique s'ouvrant en même temps que la "saison sombre". Le calendrier celtique ne comprenait que deux saisons, la saison claire qui commençait le 1er Mai et la saison sombre qui démarrait le 1er Novembre.

Parce qu'elle n'appartient ni à l'année qui se termine, ni à celle qui commence, la nuit de Samain est le moment privilégié permettant aux humains de communiquer avec le Sid, cet autre monde semblable à un paradis terrestre dont les occupants mènent une vie de joies et de délices dans un éternel âge d'or, sans aucune contrainte de temps ni d'espace.


Sorcières aux saturnales
Paul Ranson - 1891
(collection privée)

Dans la Rome antique, les Saturnales étaient l'équivalent des fêtes celtiques de Samain. Au fil du temps, Saturne fut assimilé au dieu cornu des religions païennes et de là, au sabbat des sorcières.

***********

Dès ses premiers tableaux, Paul Ranson montra un certain goût pour l'ésotérisme.

Vanité aux souris
Paul Ranson - 1885
Musée des Beaux-Arts de Limoges
Les deux objets figurant au premier plan de la vanité ci-dessus m'ont beaucoup intriguée.
J'ai trouvé ce dont il s'agit pour celui de droite.
Mais pas pour celui de gauche,
s'agirait-il d'un encrier ?...

Et vous, avez-vous reconnu celui de droite ?
(La solution pour l'objet de droite sera donnée ultérieurement, preuves à l'appui)



Avec Maurice Denis (le théoricien du groupe) et son ami Paul Sérusier, Paul Ranson fut l'un des membres fondateurs du cénacle des Nabis. Le nom de ce petit groupe de peintres provient d'un terme hébreux signifiant prophète.

Les Nabis se voulaient (et furent) les prophètes d'une nouvelle manière de peindre. Paul Ranson fit partie de ceux qui annoncèrent l'Art Nouveau.

Portrait de Paul Ranson en tenue nabique
Paul Sérusier - 1890
Musée d'Orsay (lire la notice)

Les Nabis se retrouvaient régulièrement dans l’atelier de Paul Ranson, qu'ils surnommaient le temple. Lors de ces réunions plus ou moins occultes, ils étaient accueillis par France Rousseau-Ranson, cousine et épouse de Paul, dite "La Lumière du Temple" en hommage à son intelligence.

Madame Ranson secondait aussi son époux dans ses travaux, non seulement en posant pour lui, mais également en mettant la main à la pâte l'aiguille pour la réalisation de tapisseries, telle que Femmes en blanc.

Madame Ranson au chat
Maurice Denis - 1892
Musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye (lire la notice)


Le talent de France Ranson ne se limitait pas aux travaux d'aiguilles. C'est elle qui assura durant plus de vingt ans la continuation de l'Académie Ranson, l'école d'Art fondée par Paul en 1908, juste avant qu'il ne disparaisse prématurément l'année suivante.

C'est elle aussi que l'on retrouve sur un grand nombre de peintures de son époux, la femme debout  accoudée à une balustrade ci-dessous, par exemple.

Femme debout contre une balustrade avec un caniche
Paul Ranson - 1895
Metropolitan Museum of Art, New York (notice)


L'attrait initial de Ranson pour l'ésotérisme évolua rapidement vers l'occultisme, engendrant de nombreuses représentations de sorcières tout au long de son œuvre.

Ce thème récurant pourrait en partie s'expliquer par l'absence d'image féminine bienveillante durant son enfance, du fait que Paul Ranson avait eu le malheur de perdre sa mère peu après sa naissance.


Les Sorcières autour du Feu
Paul Ranson - 1891
Musée Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye


La femme occupe une place centrale dans l'œuvre de Paul Ranson. Elle est souvent représentée dans des situations ou des attitudes étranges, entourée d'attributs ou de signes qui évoquent l'univers des servantes de la Déesse-Mère, les chamanes, sibylles et sorcières.


La Baigneuse bleue
Paul Ranson - 1891
Collection Alain Lesieutre

À première vue cette femme à sa toilette n'a pas l'air d'une sorcière. Cependant, en l'observant de plus près, vous remarquerez que sa posture (jambes croisées et bras également croisés, les mains tenant les pieds) n'a rien de naturelle. Ne serait-elle pas en train d'accomplir un rituel magique ?...

Il existe deux versions de la baigneuse ci-dessus. La seconde est légèrement différente, la disposition de l'éponge et du savon est inversée et une frise occupe le bas du tableau. Elle a pour titre Lustral et elle se trouve au musée d'Orsay (voir le tableau et lire le commentaire).


Sorcière dans son cercle
Paul Ranson - 1892
Aquarelle typographique (collection privée)

Chat, corbeau, serpent, coq... il ne manque que l'araignée, le crapaud, la chouette (ou le hibou) et la chauve-souris pour que toute la ménagerie attribuée aux sorcières soit présente sur cette aquarelle !


Sorcière dans son cercle
Paul Ranson - 1892
Aquarelle et gouache (collection privée)

Quelle que soit la version, la sorcière dans son cercle n'aime pas être observée !


Deux femmes à leur toilette
Paul Ranson - 1892
Tempera sur toile, Clemens-Sels-Museum

Comme La Baigneuse bleue, de prime abord ces Deux femmes à leur toilette  n'ont pas l'air d'être des sorcières. Néanmoins, le chat est un indice. Quand on y regarde bien, il semble n'être pas le seul félin dans cette image... Y en aurait-il d'autres ?

À propos du chat, j'ai bien l'impression qu'il s'agit du chat de Madame Ranson, celui qui se frotte contre ses jambes dans le tableau de Maurice Denis (voir plus haut).


La Sorcière accoudée
Paul Ranson - 1893
 Lithographie (crédit photo)

Au-dessus de La Sorcière accoudée, cette fois la chauve-souris est là.


Deux jeunes femmes devant la tête d'Orphée dans la forêt
Paul Ranson - 1894
Huile sur toile (notice de Christie's)

La nature aussi est omniprésente dans la peinture de Paul Ranson.
Jamais agressive, toujours bienveillante, elle semble figurer la mère qui lui a tant manqué.


Une Sorcière dans le Marais
Paul Ranson - 1897
Huile sur toile (collection privée)

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;

L'homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l'observent avec des regards familiers.

Ranson a sans doute pensé au premier quatrain des Correspondances en peignant cette grande sorcière qui chemine dans une nature aux coloris enchanteurs...


*****

Sorcière à la marmite
Paul Ranson, vers 1897-1898
Huile sur carton (notice)

Le hibou et l'araignée de la Sorcière à la marmite complètent la ménagerie de la Sorcière dans son cercle (vue plus haut). Ici, la sorcière est toujours dans son cercle, mais elle ne se préoccupe plus de se savoir observée, ni des animaux qui l'entourent. Elle est absorbée dans une méditation que l'on devine accablante.

La raison de cet accablement vient sans doute des évènements familiaux intervenus dans la vie de Paul Ranson en 1897 et 1898. Après le décès de son père, qui subvenait en partie aux besoins financiers du couple, la grossesse de France est venue ajouter un nouveau sujet d'inquiétude. Paul redoutait inconsciemment que le drame de sa propre naissance se répète et qu'il perde sa femme à la naissance de son enfant. Ce qui, d'une certaine manière, est effectivement arrivé.


Nu à la carcasse
Paul Ranson, 1899
Huile sur toile (collection privée)


Après la naissance de son fils, France n'est plus disponible pour poser, ni pour réaliser des tapisseries. Elle consacre le plus clair de son temps à son enfant. Paul Ranson est amer, son fils lui a ôté sa collaboratrice et sa vie en a été bouleversée. D'autant plus qu'après le déménagement consécutif à la mort du père de Paul, la place manque dans le nouvel appartement, ce qui ne lui permet plus de recevoir ses amis comme avant.

Sorcière avec un chat
Paul Ranson, 1899
Huile sur toile (collection privée)

Dépressif, Paul quitte son foyer pour aller se ressourcer à la campagne, chez son ami, le peintre et sculpteur Georges Lacombe, qui l'accueille dans son Ermitage en Normandie. L'Ermitage de Georges se trouvant en lisière de la forêt d'Écouves, les deux amis vont peindre dans cette forêt, dont le nom signifie balai et dans laquelle les ronds de sorcière ne manquent pas.

Le contact direct avec la nature influence la peinture de Paul, désormais les femmes qu'il représente font comme lui, elles courent les bois.

Étoiles tombées
Paul Ranson, 1900
Pastel (collection privée)

Les séjours de Paul Ranson à l'Ermitage de Marthe et George Lacombe se prolongèrent jusqu'en 1905, date à laquelle Paul se décida à revenir vers sa femme et son fils.

Portrait de Paul Ranson
George Lacombe, vers 1904-1905
Huile sur toile (notice de Christie's)


L'exposition George Lacombe, qui vient de débuter, va être pour moi l'occasion d'en apprendre un peu plus sur l'amitié Ranson-Lacombe. Ce qui me permettra de compléter ce billet, ou peut-être d'en produire un nouveau...


Avant de refermer la porte du grenier, n'oubliez pas de donner votre avis sur la petite devinette à propos de la Vanité aux Souris (au début de ce billet).


Bonnes fêtes de Toussaint
Halloween ou Samain, selon vos croyances :)



© VesperTilia, échos-de-mon-grenier 2012